La bouteille de vin : histoire d’une révolution

Publié Par Jean-Baptiste Noé, le dans Lecture

La bouteille de vin est bien plus qu’un banal objet dans son usage et sa forme, c’est un marqueur historique et culturel.

Par Jean-Baptiste Noé.

Jean-Robert Pitte nous revient avec une nouvelle étude consacrée au vin et à la gastronomie. Cette fois-ci il s’intéresse au contenant, à savoir la bouteille de vin. Collectionneur d’anciennes bouteilles, dont le cahier central, composé de 32 pages, présente quelques exemplaires, le géographe et historien du vin s’attache à comprendre et à expliquer les facteurs de développement de la bouteille de vin et ses incidences sur la fabrication de celui-ci.

L’ouvrage suit un ordre chronologique simple, mais efficace. Il évoque les contenants du vin à l’époque antique, outre, amphore, tonneau, il étudie le travail du verre et la maîtrise technique des carafes et des bouteilles, et explore surtout la naissance de la bouteille actuelle, en verre épais et sombre. À la lecture du chapitre consacré à la naissance de la bouteille que nous connaissons aujourd’hui, on se rend mieux compte de la prouesse technologique qu’a représenté cette invention.

Surtout, l’auteur montre bien que la bouteille n’est pas qu’un simple contenant, mais qu’elle a permis de transformer le vin. Sans bouteille, il n’y aurait pas eu de champagne, car seul ce contenant, résistant et maniable, permet la deuxième fermentation et la prise de mousse. Sans bouteille, les amateurs ne pourraient pas connaître les joies du vin ancien, car le verre et le bouchon de liège sont les mieux à même d’assurer le vieillissement du vin, et le développement de l’ensemble de ses arômes. Sans bouteille enfin, le vin ne serait pas autant rattaché à un terroir, car la bouteille n’est pas que contenant, elle est aussi message : par sa forme et par son étiquette elle se rattache à une région viticole précise ou à une histoire locale.

Le livre n’étudie pas seulement les techniques et les avancées technologiques, mais également l’art, que ce soit les représentations picturales des bouteilles, ou bien leur mise en poème. Le livre est enrichi de quelques calligrammes qui témoignent de la fascination de l’objet bouteille sur les artistes. De même, il analyse des publicités et des affiches pour des marques de vin ou des cavistes, où l’on voit ainsi la mise en scène de la bouteille. À travers ces formes artistiques, on se rend mieux compte que la bouteille n’est pas un simple objet ou un simple contenant, mais qu’elle participe pleinement à la fabrication de la mythologie du vin et à la liturgie qui l’entoure. De même, en étudiant la façon dont on sert le vin à table selon les cultures et les régions, en montrant que la décantation est le propre, surtout, des pays du nord, Jean-Robert Pitte se livre à un exercice de géographie culturelle qui permet de mieux appréhender le rôle social et culturel de la bouteille.

Voilà comment ce récipient de verre, somme toute assez banal dans son usage et sa forme, devient bien plus qu’un objet, mais un marqueur historique et culturel. L’auteur se livre à quelques comparaisons avec des contenants d’autres boissons : bière, eau minérale, sodas. La bouteille, même en verre, n’y joue pas le même rôle. C’est pourquoi, à la lecture de ce livre, on peut douter du succès commercial des cannettes de vin ou des bouchons à vis ou à capsule. Le vin n’est pas qu’un produit utilitaire. À travers son œuvre désormais conséquente sur le sujet, de l’Histoire de la gastronomie française à Bordeaux Bourgogne, Jean-Robert Pitte a démontré à quel point le vin était, le seul parmi les autres boissons, un produit éminemment culturel et sacré. Ses liens avec le divin (Le vin et le divin) rendent caduques une approche purement utilitaire de cette boisson. Même la simple piquette servie en pot, même le vin à la tirette, et pas seulement le grand cru, jouit d’une aura singulière que la bouteille contribue à donner.

• Jean-Robert Pitte, La bouteille de vin : Histoire d’une révolution, Tallandier, 2013, 310 pages.


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  1. hippolyte canasson

    Le bouchon, tel que perçu aujourd’hui comme traditionnel, comme associé inamovible de la bouteille de vin disparaitra.
    De même que le bouteille suit le vin et aide à sa conservation le bouchon n’apporte rien est sera et est déjà remplacé par des capsules, lesquelles ni n’empêchent ni ne nuisent à la seconde fermentation.
    Cette capsule offre en outre l’intérêt économique de la non perte des vins bouchonnés.
    Le vin existait avant la bouteille, il existera mieux après le bouchon de liège.

  2. « Même la simple piquette servie … jouit d’une aura singulière que la bouteille contribue à donner. » Wouiheu, l’aura du litron étoilé… et consigné.
    Je m’en souviens car notre curé planquait son vin de messe dans cette boutanche, sauf qu’un jour on a découvert ce péché de supercherie et pas de bol pour lui (ou de calice) et il a failli gerber à l’élévation à cause du kiravi…