Le hasard n’existe pas

Publié Par Guillaume Nicoulaud, le dans Économie générale

Peut-on créer le hasard ? Eh bien non !

Par Guillaume Nicoulaud.

À la fin de son cours, un professeur lance un défi à ses étudiants : ils doivent, pour la prochaine séance, concevoir une fonction capable de générer dix nombres aléatoires. En sortant de la salle de classe, la plupart des étudiants sont intimement persuadés de la trivialité de l’exercice ; en une demi-heure, se disent-ils, ce sera bouclé. Ils rentrent chez eux, s’installent devant leur ordinateur et c’est là qu’ils commencent à réfléchir.

La tâche qui consiste à concevoir un générateur de nombres aléatoires est aussi simple en apparence qu’elle est complexe en réalité. Comment créer le hasard ? Comment concevoir un algorithme – c’est-à-dire un système forcément déterministe – qui génère un résultat qui échappe à toute explication déterministe ? Eh bien c’est impossible. Les esprits les plus brillants se sont frottés à ce problème et tous en ont conclu qu’il n’est tout simplement pas possible de créer un tel algorithme. Tous les générateurs de nombres aléatoires [1] sont en réalité des générateurs de nombres pseudo-aléatoires ; c’est-à-dire qu’ils simulent le hasard en créant des séquences de nombres dont il est plus ou moins difficile d’identifier les propriétés déterministes.

Une manière de s’approcher au plus près de l’aléa parfait consiste à s’appuyer sur des phénomènes physiques présumés imprévisibles [2] comme, par exemple, le lancer d’un dé. Comme nous sommes, a priori, incapables de déterminer à l’avance sur quelle face le dé va tomber, nous considérons que la séquence de nombres de 1 à 6 qui résultera de plusieurs lancers sera aléatoire. Mais cela signifie-t-il qu’elle l’est vraiment ? Certainement pas : elle est en réalité entièrement déterminée par les lois de la physique. Avec un équipement adéquat, nous pourrions prédire précisément le résultat de chaque lancer ou faire en sorte que le dé tombe à chaque fois sur la même face. Ce qui donne ici l’illusion de l’aléa, c’est le fait que la main de celui qui lance le dé n’est pas un instrument suffisamment précis pour influer sciemment sur le résultat. Du moins en principe.

Les générateurs présumés les plus performants, plutôt que des dés, utilisent aujourd’hui des phénomènes quantiques. Il y a deux manières de justifier cela : l’interprétation classique de la théorie quantique qui veut que ces phénomènes sont vraiment aléatoires (le chat de Schrödinger à la fois mort et vivant) et celle selon laquelle les variables quantiques suivent des lois déterministes que nous ne connaissons pas (le chat est dans un état déterminé mais nous ne savons pas lequel et nous ne savons pas pourquoi). Je suis, bien sûr, parfaitement incompétent en la matière mais mon intuition me pousse à suivre Einstein [3] : Dieu ne joue pas aux dés dans l’Univers, il y a là derrière quelque chose qui nous échappe encore ; Feyman lui-même ne disait-il pas que « personne ne comprend vraiment la physique quantique » ?

Quoiqu’il en soit, et dans l’état actuel de nos connaissances en dehors du domaine quantique, l’aléa n’existe pas. C’est un abus de langage, un concept pratique qui nous permet de désigner le produit de chaînes de causalité trop complexes pour que nous puissions en comprendre le caractère déterministe. Le hasard n’est qu’une illusion ; nous vivons dans un monde déterministe mais nous vivons aussi dans un monde infiniment complexe dans lequel, bien souvent, les liens de causalité nous échappent.


Sur le web.

Notes :

  1. La fonction ALEA() sous Excel par exemple.
  2. Ou à combiner un générateur de nombres pseudo-aléatoires à des phénomènes physiques.
  3. Et oui, je sais pour le paradoxe EPR.
  1. Certains processeurs récents ont une fonction permettant de sortir un nombre « aléatoire » en se basant sur le « bruit » (quantique, électrique).
    C’est amusant car j’avais crée un jeu sur micro controlleur qui consistait à mémoriser une séquence de lumière et la rejouer.
    La première version sortait systématiquement la même chose si le micro était redémarré, il a fallu utiliser comme seed des entrées analogiques non branchée.

    La fonction pseudo aléatoire des machines à poker est aussi un secret bien gardé.

