L’État français est immoral !

Topaze

Tu ne fumeras point, tu ne boiras point de soda, tu ne loueras point ta chambre de bonne à des prix exorbitants

Tu ne fumeras point, tu ne boiras point de soda, tu ne loueras point ta chambre de bonne à des prix exorbitants… auquel cas, dans la taxe et l’impôt tes péchés, tu absoudras.

Par Ulrich Genisson

La morale est ce code informel qui nous permet de dire, instinctivement, qu’un acte est bon ou mauvais. Il en existe deux types, disons – simplement – une morale individuelle et une morale collective. Voici quelques exemples de la cohabitation difficile de ces deux morales : il est immoral de tuer un cambrioleur qui s’introduirait chez vous mettant potentiellement en péril votre vie, mais il est moral de tuer un soldat lors d’une guerre que votre État aurait déclarée. On explique à ses enfants qu’il est immoral de racketter quelqu’un, or l’État au travers de l’impôt nous impose de nous exécuter au risque de nous jeter en prison ou de réquisitionner nos biens ! On voit bien là qu’insidieusement, l’État s’est accaparé la morale individuelle pour l’imposer petit-à-petit à la collectivité, il a pris ce qui était de la responsabilité de chacun pour l’imposer à tous. Par cette prise de contrôle de la vie de chaque citoyen, la possibilité de régler les cas particuliers est rendue impossible par une règle impersonnelle qui s’applique de fait à tous.

Revenons sur la naissance de la morale. Depuis la nuit des temps, l’Homme n’est qu’un, mais plusieurs humanités existent et cohabitent. Axel Kahn m’a appris qu’il fallait être humain pour être inhumain. L’humain a cela d’unique, dans le monde du vivant, qu’il est capable d’être inhumain, c’est-à-dire dépourvu de cette qualité qui différencie l’homo sapiens de l’Homme. Aucune autre espèce vivante n’étant capable de tuer par pur plaisir ou vengeance, nous nous sommes donc créés une vue de l’esprit (qui régie nos interactions et nos comportements, admissibles ou non dans une vie en société), un carcan, que nous devons respecter au risque d’être exclu de cette société : la morale était née. Il est clairement entendu que la majeure partie de cette morale nous vient des temps anciens, au moment où les fondations des grandes religions ont été posées : tu ne tueras point, tu ne voleras point, etc.

Curieusement cette morale à géométrie variable diffère selon la société dans laquelle l’on se trouve. Par exemple, boire de l’alcool sera valorisé en Occident mais pas en Orient, tuer une vache sera banal en Europe mais inconcevable en Asie, fumer de l’opium sera une coutume en Asie mais durement réprimé en Occident. La morale est au cœur de tout cela, c’est elle qui régie la vie des différentes sociétés et c’est elle qui pousse les peuples à réclamer des lois. Le principe de ces lois étant finalement l’application systématique à tous de la morale de quelques uns.

Désormais en Europe, et plus particulièrement dans les pays de culture catholique, la possession d’argent, de capital, de richesse est de plus en plus perçue comme immorale. Dans l’imagerie collective, ce bien a forcément été volé à quelqu’un, et ce, même s’il a été gagné honnêtement, dans le respect des lois. En résumé, un homme riche est forcément un homme qui a « profité » des autres. Jésus n’aurait-il pas prononcé : « Je vous le dis, il est plus aisé pour un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille, que pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » (Évangile selon saint Matthieu, 19, 24). L’État français, en ayant empêché la création de plus de richesses à partager ces 35 dernières années, a donc pris le parti de répartir équitablement la misère. En ce sens, Winston Churchill déclara, un jour : « Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère. » L’État a donc fait le choix de la vertu socialiste.

Certaines lois, dont de très récentes, en sont la preuve

La loi sur les loyers exorbitants des chambres de bonnes. On nous assène qu’il est immoral de louer très cher un logement très petit. L’État envisage donc de créer une taxe, lors de la loi de finance 2012, qui fiscaliserait un peu plus ces Thénardier des temps modernes. Louer un bien insalubre de 9m² ne serait pas moral, mais le taxer, c’est-à-dire engraisser l’État sur la misère, le serait ?

La taxation de la prostitution. Se prostituer pour gagner sa vie, ou être proxénète, est jugé immoral, et, est même puni par la loi. Mais il semble tout à fait moral, pour le gouvernement, de taxer ces revenus de la chair tels des bénéfices non commerciaux. Sur une passe à €30, €10 iront à la prostituée, €10 au souteneur et €10 au fisc, seuls ces dix derniers euros seraient en accord avec la morale publique ?

