Indignez-vous, ça occupe !

Ah, l’indignation, quelle rengaine plus politiquement correct en ce moment. Mais que se cache-t-il derrière ce mot bien commode?

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Indignez-vous, ça occupe !

Publié le 12 février 2012
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Ah, l’indignation, quelle rengaine plus politiquement correcte en ce moment. Mais que se cache-t-il derrière ce mot bien commode ?

Par Éric Eymard, depuis l’Islande.

« Nouveaux résistants à l’ordre néolibéral, bâtisseurs d’un monde où chacun trouve sa part de vie, de liberté et d’action, expérimentateurs de solutions alternatives aux problèmes du temps… Qu’ils se rassemblent, s’unissent, fusionnent partout dans le monde pour mettre un terme à la dictature économique et financière, suppôt des dictateurs politiques ».

L’exhortation provient-elle d’un virulent révolutionnaire ? Que nenni ! Son auteure, Danielle Mitterrand, ne s’en battait pas moins « pour qu’aux valeurs uniques de l’argent et du profit se substituent des valeurs humaines telles que l’entraide, la culture, la solidarité, la reconnaissance mutuelle ». Indignée, indubitablement, l’ex-Première Dame l’était.

La vie, pas la Bourse !

Avant qu’elle ne s’éclipse en novembre dernier, le terme était à la mode depuis quelques mois déjà.

Les Islandais et les Grecs d’abord, fin 2008, avaient initié le mouvement contestataire. Puis il avait suffit du fascicule sans prétention de Stéphane Hessel et de l’agitation d’une poignée de militants espagnols passablement énervés, pour que la planète ne découvre le concept début 2011. À défaut de disséquer les causes du phénomène et de développer les arguments des intéressés, les grands médias n’ont que sommairement relayé ces manifestations courroucées d’indignés fustigeant les comportements de la finance sur l’autel de ses agissements. En guise d’explication, d’enquête, d’analyse, les professionnels de l’information ont repris en chœur les slogans lapidaires et les rengaines réductrices. Journalistes autistes d’un côté, manifestants expéditifs de l’autre. Aucun risque d’appréhender la Réalité mise en cause. Pas de quoi faire naître l’enthousiasme révolutionnaire chez nous autres, bidochons gras, guimauves trépanées, pétomanes affalés sur nos canapés Ikéa, scrutant la désespérance et l’indignation dans la fenêtre d’un écran plat Panasonic, carte Gold dans une main, dépliant de la Croix Rouge dans l’autre. Numismates de tous les pays, préparez-vous ! L’accumulation fiduciaire peut perdurer. Rêvez de vos futures conquêtes sans vous préoccuper de l’augmentation concomitante de l’appauvrissement de l’humanité. Les tendances démographiques jouent en votre faveur. Elles sont comme les cours du blé : elles grimpent. Rendez service à votre planète exigüe en la délestant de quelques millions de bouches inutiles tout en encaissant quelques milliards. Charlie Chaplin a troqué son uniforme vert de gris pour un costume trois pièces de chez Turnbull & Asser. Il jongle avec la sphère terrestre qui loin de se dégonfler fait maintenant des CLIP, des CRAP, des lingots, des dollars et des euros ! en virevoltant dans l’espace protégé d’une salle des marchés. Les dictateurs passent. Que les nouvelles victimes trépassent !

Web : l’alter médiatisation.

Ailleurs, plutôt que d’encombrer le pavé des grandes capitales financières, d’autres s’évertuent à changer le prisme de l’actualité. Ils entendent réveiller notre capacité de contestation en nous donnant à voir ce que certains omettent de nous montrer. Dans cette perspective, ils ont fait d’Internet leur poste de commandement. Ainsi a-t-on pu découvrir, dans un petit film de 6 minutes réalisé en 2008 et diffusé il y a quelques mois sur le Net, un journaliste allemand de RTL se faire expulser manu militari du Parlement européen. Son crime ? Avoir traqué les incessants va-et-vient de députés guillerets allant « badger » afin de toucher leurs indemnités journalières, avant de regagner leurs pénates en gambadant sans passer par la case « présence ». L’odieuse forfaiture du journaliste frise l’outrage à scélérat, non ? L’affaire a-t-elle au moins fait l’objet d’une contre-enquête dans la presse hexagonale ? Pas que je sache. Pas plus que le sujet d’Harper’s Magazine sur le thème « Comment Wall Street a affamé le monde sans être inquiété », qui révélait le rôle des institutions financières en général et de la banque Goldman Sachs en particulier dans la crise alimentaire de 2008. Selon Frederick Kaufman, auteur de l’article, les spéculations sur le prix de certaines denrées alimentaires auraient ainsi accru de 250 millions dans le monde le nombre d’individus passés du mode « Tiens je crois que j’ai un petit creux ! » à celui de « Gasp ! Je crève la dalle ».