  2. Einstein n’aimait pas trop ce qu’il avait découvert sur le mouvement brownien, et son opinion est presque devenue dans l’esprit des gens une loi de la nature. Le déterminisme est une religion, on a la foi ou non, mais ses contradictions ne sont pas moindres que celles de la pensée stochastique.
    En particulier, il suppose en pratique que l’explosion des causes est appréhendable. J’appelle explosion des causes la nécessité de connaître la totalité du passé, jusqu’au big bang inclus, dans la totalité de ses propriétés, pour donner la moindre interprétation (et en particulier exclure tout ce qui ne s’est pas produit mais aurait pu le faire).
    Personnellement, non seulement je n’ai pas cette foi, mais de plus je trouve cela un peu antilibéral de refuser d’admettre qu’il y ait un hasard, un espace de liberté pour le reste du monde qui nous est à jamais interdit et qui puisse fonctionner suivant un mode qui nous est totalement étranger.

    1. Si par hasard, sur l’ pont des arts, je croise le vent le vent fripon, prudence prend garde à ton jupon…
      sans hasard, pas de poésie!

    2. En quoi le fait d’avoir une opinion déterministe est antilibéral ?
      Le libre-arbitre n’a rien à voir avec les libertés individuelles et son absence ne justifie ni la fin de la responsabilité individuelle, ni la mise en place d’un régime totalitaire contrairement à ce que veulent faire croire les socialistes.

      1. Chacun peut avoir les opinions qu’il veut, c’est le déterminisme en lui même qui est à mon avis peu libéral. Certes, on peut nier le libre-arbitre sans être pour autant celui qui met en place le régime totalitaire, mais ça enlève bien des cartouches pour se défendre contre ceux qui n’auraient pas les mêmes scrupules. Quant à la responsabilité individuelle sans libre-arbitre, j’ai du mal à voir comment ça peut fonctionner.

        Ceci dit, je reconnais que la différence entre un déterminisme qu’on ne comprend pas et le hasard pur est spécieuse. Je pense qu’il vaut mieux admettre l’existence du hasard, ça évite que certains, prétendant mieux maîtriser le déterminisme et ses lois, s’en servent comme argument pour diriger les autres. Mais ça n’est qu’une opinion personnelle, parce qu’on ne peut prouver l’absence ni du déterminisme, ni du hasard. L’exemple de l’incapacité à construire un générateur aléatoire n’est qu’un problème mal posé, les élèves seraient tout aussi incapables de construire une sphère, objet parfaitement déterministe…

  3. Je suis bien d’accord avec MichelO.
    Les actions humaines sont indéterminables parce qu’elles ne résultent pas toutes de la logique pure, nous ne sommes pas des Vulcains, comme Spock.
    Qui sait ? Le fait que j’écrive ce message va peut-être susciter une vocation de logicien à un lecteur… qui ne l’aurait pas si je n’écrivais pas ce message ou s’il ne le lisait pas.
    Mon message peut n’entrainer rien du tout, au delà du simple intérêt du lecteur, jusqu’à un futur prix Nobel peut-être.
    Je suis né au Havre de parents qui ont tous deux connu l’exode en 1940 mais qui se sont quand même rencontrés au Havre après la guerre. L’un des deux aurait pu rester sur son lieu d’exode et avoir une toute autre vie qui aurait fait que je ne serais pas en train d’écrire ce message.
    « N’importe quoi aurait pu être n’importe quoi d’autre et tout cela aurait autant de sens. » Tenessee Williams

  4. Contre le « Démon de Laplace » qui sait tout, Cournot disait que « le hasard est la rencontre de deux séries causales indépendantes ».

    Le hasard est au fondement de la pensée libérale. L’idée est qu’on ne peut pas tout prédire. On peut évidemment en savoir plus. Mais alors les conditions deviennent plus complexes. Par contre, la conséquence déterminisme du fait qu’on en connaît de plus en plus a tendance à renforcer l’Etat.

    1. C’est plutôt l’ignorance qui permet au socialisme de prospérer (cf Voir l’invisible, par Lew Rockwell) D’ailleurs, si l’éducation nationale s’acharne à produire autant d’ignorance, ce n’est pas un… hasard.

  5. Nous ne vivons pas dans un monde entièrement déterministe puisqu’à chaque instant, chaque humain est libre de choisir entre le bien et le mal.