La loi sur les sodas à sucre ajouté qui veut prendre soin de notre ligne, mais pas de notre portefeuille, va rendre légal le fait d’imposer les « imbéciles » qui consommeraient encore ce type de sodas. Donc boire un jus de pomme contenant 110 grammes de sucre par litre serait moral mais boire un cola avec 106 grammes de sucre au litre, « boooooh», ça ne le serait pas. Rassurez vous cette nouvelle taxe vous permettra justement de vous racheter une morale !

La probable loi sur les gains de l’Euromillion. La Française des jeux, organisme d’État, distribue des gains fantastiques aux gagnants du premier rang. Mais pour l’UMP, trop c’est trop, une bonne loi limitant les gains rendra moral le fait de gagner €30 millions, ce qui ne semble plus être le cas avec le plafond actuel des €185 millions.

Il parait parfaitement immoral qu’un épargnant, un méchant capitaliste comme disent les collectivistes, arrive à se constituer un complément de retraite grâce à la location d’un appartement. Remédions donc à cela le jour où il souhaitera vendre ce bien en taxant la plus-value qu’il pourrait réaliser. D’un autre côté, est-il moral qu’un député, arrivé à cette même retraite, puisse percevoir €1.548 par mois en ayant occupé son poste seulement 5 ans ?

Le fumeur n’est pas plus épargné. Non seulement sous l’emprise d’une drogue plus dure que certains produits illicites (ce n’est pas moi qui l’affirme mais plusieurs études), le fumeur esclave de son mégot devient une prostituée de l’État en devant verser 400% du prix de son paquet en taxes (un paquet hors-taxes coute environ €1,15, ne l’oublions pas). Il s’offre ainsi le droit d’avoir un cancer (€70.000 de taxes pour une consommation d’un paquet par jour pendant 40 ans). J’espère juste que les héritiers de ceux qui n’en auront pas eu, pourront demander à l’État le remboursement du trop perçu. Si le tabac était dangereux, il serait interdit selon les principes d’un « État nounou » qui protège son peuple. S’il ne l’est pas, arrêtons les taxes ! Sinon, je réclame par pur nihilisme une taxe sur la naissance, qui est bien la chose la plus dangereuse au monde, car elle engendrera au final la mort à coup sûr.

Justement concernant la mort. L’euthanasie n’est pas légale en France, mais cette interdiction de choisir quand et comment quitter ce monde soulève régulièrement des interrogations. L’État, une fois de plus, sait ce qui est bon pour nous, même à notre chevet, sur notre lit de mort. Pourtant l’euthanasie qu’il interdit, l’État la pratique sur son peuple puisque nous sommes en train de succomber à une mort lente, mais certaine, si nous ne sommes pas gagnés très vite par un sursaut, une soif de liberté ! Le collectif prenant toujours plus d’emprise sur l’individu, nous perdons toute faculté à prendre des décisions, nous concernant, avec pour seul juge notre libre arbitre.

La cupidité des hommes est immorale aux yeux de l’État, c’est pourtant sa nature et depuis la nuit des temps. C’est bien la confrontation de la cupidité de l’un qui régule celle de l’autre. L’État, ne supportant pas cette concurrence, a décidé d’être le plus cupide de tous pour nous guérir. Votre argent immoral le deviendra après lessivage par l’impôt ! Une alchimie bien dangereuse qui a pourtant la bénédiction du peuple, puisqu’il en redemande. La morale étatique est devenue son opium.

Rappelons-nous le discours d’investiture de Ronald Reagan, président des États-Unis, le 20 janvier 1981, qui avait bien conscience du danger de cet État tout-puissant en période de crise :

Dans cette crise actuelle, l’État n’est pas la solution à notre problème ; l’Etat est le problème. De temps en temps nous avons été tentés de croire que la société est devenue trop complexe pour être contrôlée par la discipline de chacun, que le gouvernement par une élite était supérieur au gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Et bien, si personne parmi nous n’est capable de se gouverner lui-même, alors qui parmi nous a la capacité d’en gouverner un autre ?

Depuis la révolution de 1789, le peuple français ne s’est jamais autant trouvé à la croisée des chemins. Il va devoir trancher entre perdre totalement ses libertés au profit d’un État surpuissant qui aura le rôle de régenter la vie de chacun, ou alors choisir la voie de l’indépendance et de la liberté, avec un État minimum qui laisse chacun libre de s’accomplir sans compte à rendre. Le chaos économique, dans lequel nous entrons, va nous pousser à faire ce choix très bientôt…