L’origine de la prospérité est d’abord politique !

Publié Par Jérôme Perrier, le dans Histoire de l'économie

Par Jérôme Perrier.

Il est certains livres dont la lecture devrait être rendue obligatoire pour tout étudiant de première année en histoire, économie, sciences politiques, géographie, sociologie, philosophie (et j’en passe). Tel est assurément le cas de l’ouvrage de Daron Acemoglu et James A. Robinson, Why nations fail, dont l’approche est aussi aisée que roborative, et qui a comme principale vertu d’immuniser à jamais celui qui s’y plonge contre les innombrables poncifs véhiculés depuis des décennies à propos des causes du sous-développement – et, ce faisant, sur les moyens d’y remédier.

De fait, si le livre est pour ainsi dire passé inaperçu en France1 (les raisons de ce silence mériteraient à elles seules un article), il est d’ores et déjà considéré comme un classique dans le monde, tant l’ampleur de ses analyses et leur force explicative semblent devoir marquer un jalon majeur dans la surabondante littérature consacrée aux inégalités de développement de par le monde.

Les institutions comptent pour la prospérité

La thèse des deux auteurs (un professeur d’économie au MIT et un « professor of Government » de Harvard, spécialiste de l’Afrique et de l’Amérique latine) est assez facile à résumer : les inégalités dans le monde ne seraient liées ni à la géographie ni à la culture, comme on n’a pourtant cessé de le répéter depuis des décennies, mais auraient leurs origines profondes dans les institutions, ou pour dire les choses autrement, dans la gouvernance des territoires concernés. « It’s the politics, stupid ! » Telle pourrait être l’idée centrale du livre résumée en un simple slogan (paraphrasant le célèbre « it’s the economy, stupid ! », de la campagne Clinton de 1992).

Si la Corée du Sud est immensément plus riche que son homologue du Nord, ou si les Etats-Unis sont bien plus prospères que leur voisin du sud du Rio Grande, cela ne tient ni au milieu naturel (les richesses minières se trouvaient dans le Nord de la péninsule coréenne, où sont d’ailleurs nées les premières industries du pays) ni à une différence générale de culture (les habitants de Nogales, cité frontalière de l’Arizona, et de son homonyme mexicaine, partagent le même fond culturel).

Ce que Why nations fail s’attache à démontrer au fil de ses riches 462 pages, c’est que ces écarts de développement sont fondamentalement liés au fait que les pays concernés n’ont pas les mêmes institutions et, partant, le même rapport à l’état de droit – clé ultime de la prospérité.

Récapitulons la thèse du livre, même si celui-ci perd beaucoup à être résumé, dans la mesure où l’intérêt et le plaisir intense que l’on éprouve à sa lecture résident d’abord sur l’impressionnante palette d’exemples historiques et géographiques mobilisés pour étayer le propos. Les auteurs opposent ce qu’ils appellent les institutions politiques et économiques « extractives » et les institutions « inclusives ».

Institutions extractives, institutions inclusives

Les premières désignent une situation où le pouvoir politico-économique est concentré entre quelques mains, qui utilisent la contrainte pour confisquer (« extraire ») les richesses produites par les dominés. C’est ce qu’ont fait par exemple les conquistadors espagnols arrivés en Amérique lorsque, en quête de métaux précieux, ils se sont contentés de réduire les populations autochtones en esclavage, ce que n’ont pu faire les Britanniques plus au Nord, initiant dès lors une divergence de destin à l’origine des actuels écarts de développement entre les deux parties du continent.

La conséquence de telles institutions « extractives », facile à prévoir, c’est que les populations réduites au travail forcé ont d’autant moins de raisons de produire davantage que, les droits de propriété n’étant pas reconnus, elles n’ont strictement aucun intérêt, aucune incitation, à créer davantage de richesses, dès lors que ce sont d’autres qui en profiteront.

