« L’aide fatale », par Dambisa Moyo

Publié Par Le Minarchiste, le dans Lecture

Contrepoints vous en avait déjà parlé l’année passée, voici une nouvelle recension de l’ouvrage Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa, 2009, 188 pagesDans ce livre provocateur et implacablement documenté, Dambisa Moyo affirme que l’assistance financière a été et continue d’être pour une grande partie du monde en développement un total désastre sur le plan économique, politique et humanitaire.

Par Le Minarchiste, depuis Montréal, Québec

Dambisa Moyo

Ce livre, publié en français sous le titre L’aide fatale : Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique, complète très bien l’article que j’ai publié il y a quelques temps au sujet des effets néfastes de l’aide internationale aux pays du Tiers-monde. Il apporte énormément d’arguments (dont certains sont questionnables…) supportés par des exemples concrets, des données statistiques et des études empiriques. L’auteur est une économiste originaire du Zambie, supportée par le célèbre historien Britannique Niall Ferguson.

Selon Moyo, plus de US$ 1 billion en aide au développement a été transmise des pays riches à l’Afrique en 50 ans. Pourtant, le revenu réel par habitant est plus bas présentement que dans les années 1970. L’aide n’a donc pas amélioré les choses. Pendant ce temps, une bonne douzaine de pays (surtout asiatiques) ont connu une croissance de leur PIB de près de 10% par année et ont vu leur niveau de pauvreté diminuer fortement. Présentement, l’Afrique reçoit de l’aide internationale équivalant à 15% de son PIB, soit quatre fois plus que le Plan Marshall à son apogée.

L’aide internationale est facile à usurper puisqu’elle est, la plupart du temps, transmise directement aux gouvernements corrompus. Cette situation favorise la prise de contrôle de l’État par des individus corrompus puisque cette stratégie devient plus lucrative. Pour arriver à leurs fins, ces gouvernements interfèrent dans le système de justice et mine la protection des droits de propriété ainsi que des libertés civiles. Cela nuit à l’investissement étranger ainsi qu’à l’entrepreneuriat local et, par conséquent, à la création d’emplois, ce qui accentue la pauvreté.

Selon l’auteur, les frontières des pays Africains dessinées à la Conférence de Berlin en 1885 ont grandement nuit à l’essor économique et politique du continent, engendrant des petites nations divisées. Par ailleurs, selon une étude de Paul Collier, plus un pays est divisé ethniquement, plus il est propice à la guerre civile. Or, les pays africains comportent généralement beaucoup plus d’ethnicités différentes que les pays Asiatiques, ce qui a engendré plus de guerres civiles nuisibles.

Selon Moyo, les organisations reliées à l’aide doivent absolument justifier leur existence. Elles ont un incitatif à ce que la pauvreté perdure et certaines d’entre elles (Banque Mondiale et FMI) ont des agendas cachés. La Banque Mondiale emploie 10.000 personnes, le FMI 2.500, les agences de l’ONU 5.000 et les ONG 25.000. Tous ces gens doivent, jour après jour, justifier leur travail. Soit ils prêtent, soit ils donnent, soit ils investissent, mais ils doivent faire quelque chose, même si c’est mal ficelé. Les aides ne mènent pas à des résultats durables et ne font que rendre ces populations dépendantes de ces organisations.

Plus loin, Moyo cite le Président du Sénégal, en 2002 :

Je n’ai jamais vu un pays se développer avec l’aide. Les pays qui se sont développé, en Europe, en Amérique, au Japon, des pays Asiatiques comme Taiwan, la Corée et Singapour, ont tous embrassé le libre-marché. Il n’y a pas de mystère à cet égard. L’Afrique a pris la mauvaise route après l’indépendance. En fait, c’est maintenant le temps de corriger la situation et de ne pas se laisser bercer par le sensationnalisme médiatique et le populisme.

L’auteur souligne finalement que des pays tels que l’Afrique du Sud et le Botswana, qui n’ont pas adopté un modèle basé sur l’aide internationale, ont bien mieux fait que les autres.