    La « formule » du hasard est bien cachée à l’entendement humain et le restera sans doute très longtemps. Certains ont cru pouvoir écrire « hasard ET nécessité », posant ainsi une confrontation artificielle. N’aurait-il pas été plus pertinent d’écrire « hasard EST nécessité » ? Pour bien comprendre le sens de la deuxième formulation, on dispose de la série aléatoire des décimales de PI, constante que les mathématiciens qualifient à juste titre d’irrationnelle et de transcendante : si une seule de ces décimales aléatoires était différente, même la plus modeste, tout là-bas à l’infini +1 à droite après la virgule, le monde n’existerait pas.

    1. Questions cons.

      Comment définissez vous « le bien » et « le mal » ?
      Si les individus sont aussi bien éclairés que vous semblez l’estimer quant au caractère bon ou mauvais de leurs actions, pourquoi certains choisissent « le mal » ?

      1. « pourquoi certains choisissent « le mal » ? »

        « Vous aimez bien tout ce qui est bon ? C’est très mauvais ! » (citation)

        1. Grande Vadrouille 😉 ! (dixit l’immonde Mère Supérieure de l’hospice de Beaune)

          « pourquoi certains choisissent « le mal » ? »
          « plus facile, plus rapide, plus séduisant » (citation ; indice : son auteur est petit avec des grandes oreilles)

          Et plus sérieusement, cf toute la philosophie et toutes les réflexions religieuses menées depuis des siècles. Il y en a pour tous les goûts (objectivistes, subjectivistes, relativistes, souverain bien, Lumières écossaises etc.)

          1. « Il y en a pour tous les goûts »

            C’est justement, ce qui me pousse à poser ce genre de questions cons. Si définir le bien et le mal était si évident, un seul bouquin devrait suffire pour faire l' »état des lieux ».

          2. Bien d’accord ! Si le monde était binaire, nous serions des machines.

            Mais je rejoins intuitivement (ou peut-être est-ce déterminé^^) Cavaignac sur la question « hasard = nécessité ». Question que l’on peut retourner d’ailleurs : le hasard non comme nécessité de l’existence, mais comme une croyance/postulat pour se rassurer de l’absence de déterminisme. La crainte ultime est de découvrir une vérité qui ne nous plairait pas : une liberté fictive (façon Matrix, dilemme des pilules)

            Ainsi on a a) le hasard existe : ouf, tout n’est pas écrit
            b) le hasard n’existe pas : tout est écrit et mécaniquement engendré, on a simplement pas encore découvert toutes les causalités

            Pour autant on peut s’amuser avec tous les théories sur les différentes réalités telles que présentées dans retour vers le futur et d’autres fictions. Le futur y est la conséquence directe, déterminée, d’une action précise ds le passé. Le héros retourne ds le passé pour changer l’action et donc le futur. Ici, il y a donc déterminisme entre le passé, le présent et le futur.
            Or on peut considérer qu’une infinité de futurs existent, liée à l’infinité d’actions possibles à chaque instant. Il y aurait donc encore liberté.

            Là où ça coince, c’est le niveau de déterminisme de l’action : est-ce que je décide par moi-même, où est-ce mon environnement, mon passé, mes valeurs, Dieu, un Grand Architecte ou Ctulluh qui décident de tout à 100% ?

            En l’état actuel de la science, on en sait rien. Après, chacun se fait son idée selon la raison ou l’intuition 🙂

      2. c’est plus facile de faire le mal…. l’être humain est corrompu par nature, donc il aime la facilité, (sans parler de la masse qui est plus idiote)

    2. http://www.gutenberg.org/files/29948/29948-h/29948-h.htm

      Si une seule des décimales était différente, c’est le savant qui prétend expliquer le monde par notre PI qui n’existerait pas. PI n’est pas une manifestation du hasard, mais l’existence du savant, si…

      1. « PI n’est pas une manifestation du hasard » : probablement pas, mais en même temps, PI « inclut » le hasard dans la suite infinie de ses décimales, du moins ce qui paraît être du hasard compte tenu de ce que nous sommes capables d’en comprendre. La nature est malicieuse, on dirait.

        1. « compte tenu de ce que nous sommes capables d’en comprendre » d’un point de vue scientifique (l’état actuel des connaisances), mais aussi cognitif (les capacités du cerveau humain).