A l’inverse, les institutions « inclusives » sont celles où le pouvoir est à la fois largement distribué, et surtout contrôlé. C’est bien l’existence du pluralisme (en quoi réside la vertu cardinale de toutes bonnes institutions) qui garantit que le pouvoir ne sera pas accaparé par une clique à son seul profit, mais qu’au contraire qu’il sera tenu en laisse, surveillé, contrebalancé, équilibré, corrigé, pondéré, et dès lors n’aura d’autre choix que de respecter les droits des individus. Dès lors, ceux-ci seront naturellement incités à innover pour créer davantage de richesses – des richesses dont eux-mêmes pourront profiter.

Il existe donc un cercle vertueux (ou vicieux) entre institutions économiques et politiques, selon qu’elles s’avèrent plus ou moins « inclusives » (ou « extractives »). En effet, des institutions politiques largement « inclusives » (c’est-à-dire pluralistes) favorisent l’émergence de nouveaux secteurs économiques innovants et de nouvelles couches sociales prospères, qui n’auront dès lors de cesse que de contrôler et partager encore davantage le pouvoir (les auteurs reviennent ainsi longuement sur la libéralisation et la démocratisation progressive des institutions anglaises à la suite de la « Glorieuse Révolution » de 1688).

A l’inverse, les institutions politiques et économiques « extractives » s’entretiennent mutuellement, comme le démontrent une quantité impressionnante d’exemples historiques, empruntés à toutes les époques et tous les continents. En effet, les deux auteurs établissent un lien très puissant – et pourtant en partie contre-intuitif – entre absence de pluralisme politique et absence de développement économique.

Expliquons-nous : si le pouvoir politique est concentré entre quelques mains, les dominants n’ont strictement aucune raison de favoriser l’innovation, bien qu’elle soit un puissant facteur de développement économique. En effet, toute innovation est nécessairement accompagnée d’un processus de « destruction créatrice » (pour parler comme Schumpeter), dont les effets sociaux et donc politiques sont forcément déstabilisateurs.

Pourquoi dès lors risquer de mettre en péril son pouvoir en favorisant de nouveaux secteurs qui peuvent tout à la fois détruire des emplois, et donc favoriser les troubles (pensons aux émeutes luddites de 1811-1812), et encourager l’émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs prospères, dont les ambitions politiques ont toutes les chances de suivre de près le succès économique ?

A tout prendre, du point de vue des politiquement puissants, il est bien préférable de conserver un niveau de vie global moins élevé, tant que la part qu’ils extraient de la richesse collective reste, elle, stable. Comment ne pas penser ici à Poutine et à son choix de la « puissance pauvre » – un choix il est vrai dans la lignée de nombre de ses prédécesseurs à la tête de l’Etat russe2 ?

Pourquoi innover ?

En effet, quel intérêt pour le Kremlin de favoriser l’émergence d’une classe d’entrepreneurs russes innovants qui pourraient remettre en cause l’ordre politique en place, dès lors que l’économie de rente actuelle, fondée sur l’extraction de richesses minières, suffit amplement à financer la puissance militaire de l’Etat russe et la fortune personnelle de la clique au pouvoir derrière les remparts de la Place rouge ? Why Nations Fail contient de nombreux autres exemples illustrant un tel raisonnement, finalement vieux comme le monde, et que nul n’a mieux résumé que Friedrich von Gentz, un collaborateur de Metternich, qui répondit un jour au philanthrope anglais Richard Owen, qui tentait de convaincre le gouvernement autrichien d’adopter des réformes sociales à même d’améliorer les conditions de vie des habitants les plus pauvres de l’empire Habsbourg : « Nous ne souhaitons absolument pas que les masses puissent devenir plus riches et plus indépendantes… car sinon comment les dirigerions-nous ?3 »

Encore une fois, un tel résumé ne donne qu’une idée très appauvrie de ce qui fait l’intérêt de ce livre extraordinairement stimulant, car il ne saurait convenablement suggérer l’incroyable panoplie d’exemples historiques mobilisés par les auteurs – des exemples qui touchent à toutes les époques et tous les continents.

