Les libéraux divisés face à la crise

Les libéraux ont été brillants dans la prévision de la crise, ils le sont moins quand il s’agit de parler d’une voix unie

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Les libéraux divisés face à la crise

Publié le 10 janvier 2012
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Le petit monde libéral français a été brillant et impressionnant dans l’analyse et la prévision de la crise, il l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de parler d’une voix unie.

Par Alain Cohen-Dumouchel

La crise de l’État-providence propulse sur le devant de la scène le discours libéral, qui seul l’avait prévue. Comme nous le rappelle l’affiche/tract d’Alternative Libérale qui date de 2006, seuls les libéraux mettaient le public en garde contre la dette, bien avant la pré-crise de 2008 suivie par l’éclatement de la bulle étatique. Pourtant ces mêmes libéraux apparaissent aujourd’hui bien divisés lorsqu’il s’agit de présenter des solutions. Il y a les partisans de l’étalon-or et des monnaies métalliques mais il y a aussi ceux qui défendent le Free banking ou les monnaies libres.

Il y a les pro-Européens représentés par le PLD et par Alternative Libérale et il y a des anti-Européens qui invoquent des strates administratives inutiles et pesantes. Il y a ceux qui veulent à tout prix sortir de l’euro qu’ils dénoncent comme une calamité, Charles Gave en tête. Il y a ceux qui nous indiquent qu’il faut monétiser la dette d’urgence avec une gouvernance européenne renforcée et une relance de l’investissement comme Nicolas Baverez. Il y a Alain Madelin qui considère que l’euro peut parfaitement servir de monnaie unique sans gouvernement central, même pour des pays très différents.

Il y a la tendance libertarienne qui se fout éperdument du problème ; après tout les étatistes n’ont qu’à se débrouiller avec l’incendie qu’ils ont allumé. Il y a la tendance Lemmenicier, proche de ces derniers qui recommande de ne pas rembourser la dette. De cette manière personne ne nous prêtera plus à l’avenir. Il y a ceux qui pensent comme Vincent Bénard que nous sommes en faillite avérée et qu’il faut donc gérer cette faillite de la façon la mieux ordonnée possible.

Il y a ceux qui considèrent tout à fait scandaleux que l’on refinance des banques qui sont virtuellement en faillite. Ceux-là insistent donc pour que les actionnaires perdent leur mise. Mais d’autres soulignent que les banques se sont vues imposer réglementairement l’achat massif de dettes d’État présentées comme totalement sûres, et sont donc partisans de leur sauvetage.

Enfin certains voient dans une forme d’allocation universelle une solution pour sortir du clientélisme social alors que d’autres qualifient la mesure de liberticide et n’y voient qu’une illusion vouée à l’échec.

Pour encore compliquer les choses, ces positions ne sont pas toutes exclusives, ce qui fait que les chapelles et sous chapelles libérales sont encore plus nombreuses que la liste ci-dessus ne le laisse croire.

Les prochaines échéances électorales séparent également les libéraux.

Il y a ceux qui soutiennent envers et contre tout la majorité présidentielle, vue comme l’ultime barrage de la gauche socialiste.

Il y a ceux qui proposent des alliances avec les partis en place. Alternative Libérale, devenu club politique, soutient Hervé Morin parce qu’il serait le mieux disant libéral (comprendre le moins illibéral) et qu’il a clairement exprimé son intention de rallier Sarkozy au second tour. Le PLD s’orienterait (au conditionnel) vers Bayrou parce qu’il représente le meilleur compromis entre mieux disance libérale et chances de l’emporter.

Enfin il y a les Ron-Paulistes à la française qui prônent une démarche pure, isolée des grands partis, une sorte d’avant-garde libérale qui attendrait le grand soir en tenant un discours sans concession.

Bref, le petit monde libéral français a été brillant et impressionnant dans l’analyse, dans la prévision et dans les mises en garde – c’est indéniable – il l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de présenter des solutions crédibles ou de parler d’une voix unie.

Si les différences de stratégie politique sont relativement normales et ne doivent pas nous alarmer outre mesure, les différences de doctrine révélées par la crise sont en revanche plus inquiétantes. Il faut bien appeler un chat, un chat, c’est à une cacophonie libérale que nous assistons.

—-
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Voir les commentaires (27)

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  • Bref , les libéraux à la française , appellent à voter pour l’étatiste fonctionnarisé à l’état providence Sarkozy …

  • Il n’est pas pertinent, du fait du manque de sensibilisation de la France, de se chercher un poste d’élu, pour un libéral en 2012, si sa priorité est de faire avancer les idées, bien sûr. Les (disons) libéraux, qui seront élus subiront pire que Westerwelle en terme de contrainte de cautionner les mesures les plus antilibérales.

    Il est très difficile de croire, avec la meilleure volonté du monde, que de chercher à se placer auprès de candidats « éligibles », en 2012, serait guidé par le combat pour les lidées libérales.

