L’école autrichienne, la dynamique de l’économie

Ludwig von Mises, une des figures de l'école autrichienne

L’école autrichienne d’économie adopte le point de vue de l’individualisme méthodologique. Inspirons-nous de L’Action Humaine de Mises pour comprendre son fonctionnement de base.

La maximisation du profit

L’école autrichienne appelle la science économique la catallactique, car elle traite de l’échange.

Il n’y a jamais eu de doutes ni d’incertitudes quant au domaine de la science économique. Depuis le moment où les gens ont souhaité une étude systématique de l’économie ou économie politique, tous ont été d’accord que la mission de cette branche du savoir est d’étudier les phénomènes de marché ; c’est-à-dire, la détermination des taux d’échange mutuels des biens et services négociés sur les marchés, leur source dans l’agir de l’homme et leurs répercussions sur ses actions ultérieures.

La méthode spécifique de l’économie est la méthode des modèles imaginaires. C’est la nature de l’économie qui l’impose. Elle ne peut pas être fondée sur des expériences de laboratoires, comme les sciences naturelles. Elle ne peut pas être fondée par l’observation de régularités visibles, comme la course des astres pour l’astronomie. Il a fallu une méthode différente, qui est celle des constructions imaginaires.

Un modèle théorique est l’image conceptuelle d’une suite d’événements logiquement tirée des éléments d’action qui y sont inclus. C’est un résultat déductif, dérivé ultimement de la catégorie fondamentale de l’agir, qui est l’acte de préférer et écarter. (…) Leur rôle est de servir l’homme dans un examen qui ne peut s’en rapporter à ses sens. En confrontant les modèles théoriques avec la réalité nous ne pouvons nous demander s’ils correspondent à l’expérience et dépeignent correctement les données empiriques.

Il s’agit donc, en quelque sorte, d’isoler le comportement économique d’un individu. D’étudier ce comportement. D’en tirer toutes les conséquences logiques.

Or, dans l’échange, en matière économique, l’individu cherche à maximiser son profit. Il échange quelque chose pour en tirer le meilleur prix. C’est la logique économique. Notons également que celui qui achète en donne ce prix car il estime que le produit en vaut la peine pour lui même. C’est un échange gagnant-gagnant.

La praxéologie

Mais le comportement d’un individu n’est pas qu’économique. C’est pourquoi l’école autrichienne considère que l’économie fait partie d’une discipline plus vaste, qui est celle qui étudie l’agir humain, et que l’on nomme la praxéologie.

L’être humain agit. C’est un axiome. Le simple fait de le dire, de l’écrire, de le penser, est une action. L’individu agit car il effectue consciemment et volontairement des actions qu’il veut réaliser. L’économie, ce sont des actions d’individus. L’économie fait donc partie de la praxéologie.

Toutes les actions ne sont pas, loin de là, des actions économiques. Et sous l’apparence économique peut se cacher d’autres motifs. Par exemple, aider un ami dans le besoin.

L’homme qui agit est une unité. L’homme d’affaires qui possède seul sa firme efface parfois la frontière entre les affaires et la charité. S’il souhaite aider un ami dans le besoin, le tact peut lui suggérer un procédé qui évitera à ce dernier la gêne de vivre de charités. Il donne à l’ami un emploi dans son bureau bien qu’il n’ait pas besoin de son aide ou qu’il puisse embaucher quelqu’un d’équivalent pour un salaire moindre. Alors le salaire convenu apparaît, dans la forme, comme une partie des dépenses de l’affaire. En fait il est la dépense d’une fraction du revenu de l’entrepreneur. D’un point de vue strict, c’est une consommation et non une dépense destinée à augmenter les profits de la firme.

La science économique est comme la physique : elle ne préconise rien. Elle décrit des phénomènes, point. En économie, chacun maximise les termes de l’échange. Mais l’économie fait partie de la praxéologie. L’agir humain. Et les actions humaines obéissent à différentes raisons.