Ils sont légion ces exemples de possibles scandales, de turpitudes présumées qui émergent soudainement sur la Toile, telles des mines sous-marines flottant sans jamais exploser sur un océan silencieux et déserté par l’humanité.

N’en déplaisent à ces valeureux irréductibles, la lutte sera d’autant plus longue et difficile que nous ne sommes pas enclins à bouger nos popotins engourdis ; le changement de paradigme n’est pas pour demain. La tentative pamphlétique de Monsieur Hessel (son « Indignez-vous ! » paru chez Indigène éditions) ? Bien trop mollassonne pour produire l’électro-choc attendu par nos cerveaux nourris de notifications facebookiennes et qui peinent à se concentrer sur un texte dépassant le format du tweet. Le fascicule du bonhomme pousse autant à l’indignation qu’un Lloyd Craig Blankfein, sympathique dirigeant de Goldman Sachs, saurait inspirer des vocations philanthropiques au sein de la communauté des traders New-yorkais. En France, on n’a toujours pas de pétrole, mais on n’a plus d’idées non plus.

Grands médias : les marchands de sable.

Ce qui m’étonne, ce n’est pas tant que les barons de la Finance internationale fixent les règles d’un jeu qui profite toujours aux mêmes. Ce qui me déconcerte, outre la faiblesse quantitative des réactions que suscitent ces événements à travers le monde en dépit des efforts méritoires de quelques-uns, c’est la discrétion pudique et généralisée des médias. Ces derniers ne semblent pas disposés à examiner le phénomène et à réveiller nos consciences citoyennes figées en mode hibernation. Les bougres se révèlent en revanche bien plus actifs lorsqu’il s’agit de manier le sujet soporifique. Il y a quelques semaines, nous voyant la gueule béante et l’œil moite, ils nous gavaient des atermoiements déontologiques de quelques journalistes déplorant la mine contrite la présence d’Audrey Pulvar (compagne d’Arnaud Montebourg) au sein de l’audiovisuel public. Les nombreux « papiers » d’autres grotesques barbons nous invitaient encore à nous interroger avec une égale gravité sur l’avenir journalistique de Valérie Trierweiler (compagne de François Hollande). Voilà des sujets qui comptent. Voilà des raisons de s’indigner. Laissons donc à quelques blogueurs impliqués et à cette insouciante jeunesse internationale adepte du camping urbain le soin de fustiger les agissements de la planète finance. Contentons-nous d’apprécier et d’honorer les combats désintéressés de toutes les Danielle Mitterrand de l’univers à l’aune des nécrologies d’éditorialistes compassés.

Elle est belle mon indignation, elle est belle !

Si je prétendais que la planète se divise entre multinationales et banquiers tout puissant d’un côté, médias et politiciens aux ordres de l’autre, on aurait tôt fait de me décerner le titre de jobard inconsistant. Soit. Bon et si je désignais les premiers comme les obscènes proxénètes d’un monde où les seconds, gourgandines complaisantes, déambulent le mamelon en émoi et la croupe avenante en susurrant les banalités pour lesquelles ils sont payés ? On me traiterait d’imbuvable alter-révolutiono-mondialo-anarchiste. Oublions l’hypothèse. Mais alors à défaut d’accuser de lâcheté par omission ceux qui nous informent et de coupable inconséquence ceux qui nous gouvernent, comment expliquer que seules quelques dizaines de blogueurs obstinés et que plusieurs milliers « d’indignés » se mobilisent avec une telle ardeur, tandis que les autres, tous les autres, ne manifestent au mieux qu’une éternelle indifférence ?

J’ai bien une explication, qui vaut ce qu’elle vaut. On me pardonnera la légèreté de la thèse. Après tout, je ne suis ni sociologue, ni philosophe.

