Mort de Thomas Szasz

Publié Par Wikiberal, le dans Culture

Le célèbre psychiatre hongrois Thomas Szasz est mort la semaine dernière, le 8 septembre 2012. Contrepoints lui rend hommage.

Par Wikibéral.

Thomas Szasz

Thomas Szasz, né à Budapest le 15 avril 1920 et mort le 8 septembre 2012, est un psychiatre d’origine hongroise et établi aux États-Unis.

Présentation

En raison de son essai The Myth of Mental Illness, il a été considéré comme le père de l’anti-psychiatrie. Toutefois, à la différence de Félix Guattari et Gilles Deleuze, son anti-autoritarisme, loin de se vouloir un programme de destruction de la civilisation, se caractérise par un attachement profond aux valeurs de liberté et de responsabilité. Contrairement aux deux auteurs d’extrême gauche précités, il ne cherche nullement à faire l’éloge de la démence et de la marginalité au détriment de la vie saine et « capitaliste ». C’est précisément parce qu’il se définit comme l’un des derniers héritiers des libéraux du XVIIIe siècle qu’il conteste toutes les formes d’arbitraire psychiatrique.

D’après Szasz, le concept de « maladie mentale » témoigne de la volonté politique et idéologique de déresponsabiliser les individus, en dissociant leurs actes de leur conscience. Ainsi, au lieu d’être punis pour leurs méfaits, des incendiaires, des voleurs à la tire seront qualifiés de kleptomanes ou de pyromanes et déclarés irresponsables de leurs actes.

Par ailleurs, en se servant de l’argument de la « folie », l’État peut faire interner des opposants politiques, comme ce fut le cas en URSS. C’est pourquoi ce psychiatre peu conventionnel a forgé l’expression polémique d’« État thérapeute », reprise depuis par de nombreux libertariens. Les pays occidentaux ont employé (et continuent parfois de le faire) des méthodes voisines de celles de l’ex-Union soviétique, en considérant comme des malades bons à se faire soigner les consommateurs de stupéfiants (qui le font pourtant par choix et devraient donc assumer, selon Szasz, les pleines conséquences de cette option sans en faire porter le poids sur les autres individus), les personnes suicidaires, les dépressifs, les anorexiques, les obèses, etc. A cet égard, il a mené un combat inflexible contre les internements forcés.

Thomas Szasz a collaboré à diverses revues libérales et libertariennes comme ReasonThe FreemanThe Independent Review ou encore le Journal of Libertarian Studies. Il était chercheur au Cato Institute.

Citations

  • « Le XXe siècle est tout à la fois le siècle du totalitarisme politique et celui de la psychiatrie. L’asile plaît aux dictateurs. Coïncidence ? »
  • « En général, celui qui paye le service qu’est l’acte psychiatrique en est le bénéficiaire ; par contre, celui qui le reçoit à titre gratuit en est généralement la victime. »
  • « La plupart des gens réclament l’auto-détermination pour eux-mêmes et la soumission pour les autres : certains vont même jusqu’à prôner la soumission pour tout le monde, mais rares sont ceux qui acceptent l’indépendance d’autrui. »
  • « L’État ne saurait en aucun cas rendre un acte légal, tout au plus peut-il le rendre criminel ou ne pas s’en occuper du tout. »
  • « Les lois relatives à l’hygiène mentale possèdent à la fois les dangereuses qualités des lois civiles et des lois criminelles. Tout comme les lois civiles, elles ne sont susceptibles d’aucune limitation constitutionnelle ; et elles ressemblent aux lois criminelles du fait que les peines qu’elles prévoient peuvent entraîner la privation des biens, de la liberté, ou la mort. »
  • « La liberté : les hommes s’efforcent de la conquérir pour eux-mêmes et s’acharnent à en priver les autres. »
  • « Je pense qu’il serait insensé de faire totalement confiance à l’Etat dans ce qu’il fait pour l’individu. Généralement, il fait contre lui plus qu’il ne fait pour lui. »
  • « Le proverbe recommande de « ne pas mordre la main qui vous nourrit », mais peut-être le faudrait-il, si elle vous empêche de vous nourrir. »

