DSK: l’omerta des médias sur ce que tous savaient

Publié Par Charles Gave, le dans Politique

Un libéral n’a strictement rien à dire sur ce genre d’affaire, qui relève soit du tribunal, soit de l’hôpital psychiatrique, et sans doute des deux à la fois.

Par contre un liberal DOIT s’interroger sur l’étrange et assourdissant silence des média qui semble avoir entouré les précédents débordements de cette personnalité (ou de certaines autres avant elle).

Ce qui est stupéfiant pour moi, ce ne sont pas les errements de tel ou tel, mais le trou noir informationnel qui entoure les faits et gestes des gens puissants dans notre pays.

Quoiqu’ils fassent, rien ne sort, jamais, si cela s’est passé, bien discrètement en France.

Si cela s’est passé en dehors de France, alors, nous avons le droit d’être informés, en général par la presse internationale – la presse française se rangeant violemment en formation de bataille pour défendre la personnalité française prise à commettre quelque forfait à l’extérieur, ces accusations ne pouvant être que le reflet d’esprits étroits et sectaires, dépourvus de l’incroyable finesse dont tous les français font évidemment preuve sans arrêt tant à l’étranger qu’en France !

Pourquoi ?

A mon avis une seule réponse : une loi passée en 1970, la loi dite de la protection de la vie privée, loi profondément liberticide et dont chacun peut constater les effets pervers tous les jours.

Quelle en était l’objet ?

L’idée était, comme toujours, cousue d’autant de bonnes intentions que de fil blanc : il fallait de toute urgence protéger les familles des hommes politiques contre les débordements des journalistes, et mettre à l’abri la vie privée de nos élites pour qu’elles puissent se consacrer pleinement au service de notre cher et vieux pays, en le regardant aux fonds des yeux.

Donc interdiction fut faite aux journalistes, et à quiconque d’ailleurs, de faire état de faits ayant trait à la vie privée de toutes ces personnes qui ont fait le don de leur personne a la France.

Et comme toujours, quand une loi liberticide est promulguée, les effets pervers de cette monstruosité ne furent pas longs à apparaitre.

Prenons un premier exemple.

Un Président a de notoriété publique une maitresse, alors qu’il est marié et père d’une nombreuse progéniture. Interdit d’en parler dit la LOI, cela relève de la vie privé. Fort bien. Cela parait raisonnable.

Le dit officiel loge sa maitresse dans un appartement qui appartient à l’État, sans que l’on puisse trouver trace d’un loyer payé par la bénéficiaire. Cela s’appelle de l’abus de bien public, et est passible de sanctions pénales. Pas un mot de nos journalistes…

La vie de tous les jours de la jeune maman et de son cher enfant sont couverts financièrement par la République, toujours bonne fille, sans que cela figure dans aucun budget. Il s’agit là de concussion et de faux en écriture publique. Ni le premier ministre, ni le ministre des finances, ni la Cour des comptes de l’époque ne trouvent rien à redire. Donc les journalistes non plus.

Cette heureuse maman est nommée au tour extérieur à un poste de haut fonctionnaire dans une grande institution étatique. En d’autres temps, on aurait appelé cela de la simonie. Le silence médiatique reste total.

Résumons la situation : abus de bien public, concussion, faux en écritures publiques, simonie, et bien sûr les journalistes n’ont rien dit, puisqu’ils en étaient empêchés par cette loi.

Voila qui honore la presse et le respect aigu qu’elle a de la loi et de la vie « privée » des hommes politiques.

Compte tenu des nombreux exemples que je peux citer de mémoire, je vais m’essayer à créer une petite typologie des actions de nos chers élus dans les relations qui les unissent avec leurs proches non officiels.

Un ministre, un président de conseil régional… a une maitresse. Fort bien. Celle-ci travaille dans la communication. Encore mieux, elle va pouvoir l’aider. Le ministère lance une grande campagne d’information payée par nos impôts pour célébrer son activité et celle de son ministère (sans que l’on comprenne très bien les raisons qui poussent le ministère en question à engager ces dépenses, pour un coût que d’aucuns estiment au double d’un coût normal…). Un peu douteux , mais qui suis-je pour juger ?