Ce faisant, l’ouvrage constitue une inépuisable mine, dans laquelle chacun peut piocher à loisir pour nourrir sa propre réflexion, et ce d’autant plus que leur exposition se fait dans une langue limpide et un style privilégiant toujours le concret (si le récit contient des chiffres et est agrémenté d’un certain nombre de cartes et d’illustrations, il nous épargne gracieusement toute équation4 et tout jargon…).

Bien sûr, un esprit hexagonal formaté à concevoir un livre comme un harmonieux jardin à la française sera sans doute quelque peu dérouté par l’absence de plan réellement cohérent et par le côté un peu fouillis de l’ensemble. Mais outre que cette impression est familière à tout esprit cartésien dès lors qu’il lit un ouvrage anglo-saxon, ce sentiment est en l’occurrence d’autant moins problématique que le livre comporte un index thématique très bienvenu et extrêmement complet. Et puis, tout enseignant sait que répétition ne saurait nuire, quitte à sacrifier quelque peu l’élégance d’ensemble…

L’absence d’État

Plutôt que de m’attarder sur des points mineurs qui ne sauraient en aucune façon dissuader le lecteur de se précipiter sur cette inestimable contribution à l’un des débats les plus rebattus des sciences sociales, je voudrais plutôt insister sur quelques points supplémentaires, qui me paraissent importants, et qui rendent la lecture de l’ouvrage encore plus passionnante. Le premier, c’est que Robinson et Acemoglu montrent de manière récurrente qu’il est peut-être une chose encore pire pour le développement économique d’une région et le bien-être de ses habitants que des institutions « extractives » ; c’est l’absence de tout Etat.

Aux libéraux pressés et autres anarcho-capitalistes tentés de jeter le bébé avec l’eau du bain, Why nations fail montre que l’absence de toute autorité étatique capable de faire respecter l’ordre public – y compris par la force – conduit inéluctablement à une forme d’anarchie qui ne saurait profiter qu’aux plus puissants, comme l’ont bien vu nombre de philosophes politiques depuis Hobbes, et comme le montre encore aujourd’hui l’exemple bien connu de la Somalie (mais les auteurs en donnent beaucoup d’autres tout aussi convaincants, comme l’Afghanistan, Haïti, le Népal, ou encore le Sierra Leone).

Un degré suffisant de « centralisation politique » (pour reprendre le terme employé par les auteurs) apparaît donc comme une condition indispensable au développement économique, à condition bien entendu que cet état de fait ne soit pas synonyme de concentration du pouvoir en quelques mains – le pire étant bien entendu le cas de pays cumulant un pouvoir autocratique et kleptocratique pour autant incapable de maintenir l’ordre sur l’ensemble de son territoire, comme le Zaïre de Mobutu en a offert la quintessence.

En lisant les nombreuses pages que Robinson et Acemoglu consacrent aux ravages de régions entières livrées à l’anarchie et à la loi du plus fort, le spécialiste d’Alain ne peut s’empêcher de penser aussitôt à l’auteur des Propos, qui lui non plus n’a jamais cessé de tenir les deux mêmes bouts de la chaine : l’ordre – juste – et la liberté. En effet, pour l’auteur du Citoyen contre les pouvoirs, le policier au carrefour est absolument indispensable si l’on ne veut pas aboutir à un chaos, dont seuls les plus puissants peuvent espérer bénéficier.

Mais dans le même temps, l’obéissance à cet ordre de droit ne saurait en aucune façon dispenser les citoyens – à commencer par les plus modestes – de veiller à chaque instant à contrôler les pouvoirs, à les tenir soigneusement en laisse, afin d’éviter qu’ils n’en fassent qu’à leur tête et ne violent les droits individuels en cherchant à instrumentaliser les lois à leur profit.

Contre l’apologie naïve du libéralisme

Une autre idée du livre illustre les limites de certaines apologies naïves du marché, qui contribuent autant à décrédibiliser l’authentique libéralisme que les inepties démondialisatrices si populaires en France. Il s’agit de l’idée selon laquelle la présence du marché ne suffit pas à elle seule à garantir des institutions « inclusives » (pluralistes), qui requièrent également des règles du jeu équitables (« level playing field ») pour assurer un véritable état de droit de nature à engendrer un développement économique durable.