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  1. Le psychologue Germano-Britannique Hans-J Eysenck disait de Thomas Szasz dans sa revue de son livre « le mythe de la psychothérapie » que « Szasz est certainement le plus connu des psychiatres antipsychiatrie aux USA; en Grande-Bretagne, des vues similaires se sont fait entendre telles celles des Dr Laing et Cooper. La comparaison est probablement quelque peu injuste; Szasz est un bien meilleur écrivain; beaucoup plus sensible; et bien plus érudit que les croisés en cape de Grande Bretagne. »
    Il faut que le public francais lise son « mythe de la maladie mentale », et spécialement sa revue de la carrière brillante du neurologiste français Jean-martin Charcot, dont l’art de la pathologie de l’hystérie le classe parmi les grands charlatans Français.
    En France, on a une grande culture de l’irresponsabilité ciselée á la sauce intellectualisante. Et nos politiciens doivent être parmi les meilleurs élèves de cette culture décadente.

  2. « en considérant comme des malades bons à se faire soigner les consommateurs de stupéfiants »

    Je ne connais pas l’oeuvre de ce monsieur. En revanche, ce passage suscite chez moi quelques interrogations. De quels stupéfiants parlons-nous? S’il s’agit de simples pétards, ok. En revanche, s’il s’agit de drogues dures je pense qu’il est du devoir de la famille, de la société, des médecins d’aider les consommateurs car ceux-ci ne le pourront pas d’eux-mêmes. Demandez à un dépressif de sortir de sa dépression tout seul! Allons, un peu de sérieux.

    1. @Lio vous avez le droit d’être un conservateur mais ça ne veut pas dire que vous ayez raison.
      Dans le cas de Charcot, du point de vue de la liberté individuelle, il la bafoue dans sa pratique professionnelle. Et mon point de vue moral, j’ai le droit de le considérer comme un charlatan. Du point de vue de son histoire, Guillain, un des biographes de Charcot a montré qu’il circulait dans les hautes sphères du pouvoir, ami de Gambetta, du duc Nicolas de Russie etc. Cependant, Szasz en déduit qu’il n’avait que très peu d’estime pour ses patients destitués et illettrés. (Le même type de jugement que vous portez sur la capacité des drogués á arrêter de se droguer). Freud aussi montre que l’importance de l’investigation de l’hystérie par Charcot provenait de l’importance du personnage (de son statut social diront-nous) plutôt que de trouvaille scientifique. Tout cela pour dire que citer Wikipedia pour me donner des leçons académiques est plutôt mal placé. L’information libre vaut plus que vos préjugés de classe. En plus de préjugé de classe, vous avez aussi un manque de connaissance sur les problèmes de validité qui sont propres aux concepts dits psychologiques. Pour résumer mon point vu, je citerai Ludwig Wittgenstein qui disait que « qu’en psychologie, il y a des méthodes expérimentales et des confusions conceptuelles. » Cette citation pour vous dire, Lio, que, comme tout conservateur qui se respecte, vous ne jugez que par conviction morale sans le niveau d’information requis. Et pour finir, une lecture de Friedrich Hayek de « pourquoi je ne suis pas un conservateur » vous montrerez que les conventions bien établies ne sont pas les lignes qui guident tout libéraux comme moi et d’autres mais des convictions basées sur une longue pratique de la liberté individuelle, ce qui requière plus de courage moral que de suivre bêtement les trompettes de la renommée.

      1. Votre réponse me semble à côté de la plaque, si je puis me permettre.

        D’abord, Lio n’a pas suggéré (du moins explicitement) l’action de l’État pour les « drogués dépendants » et autres cas graves, mais celui de la société (sous-entendu civile) ; elle (ou il ?) voulait seulement faire remarquer que la distinction avec la maladie au sens usuel n’est pas claire d’un point de vue pratique.

        Quant au conservatisme, c’est un terme polysémique (comme celui de libéralisme, d’ailleurs) dont l’acception retenue par Friedrich Hayek dans son texte (à savoir, ce que l’on pourrait appeler le constructivisme conservateur) ne me paraît pas être la même que la vôtre ici (estimer les préjugés forgés par le temps, comme Edmund Burke).