Présentation de la nouvelle macroéconomie classique

Présentation de la nouvelle macroéconomie classique, incarnée en particulier par Robert E. Lucas ou Edward Prescott et Robert Barro.

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Professeur au tableau dans un cours de mathématiques (Crédits : Université de Montréal, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

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Présentation de la nouvelle macroéconomie classique

Publié le 26 janvier 2009
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Alors que pour beaucoup la pensée économique libérale semble se résumer à un diptyique économie classique-économie néoclassique, voire pour certains à un triptyque en y adjoignant le monétarisme, rares sont ceux qui ont une notion précise de ce qu’est la nouvelle macroéconomie classique, pourtant inassimilable à l’un ou l’autre de ces courants précédents. Ce petit article tente d’y remédier quelque peu. D’autant que, comme le note K. Hoover1, la singularité de la NMC n’a pas été immédiatement perçue. Certains ont vu en elle une sorte de monétarisme radical, d’autres un prolongement des analyses néo-autrichiennes2.

Qu’est-ce que la nouvelle macroéconomie classique ?

Mais pour bien comprendre ce qui distingue la NMC des autres écoles théoriques, encore faut-il revenir à ces dernières, dans une sorte de survol historique.

Pour les classiques (on pense à Smith, Ricardo, Say, Stuart Mill, Marshall, Walras) tous les prix, y compris les salaires, sont flexibles. Ainsi en est-il du marché du travail : dans l’hypothèse d’une augmentation du chômage, les salaires nominaux s’ajustent de telle sorte que tous ceux qui souhaitent travailler au taux de salaire en vigueur trouvent un emploi. En somme, les salaires baissent. (cf. schéma 1) Si les prix augmentent, le salaire réel va baisser et les chefs d’entreprise vont voulair embaucher davantage. Mais certains des offreurs de travail vont choisir de ne pas travailler pour un niveau de salaire réel plus faible. Il y aura donc excès de demande de travail et cette situation perdurera jusqu’à ce que le salaire nominal ait augmenté dans les mêmes proportions que les prix. Quand ceci sera réalisé, l’ancien taux de salaire réel sera retrouvé, le marché du travail sera à l’équilibre et la production de plein emploi n’aura pas bougé de son niveau de départ. D’où la verticalité de la courbe d’offre agrégée.

Keynes, tout au contraire, a estimé que si les prix et les salaires n’étaient pas rigides, ils ne s’ajustaient toutefois pas suffisamment pour que le marché du travail soit en permanence équilibré. Il y a un chômage involontaire. Les chefs d’entreprise seraient alors en mesure d’employer davantage de personnel sans offrir pour autant un salaire réel supérieur. En fait, ils pourraient même employer davantage de monde à un taux de salaire réel inférieur à celui qui prévaut. La courbe d’offre agrégée est alors la suivante :

Si les prix continuent d’augmenter, le salaire réel va finir par rejoindre son taux d’équilibre. A ce point, des offreurs de travail ne se présenteront plus à un taux de salaire réel inférieur, et l’analyse classique s’appliquera.

Pour les néo-classiques ensuite, Léontief en particulier a porté des attaques à l’encontre de la thèse keynésienne, qui n’est selon lui qu’un cas très particulier dans lequel les offreurs de travail sont sensibles à l’illusion monétaire. Hicks voit l’analyse keynésienne comme le cas d’une économie confrontée au phénomène de la trappe à monnaie. Pour Hicks, la théorie générale de Keynes était la science économique de la dépression. Pour Patinkin et Solow l’analyse keynésienne est valable à très court terme pour expliquer le chômage, mais l’analyse classique (allocation des ressources, distribution des revenus, économie du bien-être) reprend très vite ses droits au-delà de cet horizon limité et, dans ce contexte, la microéconomie demeure plus que jamais pertinente.