L’exemple des Etats-Unis du XIXe siècle et des « Robber Barons » montre qu’une solide législation antitrust est indispensable pour empêcher la cristallisation d’un pouvoir monopolistique empêchant l’émergence de nouveaux acteurs économiques, garantie indispensable de pluralisme et de prospérité à long terme. Ce faisant, les auteurs retrouvent une idée centrale du libéralisme classique, que l’on retrouve aussi bien chez les néo-libéraux des années 1930 (dont la « Bible » fut The Good Society de Walter Lippmann) que chez les ordolibéraux allemands de l’après-guerre5.

Le dernier point sur lequel je voudrais insister et qui est riche d’enseignements pour l’historien, concerne la part de contingence qui existe nécessairement dans l’histoire du développement économique de tout pays. Acemoglu et Robinson accordent notamment une grande importance dans leur livre à ce qu’ils appellent les « petites différences » et les « moments critiques » dans l’histoire de tel ou tel pays. Il suffit en effet parfois de peu de choses pour que l’histoire de deux espaces diverge considérablement à partir d’un point de bifurcation pourtant assez ténu.

C’est ainsi que le destin politique de l’Angleterre vers plus de pluralisme et vers une monarchie de plus en plus tempérée est largement le résultat d’une série de petites différences (liées à l’histoire politique particulière de l’Angleterre moderne mais aussi à des données sociologiques comme le développement du commerce atlantique à l’origine de l’émergence d’une classe de marchands prospères) qui ont finalement abouti à un destin singulier, la révolution de 1688 débouchant in fine sur la révolution industrielle.

Là encore, les deux auteurs montrent que les données géographiques (la présence de charbon), culturelles (le lien, cher à Max Weber, entre protestantisme et esprit capitaliste) ou techniques (les fameuses « inventions ») qui ont longtemps été mobilisées pour expliquer pourquoi la révolution industrielle a trouvé son berceau au Royaume-Uni, négligent la dimension institutionnelle, pourtant capitale dans cette affaire. En effet, ils montrent combien le caractère davantage pluraliste des institutions anglaises explique largement le succès du processus d’industrialisation outre-Manche, tandis que sur le continent, « sans les changements dans les institutions et le pouvoir politique similaire à ceux qui ont émergé en Angleterre après 1688, il était peu probable que les pays absolutistes puissent bénéficier des innovations et des nouvelles technologies de la Révolution industrielle6 ».

En d’autres termes, s’il y a une part de contingence dans l’histoire politique de chaque nation, il n’y a aucun hasard à ce que des pays comme l’Espagne, la Russie ou l’empire austro-hongrois n’aient pas vu fleurir en leur sein les entrepreneurs et les innovations qui ont en revanche trouvé dans la (relativement) pluraliste Grande-Bretagne un écosystème particulièrement favorable.

Une démonstration solide

Ces quelques aperçus ne donnent qu’une toute petite idée de la richesse peu ordinaire d’un livre qui présente toutes les caractéristiques de ce que l’on est en droit d’attendre d’un grand livre de sciences sociales : une thèse claire appuyée sur une démonstration solide, elle-même fondée sur une information fiable, et déployée dans une langue limpide, fuyant tout jargon inutile. C’est peu dire que l’ouvrage d’Acemoglu et Robinson remplit amplement tous ces critères.

Le résultat, c’est qu’une fois qu’on l’a lu et que l’on s’en est bien imprégné, il ne se passe pas une seule journée sans qu’un fait tiré de l’actualité ou bien encore une nouvelle lecture ne vous y ramène et ne semble apporter une illustration supplémentaire à la pourtant déjà très riche galerie d’exemples qu’il recèle.

Mieux, pour ceux qui avaient encore quelques doutes, cette lecture roborative vous vaccinera à jamais contre les torrents d’insanités déversés à flot continu dans notre pays sur les supposés ravages du capitalisme (ou du libéralisme) et sa prétendue responsabilité dans les inégalités réputées croissantes du monde globalisé actuel.