          Le tropisme humain (individu limité) fait que nous passons sans doute à côté de réalités que nous ne comprendrons jamais (en termes de mécaniques/causalités… ou de sens^^)

  6. Houla ! Back to 80’s, carrément.

  7. si le hasard n’existe pas alors comment expliquer la naissance de la vie tout en niant l’existence de dieu ?
    si le hasard existe c’est la preuve de l’inexistence de dieu (dieu ne saurait laisser la vie échapper à sa volonté ) .

    j’ai fait mon choix , je ne joue pas aux jeux de hasard , dieu me l’a interdit et pour cause , croire au hasard est nier l’existence de dieu 😉

    1. On peut considérer l’univers comme étant absolument déterministe, tout en niant l’existence de Dieu.

      Le fait que les « règles » de l’univers soit déterminée, immuables, et complètes, n’implique pas que cet ensemble de règles ait été mis en place volontairement pour :
      1/permettre notre existence
      2/donner du sens à notre existence

      Oui, changer les lois/constantes de l’univers rendrait notre existence impossible. Est ce que ça implique qu’elles aient été choisies (par Dieu sait qui. Rires.) ? Non.

      Plus la science avance, moins l’idée que l’univers est anthropocentré (axiome fondamental de toute croyance religieuse) fait sens. Ce qui fait le plus de sens, bien que ça dérange notre égo, c’est que la valeur des constantes de l’univers soient totalement hasardeuses, éventuellement chamboulées lors d’évènements de type big bang, et que nous ne soyons que le produit chanceux de l’évolution d’une variante d’univers parmi tant (une infinité) d’autres.

      1. Hayek, qui est quand même un penseur vénéré par toutes les petites chapelles libérales, ne croyait pas au libre-arbitre (qui ne reçoit par ailleurs aucune explication scientifique rationelle). Il s’en explique dans la partie sur la responsabilité dans « La constitution de la liberté ». D’après lui, la responsabilité n’a pas pour but de sanctionner ce qu’on est (à quoi bon, si on est une pure abstraction libre-arbitraire, coupée des influences extérieures dont la moindre décision ne serait qu’un caprice hasardeux ?) mais de nous « rendre autre » (précisément parce qu’on peut être partiellement déterminé dans la bonne direction si on nous envoie les bonnes incitations). Bref, le libéralisme c’est : à chacun ses croyances. Par pitié, ne l’assimilez pas de facto avec la croyance dans le libre-arbitre 1) c’est faux 2) c’est le meilleur moyen de dénigrer les libéraux dans les milieux scientifiques, qui sont généralement favorables aux théories déterministes (pas par pur dogmatisme, mais parce que la science explique le monde par des liens de cause à effet).3) La liberté et le libre-arbitre sont deux débats différents. Sartres le communiste est celui qui a le plus radicalisé la théorie du libre-arbitre.

        1. Oui, la liberté négative (le refus de la coercition) est différente du libre-arbitre (la volonté de créer le bien ou le mal). Toutefois, le fait d’accepter le principe de non-agression peut être considéré comme l’application du libre-arbitre pour créer le bien, sans le savoir.

          Quant aux scientifiques, ils sont dans une problématique différente : ils ne travaillent pas le bien ou le mal mais le vrai ou le faux. Certains ont tendance à confondre les deux dans une vision de leur discipline qui expliquerait le monde dans sa totalité. C’est très humain et relativement indifférent. Il ne faut ni le leur reprocher ni s’en inquiéter outre mesure.

          1. Juste pour taquiner Cavaignac….il n’y a pas de bien, ni de mal !
            C’est une seule et même chose. Et oui, c’est comme ça. Votre valeur ajoutée humaine est la seule à determiner ce qui est bien et mal. LE cadre beacoup plus large avec le hasard et le vide s’en tanponne complètement de vos idéaux ! Désolé. Je n’ai pas pu résister 🙂

          2. Hmmm, j’aime quand on me taquine 😉

      2. « Le fait que les « règles » de l’univers soient déterminées, immuables, et complètes, n’implique pas que cet ensemble de règles ait été mis en place volontairement » : bien sûr, cette hypothèse ne pourra jamais être totalement écartée. C’est d’ailleurs heureux car en l’absence de doute, il n’y aurait aucune liberté possible.