Je suppute que le marketing de la pensée fonctionne comme le marketing de n’importe quel produit de consommation. J’imagine que l’essor et la réussite d’un mouvement d’indignation sont étroitement corrélés à la réputation, au prestige, à la popularité de ceux qui s’indignent. Nous remettons rarement en cause le fond, dès lors que la forme qui lui est associée est connue et reconnue. La crédibilité d’une idée politique, d’un article de journaliste, d’un mouvement de colère, comme celle d’un smartphone ou d’une automobile, reposent sur la notoriété de la « marque », sur la puissance du média, sur la répétition et la couverture du message, sur le Nom ou le statut de celui ou de celle qui les portent et en font la promotion.

À l’instar de Nicolas Sarkozy, dont le pouvoir d’influence et les capacités d’action ne dépassent pourtant pas désormais ceux d’un investisseur boursicotant sur EuroNext un dimanche de Pâques, de nombreux politiciens qui se croient tout droit sortis de la cuisse de Jupiter ont encore l’improbable culot de nous promettre la lune s’ils sont élus. Une obligation de moyens de plus qui ne donnera pas plus de résultats demain qu’elle n’en a donnée hier. Vous le savez. Je le sais. Cela ne devrait pas nous empêcher de voter pour eux lors des prochaines Présidentielles. Ce qui, soit dit en passant, tend à démontrer combien nous aimons ce qui nous est présenté comme la Démocratie. Voilà quelques décennies qu’ils s’affichent sur nos tabloïds et sur nos écrans cathodiques en sauveurs providentiels déclarés. À défaut de nous convaincre, cette répétition médiatique a fait son œuvre. Le phénomène confine à la persistance rétinienne. À force de voir indéfiniment les mêmes, nous avons fini par ignorer les alternatives. Tandis qu’ils cherchent les solutions tels des Sisyphes obstinés, nous demeurons avec les problèmes.

Dans une logique comparable, nous accordons notre confiance au Monde, à Libération, au Figaro… parce qu’ils sont des références. Parce qu’ils bénéficient d’une présomption de compétence, de professionnalisme, d’intégrité morale qui tend vers l’objectivité, sinon l’impartialité que nous attendons. Nous écoutons attentivement Laurent Delahousse ou Laurence Ferrari parce qu’ils nous font chaque soir l’honneur de passer une demi-heure à la maison pour nous raconter la marche du monde en nous regardant droit dans les yeux un sourire immaculé scellé à l’oreillette. Comment imaginer qu’un sujet sur la violette de Toulouse ne reflète pas nécessairement la rude et disparate actualité mondiale ? Au moins peut-il constituer un préambule opportun à la diffusion d’un spot publicitaire pour Interflora. Vendre du « temps de cerveau humain disponible » ça ne s’improvise pas mon bon monsieur ! C’est un métier.

L’indignation serait-elle la bonne conscience de la velléité ?

Dans ce contexte de « starification » de l’émetteur, comment les naïfs atermoiements des révoltés de la city pourraient-ils nous émouvoir ? Qu’y-a-t-il d’étonnant à ce que nous restions pour la plupart circonspects en découvrant la prose engagée de certains blogueurs ou de certains sites qui n’ont pas cette notoriété porteuse de crédibilité. Que chaque jour, parfois avec mauvaise foi, violence ou grandiloquence, souvent aussi avec une passion qui confine à l’abnégation, des anonymes motivés s’efforcent de ranimer nos consciences encrassées n’y changera rien. Parce qu’ils ne sont rien. Nous ne les connaissons pas. Nous ne les reconnaissons pas. Nos esprits critiques ne s’éveillent et ne frétillent qu’à l’aune du vecteur officiel de l’information ou de la proposition politique que des merchandisers efficaces disposent en bonne place sur l’étal parfaitement markété correspondant.

Pour voter mon brave, c’est là ! Pour t’informer, c’est ici ! Ailleurs, méfie-toi : risque élevé de subversion !

Ah, la plaisante jouissance que d’être branlé dans le sens du neurone, que de trouver au rayon Médias de nos belles échoppes un support qui répond très exactement à nos goûts et à nos opinions. Comme il est rassurant de constater que nous pensons tous, à quelques différences sémantiques près, de la même façon. N’est-il pas reposant de savoir que lorsque nous négligeons de penser, d’autres ont même la délicate attention de le faire pour nous ? Quand certains enquêtent, s’interrogent, doutent, comparent, réfléchissent, raisonnent, décident, révèlent, nous autres préférons la facilité d’un formatage qui s’inspire à s’y méprendre d’une stratégie marketing parfaitement rodée.