Lorsque je fais un cours de géographie à des collégiens ou des lycéens, j’ai coutume de commencer par cette question : pourquoi le Japon, une chaîne de montagnes au milieu de l’océan, sans aucune ressource naturelle et régulièrement secoué par de tragiques tremblements de terre, est-il devenu l’un des pays les plus riches au monde, tandis que le Congo, l’Angola, ou le Venezuela, qui regorgent littéralement de richesses naturelles, sont parmi les plus pauvres de la planète ?

Parce que l’un est bien gouverné et permet à ses habitants de déployer leurs trésors d’ingéniosité pour créer des richesses à leur profit et au profit de tous, tandis que les autres sont sous la coupe de gouvernants corrompus qui en leur volant leurs rares biens, les dissuadent d’en créer de nouveaux.

Bref, pour résumer, il n’est d’autres richesses que la population d’un pays, et la clé du succès réside dans la bonne gouvernance, c’est-à-dire dans un ordre de droit garanti par des pouvoirs contrôlés. Désormais, grâce à Acemoglu et Robinson, je vais pouvoir renouveler à l’infini mon stock d’exemples !

 

  1.   Le livre a bien été traduit en Français, mais il est difficile d’en trouver la moindre recension. Les revues académiques semblent avoir passé sa parution sous silence. Quant à la presse généraliste, les rares mentions de l’ouvrage qu’on y trouve sont souvent biaisées, comme le montre cet exemple du Monde du 10 mai 2016, où l’on peut lire sous la plume de Philippe Vadjoux que Daron Acemoglu et Joan (sic) Robinson auraient « remis en cause la théorie du ruissellement – toute la population profiterait de la richesse produite par les plus riches –, en montrant que les dirigeants économiques accaparaient la plus-value au détriment du reste de la population », ce qui est une lecture si biaisée du livre qu’on est en droit de douter que l’auteur l’ait tout simplement lu !
  2.  Cf. Georges Sokoloff, La puissance pauvre : une histoire de la Russie de 1815 à nos jours, Paris, Fayard, 1993.
  3.  p. 225 : « We do not desire at all that the great masses shall become well off and independent… How could we otherwise rule over them ? »
  4.  Pour ceux qui sont amateurs du genre (ou qui estiment qu’il s’agit là d’une preuve indispensable de scientificité), ils peuvent en trouver à foison dans cet autre livre des deux auteurs : Daron Acemoglu, James A. Robinson, Economic origins of dictatorship and democracy, Cambridge University Press, 2006.
  5.  Sur les néo-libéraux des années 1930 (et plus largement pour tout ce qui touche à l’histoire du libéralisme au XXe siècle), l’ouvrage de référence est celui d’Angus Burgin, The Great Persuasion : Reinventing Free Markets Since the Depression, Cambridge University Press, 2012. Sur les ordolibéraux, voir Patricia Commun, Les ordolibéraux : histoire d’un libéralisme à l’allemande, Paris, Les Belles Lettres, 2016.
  6.  p. 222 : « Without the changes in political institutions and political power smilar to those that emerged in England after 1688, there was little chance for absolutist countries to benefit from the innovations and new techonologies of the Industrial Révolution ».
  1. A lire en anglais uniquement?

  2. « un lien très puissant – et pourtant en partie contre-intuitif – entre absence de pluralisme politique et absence de développement économique »

    Je vais me faire l’avocat du diable mais Singapour démontre que le pluralisme n’est pas forcément une condition indispensable au développement économique. Il me semble que Singapour est devenue prospère grâce à son emplacement (un immense carrefour commercial) mais aussi une sorte de dictature éclairée qui a laissé les gens s’enrichir et prospérer comme il le souhaitaient.

    Après ça ne remet absolument pas en cause la règle, disons que c’est une petite exception.