        La probabilité que le hasard ait produit la vie intelligente en l’absence d’une « volonté » semble tellement insignifiante que la raison nous incite à la juger presque impossible. D’une certaine façon, ne pas croire semble irrationnel. Plus la science avance, pour de plus en plus d’individus correctement éduqués éclairés par l’accumulation de preuves, la foi rejoint la raison. Je rappelle que la thèse du big bang a d’abord été méprisée par des antireligieux hystériques parce qu’elle permettait de réconcilier Dieu et la science, alors que le modèle stationnaire de l’univers qui prévalait auparavant éliminait parfaitement Dieu. Le nom de « big bang » lui-même n’était à l’origine qu’une attaque ad hominem ironique pour disqualifier son inventeur.

        Pour revenir au sujet, ceci n’empêche pas l’existence d’une certaine dose (voulue ;)) de hasard insérée dans le cadre général déterministe. Ainsi, la liberté n’est pas un absolu mais s’épanouit dans un cadre déterminé, les lois de la physique par exemple ou le simple fait d’être né, sans parler de la morale universelle compréhensible et applicable par tout individu de toute époque et de toute culture. J’ajoute que ce cadre est acceptable par tous précisément parce qu’il n’a pas été inventé par un homme ou un groupe d’homme, contrairement aux délires immoraux des constructivistes socialistes (cf la pauvre moraline Peillon).

        1. « La probabilité que le hasard ait produit la vie intelligente en l’absence d’une « volonté » semble tellement insignifiante que la raison nous incite à la juger presque impossible. »

          La probabilité que le hasard ai produit des êtres conscients n’est pas calculable (on ne sait pas combien il y a de manières de produire des êtres conscients, que ce soit dans cet univers, ou dans des univers parallèles avec des constantes/loi différentes) . Difficile à partir de là d’affirmer qu’elle est(était ?) insignifiante. Quoi qu’il en soit, vous êtes visiblement « victime » du biais de la négligence de la taille de l’échantillon. Un humain, par observation directe, n’a conscience que d’une portion infinitésimale de ce qui se passe à l’échelle de l’univers, que ce soit temporellement ou spatialement. Même en admettant que cet univers ait été « taillé » pour nous, l’astronomie a montré que nous y sommes absolument insignifiants. Notre petit ilot de relative stabilité est simplement minuscule, et notre existence en tant qu’espèce ne tient qu’à un fil (ie, au bon vouloir des astéroides qui trainent tout autours de nous, sans compter les menaces d’autodestruction de l’espèce par l’arme nucléaire).

          Quant à la morale universelle, vous savez ce que j’en pense … il n’y a pas plus de morale naturelle qu’il n’y a de langage naturel. Par tâtonnement, les humains convergent tous à peu près vers les mêmes principes moraux, comme ils ont réussi à converger vers les mêmes concepts structurant le langage, mais rien n’indique que le point de convergence ait été fixé a priori, et encore moins qu’il se trouve explicité dans les prétendus textes sacrés proliférant à la surface de cette planète. Et si on ne donne pas de crédit aux textes sacrés, l’idée d’une morale divine est de toute façon impraticable, votre Dieu étant tout sauf loquace.

      3. e hasard et le déterminisme ne font pas bon ménage , l’un est le contraire de l’autre.
        pourtant , ils sont complémentaires et ne peuvent exister isolément , le déterminisme nait du hasard. la poule sort de l’œuf, nul ne peut savoir qui a fait l’œuf hors le hasard est capable d’en donner l’explication et de se sortir de ce paradoxe.
        et dieu dans tout ça ?
        l’homme fonctionne uniquement par déterminisme et ne laisse rien au hasard .Mais il a besoin d’un point de référence . un point de départ , l’homme ne serait vivre sans connaitre son point d’origine (recherche du pére/mére pour les enfants abandonnés par exemple). ce point peut suffire mais il entre en conflit au sein d’une société , encore une fois ,il faut une origine commune pour justifier la société . alors il crée Dieu, un dieu unique servant ainsi de référence a toutes ses actions.
        dieu est la passerelle ou le mur entre le hasard et le déterminisme . ce mur est fragile et quand ce mur n’existe plus ,l’homme devient individualiste , si il perd aussi la famille , il devient anarchiste ..et comme tout le monde le suppose la terre ne serait plus qu’un immense champs de bataille livrées au Hasard des rencontres.

