Les libéraux divisés face à la crise

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Les libéraux ont été brillants dans la prévision de la crise, ils le sont moins quand il s’agit de parler d’une voix unie

Le petit monde libéral français a été brillant et impressionnant dans l’analyse et la prévision de la crise, il l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de parler d’une voix unie.

Par Alain Cohen-Dumouchel

La crise de l’État providence propulse sur le devant de la scène le discours libéral, qui seul l’avait prévue. Comme nous le rappelle l’affiche/tract d’Alternative Libérale qui date de 2006, seuls les libéraux mettaient le public en garde contre la dette, bien avant la pré-crise de 2008 suivie par l’éclatement de la bulle étatique. Pourtant ces mêmes libéraux apparaissent aujourd’hui bien divisés lorsqu’il s’agit de présenter des solutions. Il y a les partisans de l’étalon Or et des monnaies métalliques mais il y a aussi ceux qui défendent le Free banking ou les monnaies libres.

Il y a les pro européens représentés par le PLD et par Alternative Libérale et il y a des anti-européens qui invoquent des strates administratives inutiles et pesantes. Il y a ceux qui veulent à tout prix sortir de l’Euro qu’ils dénoncent comme une calamité – Charles Gave en tête. Il y a ceux qui nous indiquent qu’il faut monétiser la dette d’urgence avec une gouvernance européenne renforcée et une relance de l’investissement comme Nicolas Baverez. Il y a Alain Madelin qui considère que l’Euro peut parfaitement servir de monnaie unique sans gouvernement central, même pour des pays très différents.

Il y a la tendance libertarienne qui se fout éperdument du problème; après tout les étatistes n’ont qu’à se débrouiller avec l’incendie qu’ils ont allumé. Il y a la tendance Lemmenicier, proche de ces derniers qui recommande de ne pas rembourser la dette. De cette manière personne ne nous prêtera plus à l’avenir. Il y a ceux qui pensent comme Vincent Bénard que nous sommes en faillite avérée et qu’il faut donc gérer cette faillite de la façon la mieux ordonnée possible.

Il y a ceux qui considèrent tout à fait scandaleux que l’on refinance des banques qui sont virtuellement en faillite. Ceux-là insistent donc pour que les actionnaires perdent leur mise. Mais d’autres soulignent que les banques se sont vu imposer réglementairement l’achat massif de dettes d’État présentées comme totalement sûres, et sont donc partisans de leur sauvetage.

Enfin certains voient dans une forme d’allocation universelle une solution pour sortir du clientélisme social alors que d’autres qualifient la mesure de liberticide et n’y voient qu’une illusion vouée à l’échec.

Pour encore compliquer les choses, ces positions ne sont pas toutes exclusives, ce qui fait que les chapelles et sous chapelles libérales sont encore plus nombreuses que la liste ci-dessus ne le laisse croire.

Les prochaines échéances électorales séparent également les libéraux.

Il y a ceux qui soutiennent envers et contre tout la majorité présidentielle, vue comme l’ultime barrage de la gauche socialiste.

Il y a ceux qui proposent des alliances avec les partis en place. Alternative Libérale, devenu club politique, soutient Hervé Morin parce qu’il serait le mieux disant libéral (comprendre le moins illibéral) et qu’il a clairement exprimé son intention de rallier Sarkozy au second tour. Le PLD s’orienterait (au conditionnel) vers Bayrou parce qu’il représente le meilleur compromis entre mieux disance libérale et chances de l’emporter.

Enfin il y a les Ron-Paulistes à la française qui prônent une démarche pure, isolée des grands partis, une sorte « d’avant garde » libérale qui attendrait le « grand soir » en tenant un discours sans concession.

Bref, le petit monde libéral français a été brillant et impressionnant dans l’analyse, dans la prévision et dans les mises en garde – c’est indéniable – il l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de présenter des solutions crédibles ou de parler d’une voix unie.

Si les différences de stratégie politique sont relativement normales et ne doivent pas nous alarmer outre mesure, les différences de doctrine révélées par la crise sont en revanche plus inquiétantes. Il faut bien appeler un chat, un chat, c’est à une cacophonie libérale que nous assistons.

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