L’idée fantaisiste de « l’efficacité » étatique

En l’absence de la coercition, l’essentiel de l’économie étatique devrait s’écrouler en un instant

Les activités non rentables et totalement inutiles qui constituent l’essentiel de l’économie étatique devraient s’écrouler en un instant en l’absence de la coercition nécessaire pour les maintenir toutes ensemble. Bien que nous ne puissions guère imaginer un système plus absurde et inefficace, il continuera tant qu’il sera défendu au nom de ceux qui bénéficient de ses gaspillages et de ses abus.

Par David D’Amato

Les échecs désastreux des installations énergétiques lors des séismes au Japon témoignent une fois de plus de l’incompétence innée de l’étatisme. L’état du système de monopole privilège – à la fois dans les secteurs publics et privés – est rigide, insensible aux changements de circonstances, et par conséquent fragile.

Des secteurs importants de l’économie tels que les infrastructures d’alimentation sont généralement parmi les plus concentrés au sein de mêmes mains, les moins compétitives et les plus séquestrées du vrai marché libre. Ils sont l’objet de subventions publiques considérables, et leur situation de monopole leur permet d’exiger du consommateur un «prix restrictif» élevé accompagné d’aucun lien rationnel avec les forces réelles du marché.

Ce sont ces domaines de l’infrastructure, omniprésents et essentiels à la vie quotidienne, que nous sommes censés considérer comme étant « trop importants pour être confiés au libre marché. » Pour les services qu’utilise pratiquement tout le monde, le secteur public ou d’ambiguës entreprises semi-publiques sont mises en avant comme une alternative prudente sur le marché de la « concurrence acharnée. » Les marchés sont, dit-on, incapables de fournir ces services importants en toute sécurité, de façon efficace et juste.

Les anarchistes se heurtent souvent à l’opposition instinctive qu’ils défendent une idéologie désespérément condamnée à une impossibilité pratique, étant irréaliste dans ses objectifs. De tels arguments, bien que de bon sens au premier abord, ne sont que superficiels en définitive, vu que de nombreuses objections sont loin d’être claires. L’allégation « irréaliste ! » n’est qu’un moyen pour rejeter les arguments de fond – éthiques, utilitaires et économiques – et faire passer le statu quo comme « quelque chose qui marche. »

Mais les porte-paroles de la prétendue philosophie pratique étatiste, qui balaient d’un revers de main l’anarchisme, soulèvent quelques questions dans au moins deux directions. Puisque l’anarchisme n’a jamais été pleinement mis en œuvre, insistent-ils, il ne peut l’être, ou bien il l’aurait déjà été. Ce que les sources de ces affirmations ignorent ou feignent d’ignorer, cependant, c’est que des exemples historiques de ce qu’on pourrait appeler les sociétés sans État démentent leurs affirmations.

Pour un temps, la société tribale de l’Irlande celtique existait sans aucun État central : elle fonctionnait grâce à un modèle de relations familiales et de démocratie directe largement non obligatoire. Cependant, même en considérant les allégations du manque d’exemples historiques comme vraies, cela ne constitue pas une justification solide pour prétendre que l’anarchisme est tout simplement irréaliste.

À une époque où les êtres humains succombaient de maladies récurrentes comme la variole, notre ère moderne, qui traite ces maladies comme de légers inconvénients, aurait été considérée comme irréaliste. Pendant des milliers d’années, avant que l’avion ne vole – même avant qu’il n’y ait des voitures -, l’idée que l’homme pourrait se promener dans le ciel aurait été la quintessence de l’absurdité et de l’illogisme. La plupart des technologies modernes qui facilitent notre vie quotidienne auraient été impossibles à distinguer de la sorcellerie par nos ancêtres. Ainsi, on peut se demander qui est vraiment irréaliste.

Les anarchistes sont-ils irréalistes de suggérer que nous pourrions un jour créer une société sans violence arbitraire, où l’utilisation de la force n’est autorisée qu’en cas de légitime défense ? Ou est-ce plutôt les étatistes qui sont irréalistes de désigner leur système aveugle, celui qui n’a jamais « marché » ou n’a été efficace que pour beurrer les élites, comme «pratique», «sobre» et «modéré» ? Appliquée à l’étatisme, la notion d’efficacité n’a certainement pas le sens populaire de rentable ou économique. Les événements du Japon montrent que les institutions de l’État sont constamment en équilibre précaire, sur le fil du rasoir.

En utilisant la contrainte (directe ou indirecte) pour forcer les individus à payer pour des choses qu’ils n’auraient jamais à payer dans une société libérée de ces contraintes, l’État se base sur un principe tout à fait opposé à l’efficacité «chérie» des étatistes. Son système est fondé sur le vol du produit du travail que la somme des échanges libres ne choisirait jamais. Il repose sur la capacité à externaliser les dépenses et les pertes sur les moutontribuables de la société productive tout en redirigeant les bénéfices au profit de quelques privilégiés.

Les activités non rentables et totalement inutiles qui constituent l’essentiel de l’économie étatique devraient s’écrouler en un instant en l’absence de la coercition nécessaire pour les maintenir toutes ensemble. Bien que nous ne puissions guère imaginer un système plus absurde et inefficace, il continuera tant qu’il sera défendu au nom de ceux qui bénéficient de ses gaspillages et de ses abus.

Pourquoi l’État devrait-il profiter du bénéfice du doute ? Pourquoi devrions-nous le préserver de la critique sous prétexte que toutes les autres solutions ne sont pas réalistes ? Sans qu’on ne sache exactement quand, il sera possible un jour de traiter efficacement le cancer et le VIH, et nous regarderons en arrière les jours où les traitements étaient juste le rêve béat de médecins idéalistes. L’État n’est pas différent, comme une maladie qui vit sur le reste affaibli d’une société pacifique, ses jours sont comptés.

Article paru dans Le Québécois Libre n° 288 du 15 avril 2011, reproduit avec la permission de l’auteur. Traduction : Barem.