  • Les libéraux sont au moins d’accord sur l’essentiel : il faut revenir à l’équilibre budgétaire au plus vite, et ce intégralement par la réduction des dépenses de l’État, en réduisant son périmètre d’action.

    Bayrou a dit chez Ruquier qu’il fallait simplifier le droit du travail et le droit fiscal. Voilà qui devrait faire l’unanimité ici. Espérons qu’il développera tout cela prochainement, sinon cela n’aura été que de l’enfumage. A suivre…

  • Je ne suis pas du tout d’accord avec ce billet. Vraiment pas.

    Oui, sur certains points, les libéraux peuvent avoir des divergences (l’allocation universelle par exemple).
    Mais sur le soutien politique par exemple, je ne connais -aucun- libéral qui soutient « envers et contre tout la majorité présidentielle ». Absolument aucun. Bien au contraire.

    Pour les sorties de crise, je trouve au contraire sain qu’il y ait débat, qu’on puisse confronter des avis souvent constructifs. Mais je n’y vois certainement par là une fracture comme tend à le présenter A CD.

    • Donc pour vous Novelli n’est pas libéral ?
      Moi j’ai rencontré pas mal de monde qui se dit libéral et qui n’envisage de voter que pour Sarkozy. Ca veut probablement dire que le mot est encore très flou dans l’opinion après (ou à cause de ?) l’aventure Madelin et la désinformation gauchiste.

  • Bon , ben là je reçois une petite leçon de mise en page !

  • La diversité d’opinion au sein du libéralisme est une bonne chose, elle est justement une marque de cette liberté que nous prônons et une preuve que nous ne sommes pas des extrémistes ou des intolérants (les deux injures à la mode).

    Et c’est parce que la cacophonie me semble inévitable dans une perspective libérale que je suis favorable à la « démarche pure ron-pauliste », car c’est la meilleure manière d’être clair dans la cacophonie.

    Et concernant la présidentielle 2012, on peut dors et déjà être sûr que quelque soit le candidat qui passe, il dépensera ce qu’il pourra dépenser, et quand il n’y aura plus de sous, sera bien obligé de réduire l’Etat.

  • A mon avis, il est dit que cette élection présidentielle ne mettra pas en avant les idées libérales (tout au contraire caricaturées à outrance et sources supposées de tous les maux). Or la dette n’est pas seulement un souci d’état pur. Elle se trouve également dans les régions, les départements et les mairies. On attend de lire plus souvent des positions et propositions concrètes à ce niveau là. Voyons les subventions à gogo dans les clubs de sports, bibliothèques, associations diverses et variées qui sont surtout une manière de caresser dans le sens du poil le contribuable et qui participent à cet endettement colossal.

  • C’est très gentil tout ça, mais en attendant, soyons pragmatiques : quel candidat libéral se présente aux Présidentielles prochaines ? Aucun.

    En attendant, les USA ont un candidat libéral plus que sérieux : Ron Paul.

  • Je ne vois pas en quoi ce problème concerne les libéraux. Ca fait plus de trente qu’ils mettent en garde contre les dérives des comptes publics et de leurs conséquences inévitables. Jamais, à aucun moment ils n’ont été écoutés. Il faudrait maintenant proposer des solutions pour sortir de cette ornière et tenir un discours uniforme ? Je vous rassure tout de suite, les propositions qui seront formulées, quand bien même elles feraient consensus, ne seront pas plus considérées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient hier. Quant à trouver un libéral dans le monde politique français, alors la je vous souhaite bonne route. Il n’y en a pas la moitié d’un. A partir de ce constat, je ne vois pas d’autre solution que d’attendre l’écroulement du système, comme l’avait bien signalé Von Mises à propos du système socialiste au début du 20 ème siècle. Cependant il y a au moins trois inconvennients. 1) Ca peut être long, puisque les hommes de l’état feront tout ce qui leur ai possible pour maintenir le système à flot. 2) La société civile va subir de graves dommages « collateraux ». 3) Le libéralisme et le capitalisme seront encore une fois accusé de tous les méfaits, et un dangereux démagogue risque de rafler la mise éléctorale. Il faudra le moment venu être très vigilant.

  • C’est une stratégie classique de « mettre dedans » ses adversaires pour que l’usure du pouvoir fasse son oeuvre de disqualification.

    Pour les libéraux, l’erreur serait de rechercher une stratégie politique de conquête du pouvoir alors qu’ils visent précisément à réduire la portée de ce pouvoir. Un libéral s’intéressera moins au pouvoir de gestion proprement dit, puisqu’il n’y aurait plus grand chose à gérer, qu’au pouvoir de constitution définissant et garantissant les limites de l’Etat.

    Il n’y aura pas de grand soir mais une conviction lente et progressive dans l’opinion, de telle sorte que, face aux échecs inéluctables des collectivistes, les politiques dans leur ensemble n’aient plus d’autre choix. C’est un travail de sape lent et minutieux des collectivismes qu’il convient de réaliser.

    Il faut être patient et ne pas se laisser dominer par la frustration.