    1. Je ne suis pas certain qu’il faille parler d’exception dans la mesure où le pluralisme ne se confond pas entièrement avec le multipartisme (même si les deux vont le plus souvent de pair). On peut imaginer une forme de pluralisme au sein d’un même parti au pouvoir, si celui-ci est capable de s’ouvrir à des couches sociales plus larges et s’il ne reste pas entre les mains d’une clique, d’un clan familial. Il me semble (mais je ne suis pas un spécialiste de la Chine) que les dirigeants de la RPC ont suffisamment d’intelligence pour ouvrir les rangs du PCC au pouvoir à Pékin à des représentants des couches nouvelles, même s’il ne faut pas être naïf sur l’étendue de cette forme de méritocratie au sein de l’appareil d’Etat). Ce que je veux dire, c’est qu’un pouvoir même autoritaire peut avoir une forme d’ouverture qui est un embryon de pluralisme. En d’autres termes, Singapour n’est pas la Corée du Nord entre les mains des Kim ou le Zimbabwe de Mugabe (je ne saurais trop vous conseiller les pages où Acemoglu et Robinson racontent comment Mugabe lui-même, comme par hasard, s’est retrouvé gagnant de la loterie nationale! Si ce n’était aussi tragique pour les habitants du pays, l’épisode serait proprement hilarant). A cela, il faut ajouter que le pluralisme est d’autant plus net qu’il autorise des couches sociales plus larges à profiter si ce n’est toujours d’une parcelle du pouvoir politique, au moins d’un morceau du gâteau créé par l’augmentation de la richesse « nationale ». Bref, la notion de pluralisme est à prendre dans un sens plus large que le multipartisme à l’occidentale.

      1. Merci pour votre réactivité. Effectivement vu sous cet angle, les choses paraissent très différentes.

  3. Vraiment très intéressant.
    Merci.

  4. bon, OK, mais avec cette recension fort bien faite j’ai l’impression que ce livre est plutôt un défonçage de portes ouvertes. Ça fait des milliers d’années (je n’exagère même pas, c’est explicitement dans Confucius et Lao Tseu, c’est aussi implicite dans l’ancien testament, et je ne doute ) qu’on sait que « le poisson pourri par la tête » et que le comportement du prince et de sa cour commandent la prospérité et le bonheur du peuple.

    En outre, il me semble que les institutions sont toutes, par nature, extractives, et que ce n’est donc pas là qu’est le problème. Il est plutôt de savoir si les institutions fonctionnent au service du peuple, ou si, au contraire, elles mettent le peuple au service d’autres idéaux, qu’ils soient religieux, politiques, glorieux ou n’importe quoi, comme écologique par exemple. De ce point de vue, nos pays « avancés » filent un très mauvais coton avec cette obsession de « sauver la planète » et ce littéralement « à tout prix »

  5. A lire cet article, un livre qui semblerait ne faire aucune différence entre anarchie et anomie me laisse plutôt de marbre.
    Pour l’anti trust, on peut avantageusement lire ce qu’écrivent des personnes initiées à l’économie comme par ici : http://www.institutmolinari.org/IMG/pdf/note20074fr.pdf

  6. Une fois de plus, nous entrons dans ce que l’on peut appeler le sempiternel débat de la tarte à la crème sur « l’état ». Et de citer pour les dénigrer « les libéraux pressés et les anarcho-capitalistes » avec renvoi vers le site wikibéral comme si la cause était entendue.

    Or il me semble, sauf erreur de ma part, que ce qui s’appelle « état » n’est en fait pas « l’état », et encore moins « l’état de droit ». Faire du droit positif ne justifie absolument que nous avons à faire à « l’état de droit ». C’est même l’inverse, puisque ce qui s’appelle « état » ne vise pas à réduire les nuisances des dirigeants dans l’exercice du pouvoir, mais de réduire les droits naturels de ceux qui sont considérés être des citoyens pour qu’ils deviennent des sujets dociles au pouvoir. Les exemples ne manquent pas et l’état français actuel en est l’archétype.

