Pas de cadeau pour les pétrolières

Des politiciens américains veulent couper les privilèges fiscaux aux grandes pétrolières

Par David Descôteaux, de Montréal, Québec

Des politiciens américains veulent couper les privilèges fiscaux aux grandes pétrolières. Et si on faisait la même chose ici ?

Les patrons d’Exxon, Shell, Chevron, BP America et ConocoPhillips se sont fait griller pendant trois jours, la semaine dernière au Sénat. Des élus démocrates veulent éliminer de moitié leurs crédits d’impôt — d’environ $4 milliards par année — pour réduire le déficit du gouvernement.

Ensemble, ces cinq entreprises ont empoché 35 milliards de profit… seulement au premier trimestre ! Pendant que les citoyens américains, frustrés, payent de plus en plus cher à la station-service.

Si on faisait la même chose ?

Ce genre d’audiences aux États-Unis, c’est surtout un spectacle. Les politiciens essaient de gagner des points auprès du public en attaquant les « méchantes pétrolières ». N’empêche, certaines scènes valent le coup. Jeudi, un sénateur a montré une vidéo datant de 2005. On y voit des chefs d’entreprises pétrolières admettre qu’ils n’ont pas besoin de crédits d’impôt, puisque leur baril de pétrole se vend au prix fort de $55. Pourtant aujourd’hui, ce même baril frôle les… $100.

Mais c’est une réplique de Rex Tillerman, PDG d’Exxon, qui m’a le plus frappé. Un sénateur le questionne et affirme que les pétrolières ne méritent pas de crédits d’impôt. Tillerman lui répond : d’accord. Éliminez-les. Mais éliminez-les pour toutes les entreprises, pas juste nous.

Très bonne idée. Qu’on pourrait appliquer ici au Canada.

L’industrie pétrolière canadienne reçoit environ 1,4 milliard en aide fédérale de toute sorte chaque année. Si on se fie à une analyse du groupe environnemental Pembina de 2005, bien documentée, qui tire ses chiffres du gouvernement fédéral lui-même.

Les pétrolières en ont-elles vraiment besoin ? Alors éliminons-les. Et mettons la hache dans une partie des milliards en subventions que nous versons chaque année aux entreprises — les Bombardier, Pratt & Whitney ou GM de ce monde. Les économies dégagées pourront servir à réduire la dette que nous léguerons à nos enfants.

Stephen Harper sera d’accord. Pourquoi ? Parce que c’est son idée.

Le discours oublié

Flashback, juin 2004. Quelques mois avant l’élection qui allait le porter au pouvoir, Stephen Harper prononce un discours devant des gens d’affaires de Toronto. Il dénonce les trop nombreux programmes de subventions aux entreprises. Le futur premier ministre explique ensuite son plan :

« Nous voulons baisser les impôts des entreprises. Mais seulement si nous pouvons diminuer le ‘B.S. corporatif » (corporate welfare) […] Si vous voulez payer moins d’impôts, vous devez accepter de recevoir moins de subventions. Je vais diminuer le premier seulement si on diminue le second. »

C’est une chronique du Toronto Star qui a remis ce discours sur la sellette.

Depuis ce temps, Stephen Harper a baissé les impôts des entreprises, dont les pétrolières. Leur taux est passé de 22% à 15% (taux prévu pour 2012). En retour, donne-t-on moins de subventions aux entreprises ? Non. Peu importe le gouvernement en place, ces subventions augmentent constamment. Selon l’Institut Fraser, les Canadiens ont versé plus de 6 milliards aux entreprises en 2006 (leurs données les plus récentes). C’est presque deux fois plus qu’en 1995.

En baissant les impôts des entreprises, Stephen Harper a rempli la moitié de la promesse qu’il a faite à Toronto. Il est temps de remplir l’autre. Ici comme aux États-Unis, les multinationales qui se nourrissent à même nos taxes — dont les pétrolières — peuvent très bien s’en passer.