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  1. J’avais déjà entendu parler de ce livre à plusieurs reprises.
    Il a fait son petit effet parce qu’il va à contre-courant de la doxa distillée depuis des décennies sur l’Afrique, mais même si la thèse n’est pas fausse, on pourra quand même reprocher à l’ouvrage de faire l’impasse sur le biologique (QI et tutti quanti).
    http://chutefinale.wordpress.com/2010/04/08/il-ny-a-pas-de-malediction-africaine-nous-dit-lexpansion/
    http://en.wikipedia.org/wiki/IQ_and_Global_Inequality

    Cela dit, vu le niveau de diabolisation délirant qui entoure cet aspect, il est peut-être stratégiquement plus habile de le passer sous silence le temps de populariser le reste du diagnostic. ;)

  2. Madame Moyo a raison sur tous les points : l’aide est fatale pour les pays sous-développés.
    L’aide les conditionne à mendier, à l’autre bout de la chaine, les ONG ont intérêt à prouver leur utilité afin de perdurer. C’est le couple infernal.
    Aucun projet n’a jamais été pérenne, sinon sur le compte en banque des dirigeants corrompus et pour le bien-vivre des expatriés employés par l’ONG, villas et 4×4, un peu pour le personnel local employé directement au service de l’ONG (jardiniers, cuisiniers, femmes de ménage).
    Un véritable système de siphonnage du subventionnement public.
    Qui publie obstinément des études prouvant que les « pauvres sont de plus en plus pauvres » avec des statistiques complaisamment trafiquées ? Ceux qui y trouvent leur intérêt : les ONG et organismes de l’ONU.

  3. Il y a un très vieux proverbe arabe qui dit : « Au pauvre, tu donnes un poisson : il aura de quoi manger ce soir ; mais si tu lui apprends à pécher, il pourra manger toute sa vie… »

    Alors, continuons à faire mine de donner des poissons…

      1. On n’apprend pas à pêcher non plus.
        Les projets pisciculture capotent dès que les ONG ont le dos tourné. Les jeunes poissons sont aussitôt mangés et bassins d’alevinage deviennent des lavoirs qui évitent aux femmes d’aller à la rivière. C’est tout.
        On n’apprend même pas à pêcher. Venir démontrer sa supériorité, quelle que soit la forme d’aide, même apprendre à…, c’est empêcher d’avoir ses projets propres (se priver aujourd’hui pour avoir un mieux dans l’avenir).
        Les aides sont la forme ultime et perverse de la colonisation. Le blanc qui vient pour apprendre à pêcher : le sommet de la perversité.

  4. Je n’ai pas bien compris ce qui ressort de la responsabilité propre des peuples Africains dans ce gigantesque ratage. Citer le Président Wade me parait paradoxal, quand on connaît un peu le Sénégal s, son népotisme et sa corruption à tous les échelons. Quand à l’ a

  5. Je n’ai pas bien compris ce qui ressort de la responsabilité propre des peuples Africains dans ce gigantesque ratage. Citer le Président Wade me parait paradoxal, quand on connaît un peu le Sénégal , son népotisme et sa corruption à tous les échelons, la recherche éperdue de la D.Q. (dépense quotidienne) par un petit peuple dont plus de la moitié vit en-dessous du seuil de pauvreté, dont le gouvernement s’avère incapable de lui fournir l’électricité ( émeutes). Et le Sénégal de Wade affiche un Indice de développement humain en constante régression ( 166 ème, juste devant l’Erythrée…) Quand à l’ Afrique du Sud, elle a dégringolé de 25 échelons dans l’ ‘IDH depuis 1990 ( 129ème), un peu derrière le Botswana ( 125 ème), dont l’espérance de vie est de 37,5 ans grâce au VIH. Il est vrai que l’Inde est encore derrière… Je me permettrai de rappeler aussi la comparaison classique entre le Ghana et la Corée du Sud qui étaient à égalité en 1950. Vous pensez vraiment que c’est l’ Aide?

  6. La traduction « US$ 1 billion » est ambiguë, car elle mélange une formulation américaine et une formulation française. Or « billion » n’a pas du tout le même sens selon les langues.
    Sans doute s’agit-il d’un billion de dollars américains et pas d’un milliard.

  7. La corruption du système d’aide internationale a déjà été dénoncée depuis longtemps, par exemple par Graham Hancock. C’était en 1989, dans Lords of poverty. C’est assez amusant, j’ai trouvé ce livre, vendu librement dans les rues d’Addis-Abeba, en 2010.