    2. Bizarre, votre raisonnement est, comme disait Gerarda von Trûût (une parfaite inconnue).

      Je suis justement occupé à dévorer le livre de Stephen Hawking « une brève histoire du temps » et au chapitre intitulé « le principe d’incertitude » il est écrit : « La doctrine du déterminisme scientifique a été fortement combattue par tous ceux, et ils étaient nombreux, qui pensaient qu’elle enfreignait la liberté de Dieu d’intervenir dans le monde. etc. »

      Perso, j’était très heureux d’apprendre que Laplace affirmait (au XIXème siècle!) que l’univers était complètement déterminé.

      Et, à la lecture de ce chapitre, il me semble que ce sont les croyants qui ont introduit ce « principe d’incertitude » pour mettre du hasard là où il n’y en a pas et par là même se réconforter, preuve à l’appui, que Dieu existe.

      Mais cette « preuve » me semble plus être une hypothèse qu’une donnée scientifique. Une porte de sortie fabriquée fissa pour que l’espérance subsiste (« l’espérance et la crainte sont inséparables et il n’y a point de crainte sans espérance ni d’espérance sans crainte » La Rochefoucauld).

      Depuis lors, on ne parle plus du déterminisme et les hommes de foi qui préfèrent Dieu à l’intelligence se sont débarrassés de l’idée insupportable qu’ils sont seuls responsables de leur avenir et que chaque choix posé les mènera vers un « lieu » déterminé. Déterminé parce que quiconque ayant eu le même passé et ayant fait le même parcours arrivera au même « lieu ».

      Il est donc possible, toutes choses étant égales, de déterminé le « lieu » d’arrivée.

      En revanche, il n’est pas forcément possible de déterminé le choix que vous ferez à un moment précis étant donné que ce choix sera dépendant de très nombreux autres éléments, conscients et/ou inconscients (instinctif car l’homme est un animal) qu’il est probablement difficile de répertorier. Et quand bien même on pouvait répertorier ces divers éléments, encore faudrait-il les mettre dans le bon ordre car l’ordre des choses influe sur le résultat final.

      Bref, il est plus facile et confortable de croire au hasard, de la même manière qu’il est plus facile et confortable d’inventer le zéro, l’infini et Dieu.

  8. M Nicoulaud, j’apprécie vos articles très bien écrits, cependant en abordant le thème du hasard, Votre article néglige complétement tout le travail des 20 (et plus) dernières années concernant le chaos: évolution déterministe mais imprévisible.

    Le chaos caractérise une hyper-sensibilité aux conditions initiales qui rend toutes prévisions au delà d’un certain horizon impossible, et ce même en utilisant un système parfaitement déterministe Cela provient du fait qu’il nous est impossible de mesurer parfaitement les conditions initiales du système quel qu’il soit; par conséquent à plus ou moins long terme le comportement du système devient imprévisible. Prévoir le résultat d’un lancer de dé est donc une vue de l’esprit (sauf cas particulier biaisé).

    Le chaos est présent dans quasiment tout les domaines de la physique: lasers, chimie, biologie, météorologie et même économie.

    En conclusion, même si je suis d’accord sur le fait que le monde soit en grande partie déterministe, il reste absolument imprévisible à plus ou moins grande échelle. J’ajouterais aussi que les phénomènes purement stochastique existe (bruit thermiques, quantiques et autre); et il a été démontré que le chaos pouvait amplifié des écarts purement aléatoires.

    Au passage: les générateurs de nombre aléatoires les plus performant actuellement (au sens de la rapidité potentielle) sont ceux basés sur l’amplification du bruit dans des diodes superluminescents ou des diodes lasers chaotiques (déterministes) qui peuvent générer jusqu’à 500 Gbps de nombre aléatoires.

  9. Intéressant sauf une chose: l’auteur de ces lignes est il
    bénévole ? en cas de négative, quel est lap

    1. Pour moi le monde est deterministe comme une partie de loto :

      La plupart du temps le resultat est celui attendu. (on perd)
      Mais de temps en temps une erreur de mesure apparait (on gagne) donc les regle de la science disent que ce n’est pas reproductible (donc ca n’a pas de valeur).

      Un monde aleatoire n’est pas forcement imprevisible : il previsible en gros et pas trop loin sinon les erreurs de mesures risque de perturbé le resultat !