Cette campagne est confiée à l’agence de communication où travaille sa maitresse. Le hasard fait bien les choses.

Notre homme se présente à l’élection présidentielle (ou a besoin d’acheter des chaussures chez Bata), et la même agence se charge de sa campagne pour un coût équivalent, de l’avis général, à la moitié du coùt réel. Curieusement je ne suis pas surpris… En tant qu’homme d’affaires, je sais que parfois on gagne, parfois on perd… Et puis porter des Bata c’est chic quand on devient Président du Conseil constitutionnel quelques temps après, nommé par un autre Président qu’il faut dédouaner aussi, lui aussi poursuivi pour quelques factures inexpliquées, sans que la presse s’intéresse beaucoup à tout cela.

Cette loi permet en définitive de tourner toutes les autres lois sur le financement des partis politiques, des campagnes électorales, sur la transparence de la vie politique. Et vous voudriez qu’on la supprime ?

Mais le plus effrayant est que les journaux, en premier, et les journalistes, en second, ont été en fait les principales victimes de cette loi.

Comme les Français ne pouvaient avoir aucune confiance dans ce qu’ils lisaient dans les journaux tant le public savait que, dès qu’il s’agissait des puissants, le non-dit et le mensonge étaient de règle, eh bien le lecteur a disparu ; et il n’y a pas un seul journal qui ne soit aujourd’hui en perte en France.

Du coup l’État a donné l’ordre de racheter ces journaux, soit aux propriétaires de sociétés dépendant de la défense nationale, soit encore à des sociétés de travaux publics ne vivant elles aussi que grâce aux contrats étatiques. Ce qu’ils firent bien volontiers. Le grand silence des cimetières s’est depuis lors répandu sur la presse, entrecoupé par le son des clochettes agitées par Alain Duhamel, Bernard Attali, Alain Minc, BHL and Co qui servent religieusement à tous les offices.

Un service est mis en place entretemps à Matignon, chargé d’assurer l’indépendance et la diversité de la presse en France (traduction libre : d’acheter les récalcitrants et de maintenir les troupes en bon ordre).

Sont exclus assez rapidement tous les journalistes qui auraient un peu de caractère, et qui n’auraient pas compris qu’ils travaillaient pour la Pravda, et bien sûr « c’est comme ca que votre fille est devenue muette… », et que rien ne nous a été dit sur DSK alors que tout le monde était au courant depuis des années.

Conclusion : que faire quand les libéraux seront au pouvoir (ce qui ne saurait tarder, comme chacun peut le voir au vu du succès grandissant que rencontrent leurs idées) : retourner encore et toujours à la liberté, et supprimer toutes ces lois liberticides ; faire passer un amendement constitutionnel, comme aux USA, interdisant TOUTE entrave à la liberté d’information, et doubler les peines en rajoutant des peines de prison en cas de calomnies. La presse renaîtrait, ainsi que la vie politique… On peut toujours rêver !

Article repris du site de l’Institut Turgot, avec l’aimable autorisation d’Henri Lepage

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  1. Premièrement, que la loi protège la vie privée me parait sain et normal. On peut être chaud lapin et bon politique (on peut aussi être coureur et mauvais politique, ça se voit souvent…). Et tout ceci ne nous regarde pas.
    Deuxièmement, rien n’empêche légalement qu’un journaliste fasse son travail, pour dénoncer un débordement de la vie privée sur la sphère publique. Par exemple quand un de nos anciens ministres des affaires étrangères (socialiste) couchait avec la fille du patron des services secrets et ministre de la défense syrien… A l’époque personne n’avait rien dit. Le problème est effectivement que les journalistes ne font pas leur travail. L’affaire DSK, espérons-le changera les choses.

  2. Bon article.

    Si tous savaient, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas savoir.

    Pourquoi alors a t-il nommé DSK au FMI !?

    Pour en faire le candidat naturel du PS en 2012 et le discréditer facilement lors de la campagne électorale ?

    Non, ça ne peut pas être ça.

    République irréprochable, tout ça…

    Nicolas Sarkozy doit seulement être un incompétent doublé d’un imbécile.