L’indignation serait-elle la bonne conscience de la velléité ? Embryon flasque, inutile et fragile vouée au néant médiatique et citoyen faute d’avoir été mis au monde. Enfant mort-né condamné à demeurer condition nécessaire et insuffisante du progrès, n’était la promesse incertaine d’une métamorphose. Après l’indignation, l’insoumission. N’est-ce pas là l’objectif ? Danielle Mitterrand, «L’insoumise»*, me contredirait-elle ? Las, nous en sommes si loin. Il faudra encore bien des cris, des pleurs et des manifestations « d’indignés » avant d’accoucher d’insoumis. En attendant, faites comme moi : indignez-vous ! Ça occupe.

 

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  • De Madrid à New York, en passant par Londres ou Rome, le mouvement protestataire des Indignés se répand en Occident. Des mouvements spontanés qui dénoncent un système qui, selon eux, s’effondre. C’est, en apparence, une belle initiative. Contre quoi les Indignés s’indignent-ils? S’il est difficile d’établir une tendance claire à travers le monde, il semble en tout cas que le mouvement soit ancré dans l’anticapitalisme. La démocratie serait mise en danger par une «dictature du marché», et les grandes entreprises devraient être réglementées fermement par l’Etat pour redonner le pouvoir au peuple. Il faut reconnaître à ce mouvement le mérite de dénoncer un vrai problème, celui de la collusion entre pouvoir politique et grandes entreprises. Malheureusement, s’asseoir par terre et dormir dans des tentes ne résoudra pas nos problèmes. D’ailleurs, ce genre de mouvements est la porte ouverte aux opportunistes et populistes. Warren Buffet, Susan Sarandon et même le régime de Pyongyang soutiennent l’action des Indignés de New York du parc Zuccotti. Dans un récent rapport, la Corée du Nord apporte son soutien à ces protestataires de tous bords, surtout anarchistes et libertaires. Cette déclaration nous décrit le système capitaliste comme catalyseur « d’exploitation, de chômage et de pauvreté chez les masses populaires. » Il est vrai que c’est le pays des arcs-en-ciel et des papillons, la Corée du Nord. La richesse coule à flot et le bonheur fait loi. On voit tout de suite la tentation populiste vers laquelle pourrait glisser ce mouvement et c’est dangereux pour la stabilité de nos démocraties, déjà fragilisés par des gouvernements irresponsables et dispendieux. Face au cataclysme économique auquel les Allemands devaient faire face, ces derniers ont cédé à la tentation totalitaire dans les années 30.
    Oui, nos jeunes sont au chômage. Oui, nos économies sont au bord de la faillite. Oui, des banquiers ont profité d’un système où le capitalisme ressemble plus à du copinage qu’à de la saine concurrence sur un marché libre. L’indignation de ces groupements est bien souvent justifiée. Cependant, le manque de cohérence et de mesures concrètes pour initier le changement marque la faiblesse du mouvement s’il veut s’inscrire dans la durée. Par ailleurs, notre devoir de citoyen est de s’attaquer aux causes, et non aux symptômes de notre système. Les indignés aux Etats Unis, en Espagne ou même en France se trompent de cible. Les politiciens nous ont fait pendant des décennies de fausses promesses (retraites, santé, chômage), qu’ils ne peuvent honorer aujourd’hui. Il temps de dire la vérité sur ce qui s’est réellement passé et comment nous en sommes arrivés là. Manifester à Washington contre la politique de dépense de Barack Obama serait bien plus utile. Ça sera aussi le seul moyen de préserver notre liberté.
    Soulignons que les médias les ont chéris, mais leurs manifestations n’ont rien de spontané ni de sympathique. Ils veulent « couper la tête aux riches ». Mais qui sont vraiment tous ces manifestants qui, de New York à Athènes, en passant par Rome, bloquent les rues et les places, scandent des slogans anticapitalistes ou bien détruisent les biens publics ? En France, comme d’habitude, les médias leur accordent une attention pleine de sympathie. Portant, ils devraient regarder avec plus d’attention et voir que ces manifestants sont dangereux pour nos démocraties.
