État, qu’as-tu fait de notre monnaie ?

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État, qu’as-tu fait de notre monnaie ?

Publié le 24 janvier 2011
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Traduction par Stéphane Couvreur – Avec un épilogue par J. Guido Hülsmann

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Ce petit livre de Rothbard sur la monnaie est probablement l’une des meilleures introductions à la théorie et l’histoire monétaire. S’il n’est pas exempt de critiques, il faut surtout souligner ses qualités, au nombre desquelles un style non académique limpide et accessible, une méthodologie et un plan irréprochables, et une très grande densité de connaissances en un petit nombre de pages.

De ce point de vue, on peut par exemple le comparer à L’économie politique en une leçon, de Henry Hazlitt. On est également frappé de la similitude avec un autre texte qui a plus d’un siècle, L’histoire d’une pièce de cinq francs et d’une feuille de papier, de Frédéric Passy. Tous ces ouvrages décrivent le fonctionnement d’un ou plusieurs marchés, et les conséquences de l’interventionnisme sous toutes ses formes : monopole, contrôle des prix, etc.

La première partie de Etat, qu’as-tu fait de notre monnaie ? est intitulée La monnaie dans une société libre et décrit le processus par lequel des individus en société viennent à utiliser certaines marchandises comme moyen d’échange et, progressivement, se mettent à utiliser des instruments de crédit émis par des banques. Si cette robinsonnade peut paraître quelque peu utopique, elle est néanmoins d’un grand intérêt pédagogique et méthodologique.

Pour décrire le marché puis l’interventionnisme, il convient d’abord de comprendre comment les acteurs individuels prennent des décisions dans leurs activités économiques concrètes. Comment choisissent-ils leurs objectifs ? Les moyens de les atteindre ? Comment apprennent-ils de leurs erreurs ? Autrement dit, comme l’écrit Hayek :

“The situation seems here to be that before we can explain why people commit mistakes, we must first explain why they should ever be right.”
(Hayek, Economics and knowledge, 1936)

Cette première étape n’est pas spécifiquement autrichienne. Elle se retrouve aussi chez des auteurs néoclassiques, avec la fameuse « analyse à l’équilibre » qui précède l’analyse du déséquilibre. D’où la seconde partie, où Rothbard se livre à l’analyse du déséquilibre, c’est-à-dire les conséquences de l’interventionnisme. La question centrale de Rothbard étant « Quel est le rôle de l’Etat dans la monnaie ? » on voit qu’un tel plan est parfaitement adapté à son objectif.

Quelles que soient les formes qu’il prend, l’interventionnisme dans la monnaie peut se résumer en un mot : inflation (et, plus rarement, déflation). Il est toujours motivé par la volonté de créer de la monnaie afin de financer des dépenses publiques. Il atteint cet objectif – et il est en cela parfaitement rationnel – au prix d’effets pervers considérables. Au passage, l’un des reproches qui est souvent fait à Rothbard est sa prise de position en défaveur du régime des banques à réserves fractionnaires. On notera pourtant qu’il vante explicitement les mérites d’un tel système, puisqu’il écrit :

la « banque libre » serait un système monétaire beaucoup plus « solide » que celui que nous avons aujourd’hui.

Certes, il expose par ailleurs les risques inhérents à un tel système bancaire, et notamment la facilité avec laquelle il est cartellisé, monopolisé et hiérarchisé sous l’effet d’interventions successives. Il ne s’agit pas de trancher ici un débat, mais au contraire d’y couper court afin qu’il n’occulte pas les grandes qualités du livre de Rothbard. Ses nombreux points d’accord avec les partisans de la « banque libre » – opposition au cours légal, au monopole du monnayage, à la garantie des dépôts, etc. – nous semblent plus importants que ce désaccord.

Ces précautions étant prises, on concluera en disant l’intérêt de la dernière partie du livre dans le contexte actuel. Il s’agit en effet d’un résumé de l’histoire monétaire du XXème siècle, de l’étalon-or d’avant 1914 jusqu’à l’effondrement de Bretton Woods. Plus qu’un récit, il s’agit là d’une véritable analyse et d’une explication des événements monétaires du siècle le plus mouvementé dans ce domaine. Les deux premières parties nous ont en effet donné les outils analytiques pour comprendre les motivations, les choix des acteurs et leurs conséquences, ce qui permet de rendre intelligible les événements historiques. Rothbard souligne en passant les limites du débat qui a opposé Keynésiens et Friedmaniens, notamment au moment de la stagflation des années 1970.

Mais la dernière édition datant des années 1970, Rothbard n’a décrit que l’effritement progressif de l’étalon-or sous le coup des guerres, des hyperinflations et autres désordres budgétaires. Il n’a pas eu le temps de décrire le fonctionnement du régime monétaire actuel qui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, n’a plus aucun lien avec une marchandise – métallique ou non – mais repose intégralement sur du papier-monnaie à cours forcé et sur le pouvoir discrétionnaire des autorités monétaires. Comme on peut s’y attendre après la lecture de ce qui précède, de telles institutions monétaires présentent des défauts extraordinairement gênants, et ne pouvaient manquer de provoquer toute une série de désordres.

Guido Hülsmann nous livre donc un épilogue intitulé L’histoire monétaire récente, où il décrit les déboires du premier Système Monétaire Européen, la création de l’euro, et finalement les prémisses de la bulle Internet et de la crise actuelle. Cette dernière partie fait le lien avec l’actualité la plus récente, qu’il s’agisse de la crise financière née dans le secteur des subprime aux Etats-Unis ou de la crise actuelle de la zone euro. Ces phénomènes, loin d’être une surprise, s’inscrivent dans le prolongement de l’histoire monétaire du siècle passé, et sont la lointaine conséquence des erreurs commises alors. A nous d’en tirer les leçons, aussi bien sur le plan de la théorie que de l’histoire.

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