Le monétarisme – singulièrement l’école de Chicago : Friedman, Schwartz, Meltzer – entrent au cœur de leur analyse la distinction entre le moyen terme et le court terme. A moyen terme, le côté réel de l’économie est indépendant du côté monétaire : le niveau du stock de monnaie n’influe que sur le niveau des prix. Cependant, à court terme, les monétaristes estiment que la monnaie a un rôle déterminant. Ainsi que l’explique le schéma suivant :

La courbe d’offre agrégée est verticale à moyen terme. La courbe d’offre agrégée à court terme a une pente ascendante en raison de l’illusion monétaire des offreurs de travail. Supposons que l’économie soit en équilibre au point A. Une augmentation de la demande, suite à un accroissement de l’offre de monnaie, va déplacer la courbe de demande agrégée vers le haut et le produit réel va passer de Y à Y’, et le niveau des prix de P à P’, dans la mesure où l’équilibre se déplace le long de la courbe d’offre agrégée de court terme. Lorsque les anticipations des agents coïncideront avec le niveau réel des prix, la courbe d’offre agrégée de court terme va progressivement se déplacer vers le haut jusqu’à ce que l’équilibre de moyen terme soit atteint au point C. En ce point, la production réelle est égale à son niveau de départ, mais les prix sont en revanche beaucoup plus élevés (P’’).

En définitive, les monétaristes et les keynésiens ont une analyse théorique assez proche. Les différences entre les deux écoles sont beaucoup plus de nature empirique que théorique. Les deux différences fondamentales entre les écoles tiennent à la façon dont le système économique s’ajuste et, surtout, à la spécificité de la monnaie par rapport aux autres actifs, et qui détermine donc la mesure dans laquelle elle doit être étudiée, ou non, de façon approfondie.

La Nouvelle Macroéconomie Classique, elle, part de l’hypothèse d’anticipations rationnelles (HAR). On a pu assimiler, à l’origine, la NMC comme un monétarisme radical, ce qui apparaît clairement lorsque l’on examine la courbe d’offre agrégée de la Nouvelle Macroéconomie Classique : c’est la même que la courbe monétariste, si l’on excepte le fait que les courbes d’offre à court terme ont été remplacées par les courbes d’offre virtuelle de court terme (courbes en pointillés).

Les mouvements le long de ces courbes d’offre virtuelle (OAV) sont le résultat de l’illusion monétaire. Elles sont virtuelles parce que l’HAR exclut que des mouvements le long de telles courbes durent plus que le temps qu’il faut pour corriger une erreur aléatoire. On peut donc les considérer, à supposer qu’elles existent, comme des courbes d’offre de très court terme. Si l’on part du prix d’équilibre A, et qu’un accroissement de l’offre de monnaie déplace la courbe de demande agrégée de AD à AD’, il y a deux possibilités. Si le déplacement de la courbe de demande est correctement anticipé, l’équilibre se réalise au point C. S’il n’est pas correctement anticipé, l’équilibre se fait d’abord en B, puis en C dès que l’erreur est corrigée. La différence dans le deuxième cas avec l’analyse monétariste est que l’équilibre en B est on ne peut plus bref.

En somme, la nouvelle macroéconomie classique répond à une série de trois traits distinctifs : en premier lieu, les décisions économiques des agents (épargne, consommation, investissement,…) sont fondées sur des facteurs réels, et donc ni nominaux ni monétaires ; en second lieu, les agents, dans les limites de leurs informations, optimisent leur utilité en permanence, avec succès et de façon cohérente (il en résulte un équilibre général permanent conforme au modèle Arrow-Debreu) ; enfin, les agents ne font pas d’erreurs systématiques lorsqu’ils « évaluent » leur environnement : leurs anticipations sont rationnelles.

  1. The New Classical Macroeconmics, B. Blackwell, 1988.
  2. L’analyse qui suit doit beaucoup à H. Lamotte et J-P Vincent, La nouvelle macroéconomie classique, Que sais-je ? n°2713, PUF, 1993, et à leur cours à l’IEP de Paris

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