    Ce sont d’abord des extrémistes. Parmi les demandes des manifestants qui campent devant Wall Street figure aussi la « chute de l’administration de Washington», coupable de « soutenir la finance mondiale ». On peut très bien ne pas être un sympathisant du président Obama mais mieux vaut attendre les élections de l’année prochaine que souhaiter son renversement par les manifestants. D’autant plus que dans le pays de la démocratie, cette initiative ne serait pas très bien vue par le peuple américain. Mêlée aux jeunes étudiants en quête de sensations fortes, il y a Susan George(*), ancienne Présidente de l’Observatoire de la mondialisation et vice-présidente de l’association ATTAC. En 2000, elle a publié un ouvrage intitulé Le Rapport Lugano dans lequel elle combat « le capitalisme ultra-libéral ». Parmi ses propositions de « réforme» figure l’internement des libéraux dans des camps (goulag – déjà vu ?). Les manifestants affirment aussi qu’Al Qaïda n’est pas pire que Wall Street et le gouvernement américain, et que les coupables se trouvent sur le territoire américain et pas dans les pays arabes.
    Les manifestants se trompent d’ennemi. Ils s’en prennent aux banques et à Wall Street au lieu de protester contre les gaspillages publics et la bureaucratie. A New York, ils ont manifesté devant la banque JP Morgan. Mais cette banque est parmi les seules à ne pas avoir accepté l’argent public en 2008. Ensuite, ils sont allés montrer leur colère devant la résidence de John Paulson, dirigeant d’un hedge fund. Or, Paulson fait partie de ceux qui ont mis en garde contre les risques de la bulle immobilière. D’ailleurs, s’attaquer au monde de la finance sous prétexte de protéger le monde de l’économie « réelle » n’a pas de sens. La finance ne représente que 6 % (828 Mds de dollars) du PIB américain et elle a perdu 23 000 emplois (9 % du total) depuis fin 2008 et plus de 10 000 emplois seront encore perdus d’ici 2012.
    Parmi les personnalités qui manifestent à New York figure aussi la comédienne Roseanne Barr qui demande ni plus ni moins la « décapitation des riches ». Quand l’attaque contre les riches battait son plein, on apprenait la mort de Steve Jobs. Or, celui-ci a bel et bien été très riche avec une fortune estimée à plus de 7 Milliards de dollars. Inutile de dire que nombreux sont ceux qui manifestent mais qui utilisent les inventions de Jobs, l’ordinateur Macintosh ou les tablettes iPad. Par ailleurs, le « riche » Jobs est à l’origine de plus de 30 000 emplois aux Etats-Unis et plusieurs centaines de milliers à travers le monde. On estime à 30 Milliards de dollars annuels, la contribution de Jobs à l’économie américaine. Sans qu’il bénéficie de l’aide de l’Etat
    Le temps politique actuel se reconnaît à son instabilité. On sent que le climat général se réchauffe, que les phénomènes extrêmes se multiplient et que les gouvernances (locale, nationale ou mondiale) éprouvent une période d’incertitude. L’ennui, c’est que les gens n’attendent presque plus rien des outils et des structures en place, tout se passant comme si la manière de faire de la politique était parvenue à décourager jusqu’à ceux qui voulaient la rénover. Que ce soit aux États-Unis, dans les pays arabes, en Afrique et en Europe, certaines manières de faire la politique ne passent plus. Les populations ont accès à des informations qui circulent à haute vitesse et veulent plus de transparence et de justice. On a l’habitude de dénoncer l’économie sauvage du libre marché sans voir que c’est le manque de liberté économique qui en est la cause, car l’économie mondiale est actuellement pervertie par de nouveaux oligopoles qui ont grandi avec la complicité des États faibles. Favoriser l’égalité des chances dans un libre marché et cela avec une redistribution centralisée est bien l’objectif de la combinaison historique des idées libérales et sociales. L’indignation semble donc être dirigée dans la mauvaise direction. Au lieu de critiquer le capitalisme et le pouvoir des entreprises, c’est l’étendue du pouvoir de l’Etat qu’il faut remettre en question. Il convient d’ajouter que les entreprises ne sont pas les seules à chercher des privilèges. Les différentes catégories sociales, des locataires soutenant un contrôle des loyers aux propriétaires appuyant des déductions fiscales pour l’entretien de leur bien, poussent eux aussi l’Etat à sortir de son rôle de protecteur des libertés pour le transformer en distributeur de privilèges. Comme on le voit, le marxisme ne s’est pas effondré avec le mur de Berlin, il a juste changé de forme. Ouvrons les yeux.

  • Très bon article ! … c’est rare.

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