  • ce que vous décrivez ne sont pas de véritables dissentions.

    Sur le fond les libéraux sont d’accord. Mois d’état, plus d’efficacité et suppression de toutes le contraintes de type régulatrices qui prétendent organiser la façon dont les libertés et l’économie s’exercent.

    Ce que vous décrivez n’est qu’une réaction de chaque individus à une situation dans laquelle nous sommes systématiquement amenés en tant que citoyens à faires des choix qui ne correspondent en rien à nos aspirations. Nous réaliserons bientôt ce que Madelin a compris en son temps : il n’y a aucun salut dans le système actuel mais beaucoup, nouveaux ne veulent pas encore le comprendre et ils y croient. Ca donne cette cacophonie.

    Sauf à réellement apparaitre au grand jour et avoir un accès aux médias pour faire porter une voix unie, nous sommes condamnés à cela. Nos idées ne pourront percer que si effondrement il y a du système ou du pays … En attendant il faut prendre position.

    Ce qui m’inquiète c’est que nous sommes incapables de prendre une position sur l’Euro.

    Au bout d’un moment il faut quand même etre cohérent. L’absence de réflexion dans ce mouvement sur la démocratie m’inquiète un peu. La démocratie est la condition essentielle pour tout libéral. Hors elle est dévoyée tant au niveau français sans parler du niveau Européen ou le système politique est une insulte à toute idée démocratique.

    Il y a à mon avis une incohérence à défendre l’Europe et à se proclamer libéral. Il n’existe aucun socle institutionnel Européen de nature à garantir la démocratie.

    • Je ne sais pas. Plus le temps passe et plus la démocratie m’apparaît comme étant un frein, un obstacle vers une société plus juste et plus libérale. La démocratie est fondamentalement un moyen de briser la liberté individuelle et de faire en sorte que l’individu en tant que tel soit noyé dans la masse. Je suis anarcap et donc favorable à la disparition à termes des gouvernements. Dans la passé il a existé des société (celtes, indiens d’Amériques) qui fonctionnait de bas en haut par simple négociations et délégations de pouvoirs temporaires en fonction de besoins individuel. Il est donc parfaitement possible pour une société de fonctionner ainsi. Le seul problème c’est que la majorité des gens perdront la possibilité de dominer les autre et il n’y aura plus de place pour nos égocentrique homme politique…
      Deux texte intéressant pour démystifier la démocratie :
      Chistian Michel : http://www.liberalia.com/htm/cm_pas_democrate.htm
      HL Menken : note on démocracy http://www.amazon.com/Notes-Democracy-H-L-Mencken/dp/0977378810

  • L’UMP, le parti socialiste et conservateur de droite, serait libéral maintenant… c’est une plaisanterie?

  • A quand un Front Uni des Libéraux ?!!!

  • Étant donné que les libéraux sont guidés par l’individualisme méthodologique et l’indépendance de pensée de l’individu, il me semble normal qu’ils soient divisés sur les solutions à adopter, contrairement aux interventionnistes, notamment de gauche, qui culturellement préfèrent le groupe et chassent en meute.

  • Vous voulez bien être réaliste ?

    La seule solution est la sécession des provinces libérales, Pays de Versailles, Alsace, Savoie en tête…

    La majorité du peuple français est socialiste (UMPSFN), il est républicain.

    En d’autre terme, quand réaliserez-vous que nous libéraux ne sommes pas français, que la France n’est pas notre pays, pas notre peuple et que c’est pas à nous de quitter notre pays mais au peuple français de nous reconnaitre notre indépendance ?

  • tu as raison, Alain

  • Il me semble que beaucoup de monde convient de la déliquescence de la politique française à droite et à gauche. Les élécteurs veulent des propositions nouvelles et progressistes qui proposent de vrais changements (changements dans la rhétorique mittérandienne de 1981 et réformes dans celle de Sarkozy de 2007). Les français sont déçus et c’est bien normal. Je suis un nouveau venu dans la sphère libérale mais je suis assez peu impressioner par les cliques et les « mouvances », ainsi que les réunions de salons parisiennes (qui bien qu’étant une tradition française avec ses avantages pour établir des réseaux) sont également limités quand il s’agit de faire campagne. Je vois une série de gens qui me semble compétents et je ne vois pas pourquoi on ne travaille pas aux 500 signatures (ce qui me semble être le problème). Le programme est plutôt simple à écrire puisqu’il faut tout réformer et mettre à plat tout ce qui permet une subventionite aigue et une politisation à outrance de tout les aspects de la vie en France. Des models et autres solutions existent déjà dans le monde, donc nous n’avons pas besoin de philosophe de la politique mais de propositions concrètes et on les connait déjà.

  • Il est vrai qu’à l’inverse de son père, Marine Le Pen a un discours incroyablement socialisant et démagogique. Mais, pour autant, est-il pertinent de l’exclure des choix électoraux des libéraux?
    Vous l’avez compris, ce n’est pas mon avis…

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