Quitter l’enfer du trafic

Les gens prennent de meilleures décisions quand ils savent ce qu’un service coûte

Par David Descôteaux, de Montréal, Québec

Cet été, les automobilistes montréalais vont souffrir — encore. Trente-cinq chantiers vont défigurer nos rues, qui débordent déjà de voitures.

Comme Toronto, Montréal est devenue un enfer de carcasses métalliques. Imaginez : cette année vous passerez près d’un mois et demi coincés dans le trafic. Quarante jours ! C’est une semaine de plus qu’en 1992, selon Statistique Canada.

Il y a presque autant de congestion routière à l’heure du midi qu’il y en avait à l’heure du souper une génération auparavant. Pas surprenant : le nombre de véhicules enregistrés au Canada a bondi de 5 millions depuis 1992. Il s’élève aujourd’hui à 21,4 millions.

Que faire ?

La revue Maclean’s a récemment pondu un article sur ce fléau. Comme le souligne son journaliste Andrew Coyne, se battre contre la nature humaine est futile. Les recherches montrent que les gens aiment travailler au centre-ville. Ils aiment aussi travailler en même temps que tout le monde. La majorité préfère le confort et l’indépendance de leur voiture pour se rendre au boulot, et préfère être seule que faire du covoiturage.

La proportion de gens qui se rendent au travail en auto est la même depuis 20 ans : 85%. Malgré tout l’argent investi en transport en commun, et tous les beaux discours écologiques.

La solution que propose le Maclean’s est simple. La seule façon pour les gens de changer leurs habitudes, c’est d’avoir une motivation. Une motivation financière : le péage.

En France, les autoroutes payantes sont bien entretenues et rapides. Il en coûte $65 pour une promenade de Paris à Marseille, selon le Maclean’s. C’est l’équivalent de $30 pour un trajet Montréal-Québec. À Los Angeles, les automobilistes prisonniers de la Riverside Freeway peuvent utiliser une voie rapide, payante. Deux fois plus de voitures y passent que sur les voies gratuites. Et quatre fois plus vite. Le prix varie selon l’heure du jour, pour mieux répartir la congestion. La nuit, il peut tomber aussi bas que $1,30. Et en heure de pointe, atteindre $10,25.

Les routes à péages poussent les automobilistes à réfléchir, à calculer, écrit Coyne. « Est-ce que ça vaut la peine de payer $5 pour prendre l’autoroute ? Comme je ne suis pas si pressé, je pourrais peut-être utiliser la route secondaire, gratuite ? »

Pas un sou de plus

À Montréal, le pont à péage de l’autoroute 25 reliant Montréal et Laval accueillera ses premiers véhicules vendredi prochain le 20 mai. Le coût variera entre $1,80 et $2,40 par voiture, modulé en fonction des heures de passage. On installera aussi des péages sur l’autoroute 30, lorsque son prolongement sera terminé.

Dans ce dernier cas, comme pour l’autoroute 407 à Toronto, un consortium privé construit la route et l’entretient. C’est donc lui qui reçoit les revenus. Mais rien n’empêche l’État de construire des routes à péages, ou d’en installer sur des routes déjà existantes.

Le cas échéant, les revenus tirés des péages peuvent être compensés par des baisses d’impôts. Les fonds recueillis pourraient soit aller dans un fonds dédié au maintien des infrastructures (en échange de baisses d’impôts équivalentes ou de baisse de taxes sur l’essence), ou retomber directement dans les poches de tous les citoyens, sans passer par l’État. On peut aussi compenser les automobilistes moins nantis en leur offrant un crédit d’impôt.

Il faudra beaucoup plus que des péages pour régler nos problèmes de congestion routière. Mais une réalité demeure : les gens prennent de meilleures décisions quand ils savent ce qu’un service coûte.