    Il y a d’ailleurs une confusion, voire un amalgame douteux, entre pays, peuple et « état ». Ce qui s’appelle « état » est en réalité la mise en place d’institutions faites par quelques uns pour mettre en place un gouvernement monopolistique censé gouverner, c’est à dire faire obéir le peuple à l’intérieur de frontières géographiques. Comme si les citoyens de ce pays appartenaient à un système institutionnel. Comme vous aurez remarqué qu’aucun état au monde ne ressemble à un autre, on ne peut que s’interroger sur la nature et l’existence même de ce qu’est l’état. A l’intérieur même de chaque pays, chaque citoyen possède même sa propre vision de ce que doit être « l’état ». 6 milliards d’individus, 6 milliards de vision de l’état… d’où aujourd’hui la prééminence des dictatures démocratiques pour « régler » ces idiots de citoyens sur ce qu’ils doivent faire et ne pas faire. « L’état » est une illusion, une fiction comme le diasait Frédéric Bastiat.

    Personne, et encore moins toutes ces personnes qui se prétendent libérales en voulant imposer des institutions arbitraires disposant d’un gouvernement monopolistique, ne s’interroge vraiment sur la capacité de l’homme-citoyen à consentir. Rappelons que l’homme existait bien avant toute forme d’état et que les Sociétés ont surtout engendré la terreur pour faire obéir le citoyen. Le Droit Naturel, qui préexiste lui-même à l’homme, est une réalité. Même si on peut toujours faire mieux, les quelques articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen sont une excellente base à « l’état de droit », au consentement à vivre dans la Société des hommes libres mais surement pas dans un « état institutionnel » qui contraint tant et plus.

    Contracter avec une organisation politique est, sur cette base, la seule manière de s’orienter vers le seul « état » qui soit respectable : l’état de droit. et surtout de sortir définitivement de cette guerre idéologique qu’est le terrain de la démocratie.

    Pourquoi le citoyen devrait-il se soumettre à un droit (positif) qu’il ne reconnait pas et qui est d’ailleurs très critiquable car arbitraire (ce que nous avons dans un « état » ne se retrouve pas dans un autre, et vice-versa) ? En quoi l’homme politique, dans les institutions politiques d’aujourd’hui, serait-il omniscient pour s’occuper de sujets aussi différent que sont l’éducation, l’alimentation ou la finance ? Chaque individu doit être libre et responsable devant les choix qu’il réalise ou qu’il propose.

    L’anarcapie, quoi qu’on puisse en penser, est le modèle de société humaine le plus évolué qui nécessite d’avoir à la fois des hommes libres mais responsables. Trop évolué pour la société actuelle, comme la société actuelle était trop évoluée pour l’imaginer au Moyen-âge. L’utopie, c’est vouloir continuer à croire que les états actuels sont viables. Ils n’ont d’ailleurs aucune fiabilité, l’état de mon grand-père est mort, celui de mon père est aussi mort, le mien est en train de mourir… j’espère que mon fils connaîtra ce modèle de Société ou la Liberté aura le sens défini par les philosophes des Lumières.

  7. Comment ne pas penser ici à Poutine et à son choix de la « puissance pauvre »

    Que vient faire la Russie de Poutine dans cette revue ?
    Le livre est sorti avant la crise de 2013, le prix des matières premières ont considérablement chuté, l’économie russe a été touchée par un manque de financement, elle est dans une fin de cycle et commence un autre avec une orientation vers l’Asie.

    Pourquoi donc réserver la « destruction créatrice » aux seuls USA ? Au fait, pas un mot sur la situation anglo saxonne : America never fail ?
    Avec cette « cible » russe habituelle et l’absence total de référence à la situation américaine, je prendrai avec beaucoup de pincettes les exemples caricaturaux de l’auteur.

    Le point faible de son argumentation est ce « contrôle » qui vient merveilleusement rétablir dans ses limites le pouvoir.
    Je crois cependant ne voir là que l’habituelle auto-contrôle entre sphères d’influences, en tout cas, certainement pas un contrôle d’essence démocratique. Plutôt de l’entre soi.

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