  10. La question de savoir si l’homme peut créer le hasard n’a pas de sens. Vouloir le faire, c’est avoir un but, un dessein, rechercher un résultat déterminé. C’est aller contre l’idée même du hasard. Ceci dit, prétendre que le hasard n’existe pas est une posture religieuse, qui postule d’un créateur. A tout le moins, nier l’existence du hasard parce l’homme ne pourrait pas le créer, c’est mettre l’homme au centre de l’Univers. En revanche, vouloir éliminer le hasard des affaires humaines me semble une entreprise louable. Nous avons besoin de prédictivité pour notre recherche du bonheur. Nous devons, dans nos actions, rechercher les facteurs de prédictivité.

    1. Hippolyte canasson ferré

      @Abitbol,

      on peut mettre un grain de sable dans un rouage et laisser à l’ hasard le soin de l’instant où ça coincera.

  11. Hippolyte canasson ferré

    On s’égare sans l’hasard.

    C’est le hasard qui n’a laissé que LE seul boulon de l’éclisse permettant son basculement.

    C’est lui aussi qui fait orienter les commentaires de journalistes-mécaniciens sur l’impossibilité d’une malveillance puisque un autre train juste un peu avant est passé avant. (à la même vitesse?)

    C’est lui aussi qui installe ce court délai entre le déboulonnage spontané et le déraillement.

    C’est encore lui qui commence à diffuser que l’enquête-expertise sera longue, probablement plusieurs années.

    Je ne suis pas d’accord avec vous.

    Le hasard existe, on s’égare sans l’hasard.

  12. J’adore ce texte !
    Et bien sur, c’est évident. Il n’y a qu’à lever la tête et regarder les étoiles. ça n’a pas l’air d’être n’importe quoi !!! Des trucs tournent autour d’autre trucs, il y a un ordre. Par contre, il y a la question du vide, le chaos, les trous noirs, etc… cela répond aussi à un ordre. Lequel ? Il y a surement un après « quantique », je pense que c’est beaucoup plus simple que l’on peut l’imaginer. C’est, point barre. La raison et l’objectivisme de Ayn Rand.

  13. Personnellement j’ai trouvé comment produire facilement une suite aléatoire de très grande longueur à partir d’une simple formule mathématique. Je m’en sers dans mon logiciel de chiffrement HMK-512 dont le principe est visible sur http://www.superlutin.net/hmk.html.
    Vous pouvez tester et retester , le résultat produit n’est pas dissociable de celui du hasard pur et pourtant c’est déterministe au départ. Il faut savoir que ce qui crée le hasard c’est simplement l’ignorance volontaire ou involontaire de certaines données. Dans ce cas , si on ne connait pas la clé , il est impossible de reconstruire la séquence produite.

  14. Bonjour

    Si j’essaie de résumer le point de vue de Guillaume Nicoulaud :

    1) Si le hasard existe il doit produire des résultats ou des évènements – appelés « aléas » – qui non seulement sont imprévisibles (du fait de la limitation de nos connaissances ou de nos moyens d’observation) mais qui surtout n’ont AUCUNE CAUSE.

    2) Les évènements que l’on observe et que l’on pense être des aléas ont en réalité toujours une cause, ou plus généralement un ensemble de causes. Ces causes sont souvent complexes, voire inconnues, et inaccessibles à notre observation, mais bien réelles, sauf peut-être dans le domaine de la physique quantique.

    3) En conséquence le hasard n’existe pas, sauf peut-être dans le domaine de la physique quantique.

    Je pense que tout ce qui est dit ici est raisonnable. J’irais même plus loin en ajoutant ceci : si le hasard existait vraiment alors les probabilités ne pourraient pas exister.

    En effet, qu’appelle-t-on probabilité ? C’est la CONNAISSANCE A PRIORI de la fréquence qu’obtiendra un certain résultat produit par une série d’expériences. Je rappelle au passage que la probabilité de survenance de chacun des résultats possibles s’appelle la « loi de probabilité » de l’évènement.

    La connaissance de cette loi s’acquiert généralement soit par l’observation des résultats d’expériences passées soit par l’analyse pure (physique, politique, économique …). Un évènement qui suit une loi n’est-il pas nécessairement produit par une cause, ou un ensemble de causes ? Sinon pourquoi suivrait il une loi plutôt qu’une autre ?

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