L’individualisme

L’école autrichienne a adopté la méthode de l’individualisme méthodologique. Comme l’économie néoclassique. Et contrairement à la macroéconomie contemporaine, qui s’intéresse aux agrégats mathématiques, et non aux individus. Mais qu’est ce que c’est l’individualisme méthodologique ?

La praxéologie s’occupe des actions d’hommes en tant qu’individus. C’est seulement dans le cours ultérieur de ses investigations que la connaissance de la coopération humaine est atteinte, et que l’action en société est traitée comme un genre spécial de la catégorie plus universelle de l’agir humain comme tel.

La praxéologie conçoit que l’individu est soumis à diverses influences. Ses décisions dépendent de sa vie, de ses fréquentations, de son éducation. Mais là n’est pas son objet. Elle se préoccupe de l’agir humain. Pas des causes finales. Comme la physique ne recherche pas les causes de la pesanteur.

Les actions des individus peuvent être inspirées par des groupes. Elles peuvent s’inscrire dans un groupe. Mais même une action de groupe est composée des actions des individus qui constituent le groupe. Sans compter qu’un individu peut faire partie de plusieurs groupes.

Tout d’abord nous devons prendre acte du fait que toute action est accomplie par des individus. Une collectivité agit toujours par l’intermédiaire d’un ou plusieurs individus dont les actes sont rapportés à la collectivité comme à leur source secondaire. C’est la signification que les individus agissants, et tous ceux qui sont touchés par leur action, attribuent à cette action, qui en détermine le caractère. C’est la signification qui fait que telle action est celle d’un individu, et telle autre action celle de l’État ou de la municipalité. Le bourreau, et non l’État, exécute un criminel. C’est le sens attaché à l’acte, par ceux qui y sont impliqués, qui discerne dans l’action du bourreau l’action de l’État. Un groupe d’hommes armés occupe un endroit. C’est l’interprétation des intéressés qui impute cette occupation non pas aux officiers et soldats sur place, mais à leur nation. Si nous examinons la signification des diverses actions accomplies par des individus, nous devons nécessairement apprendre tout des actions de l’ensemble collectif. Car une collectivité n’a pas d’existence et de réalité, autres que les actions des individus membres. La vie d’une collectivité est vécue dans les agissements des individus qui constituent son corps. Il n’existe pas de collectif social concevable, qui ne soit opérant à travers les actions de quelque individu. La réalité d’une entité sociale consiste dans le fait qu’elle dirige et autorise des actions déterminées de la part d’individus. Ainsi la route pour connaître les ensembles collectifs passe par l’analyse des actions des individus.

L’individualisme méthodologique n’est pas une préconisation. C’est une méthode d’analyse. Il s’agit de remonter au plus petit élément analysable, comme la physique qui décompose les éléments. C’est l’individu qui agit, même dans un groupe. D’ailleurs, un individu peut appartenir à plusieurs groupes. Par conséquent, l’analyse ne peut se faire qu’à travers l’individu.

C’est parce que l’économie est composée de l’action des individus, et que c’est donc une science sociale, que l’individualisme méthodologique s’impose. Contrairement à la plupart des écoles d’économie qui pratiquent ce qu’on appelle la macroéconomie. L’économie est appréhendée à travers des agrégats monétaires : PIB, consommation, investissement, etc.

L’économie est donc un domaine qui fait partie de la praxéologie, science de l’agir humain. Car l’individu a un comportement économique. Mais l’individu agit aussi hors économie. La catallactique isole le comportement économique de l’individu. L’individu cherche à maximiser les termes de l’échange. Mais l’individu agit aussi pour d’autres raisons, et un comportement peut être difficile à faire entrer dans une catégorie. Et la méthode de la praxéologie ne peut être que l’individualisme méthodologique car c’est l’individu qui agit.

Les citations sont extraites de L’Action Humaine, de Ludwig von Mises, traduction de Raoul Audouin.

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