Décentraliser pour s’émanciper de la politique

Mieux vaut davantage de compétences au pouvoir politique s’exerçant localement qu’à celui s’exerçant régionalement, et mieux vaut davantage de compétences au pouvoir politique s’exerçant régionalement qu’à celui s’exerçant nationalement.

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Décentraliser pour s’émanciper de la politique

Publié le 3 octobre 2017
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Par Adrien Faure.

Le pouvoir politique existe dès le moment où un groupe d’individus décide de réglementer l’usage de la force (de l’agression) de ses propres membres ou d’individus extérieurs au groupe, en attribuant à certains un monopole légal sur l’usage de la force, c’est-à-dire en définissant qui a le droit d’user de la force contre qui, et en quelles circonstances.

Que ce groupe souhaite ainsi mettre en place au sein de ses membres des relations harmonieuses (contrat social) ou assurer sa domination sur d’autres individus (aristocratie, monarchie, dictature) importe peu, en agissant ainsi il institue un pouvoir politique.

Bien entendu, cette explication est conceptuelle et non historique, elle permet de saisir ce qu’on entend conceptuellement par pouvoir politique et ne prétend pas en resituer la gestation historique.

L’existence du pouvoir politique soulève une question : faut-il que ce pouvoir soit centralisé ou décentralisé ? À cette question, la philosophie libérale apporte, à travers les mots de Milton Friedman, la réponse suivante : « The preservation of freedom is the protective reason for limiting and decentralizing governmental power1. »

Par souci de préserver la liberté, la philosophie libérale affirme donc la nécessité de la décentralisation du pouvoir politique. Dans cet essai, je défendrai la décentralisation du pouvoir politique à l’intérieur d’un État ainsi qu’à l’échelle du monde.

Décentraliser le pouvoir politique à l’échelle d’un Etat

Milton Friedman affirme que : « Government power must be dispersed. If government is to exercise power, better in the country than in the state, better in the state than in Washington2. » Il veut dire par là qu’à l’intérieur d’un État, il convient de donner le plus de compétences possibles à l’échelon le plus bas de l’État, à la strate du pouvoir politique la plus proche possible de la population.

Autrement dit, mieux vaut davantage de compétences au pouvoir politique s’exerçant localement qu’à celui s’exerçant régionalement, et mieux vaut davantage de compétences au pouvoir politique s’exerçant régionalement qu’à celui s’exerçant nationalement.

En effet, plus le pouvoir politique s’exerce sur une population qui lui est proche, plus il est facile pour ses habitants de contrôler les décisions et les actions du pouvoir politique et de limiter ses abus et ses excès.

Les représentants du pouvoir politique et ses exécutants sont aussi plus proches de la population, partageant davantage de leurs habitudes de vie, et sont ainsi moins disposés à agir contre la population.

En outre, le pouvoir politique est plus à même de savoir ce que souhaite la population et de répondre à ses attentes s’il est proche d’elle que s’il est éloigné. Pour ces diverses raisons, le gouvernement libéral idéal est donc un gouvernement de proximité.

Décentraliser le pouvoir politique à l’échelle du monde

Le philosophe libéral Murray Rothbard affirme que “decentralization is itself a good. (…) the more states the world is fragmented into, the less power any one state can build up, whether over its own hapless subjects or over foreign peoples in making war3.” Autrement dit, il convient selon lui de fragmenter le pouvoir politique en le plus grand nombre possible d’entités politiques.

Ce qui implique dans l’idéal (1) que ces entités politiques devraient être les plus petites possibles et (2) que le degré de concurrence entre elles devrait être le plus élevé possible. Je vais à présent revenir sur ces deux points.

Small is beautiful

La première vertu de la petitesse d’un État c’est qu’il ne peut qu’être pacifique et ce pour deux raisons. Premièrement, plus un État est de petite taille, moins il dispose de ressources, car moins il dispose d’habitants qu’il peut ponctionner. Or, moins un État a de ressources, moins il a de chances d’être en mesure de conduire une guerre et d’envahir un autre État.

Deuxièmement, moins un État est grand, moins sa population est capable de produire tout ce qu’elle souhaite consommer, c’est-à-dire moins elle est économiquement indépendante.

En effet, moins une population est économiquement indépendante, plus elle doit commercer, c’est-à-dire échanger une partie de sa production contre la production d’autres populations.

C’est pourquoi, plus une population est économiquement dépendante des autres populations, moins elle a d’intérêt de leur faire la guerre, car alors elle ne pourrait plus combler ses besoins économiques par des importations.

La seconde vertu de la petitesse d’un État c’est qu’il est épistémiquement plus vertueux qu’un grand État. En effet, plus un État est petit, plus il est capable d’agir en accord avec les souhaits de sa population, car un État plus petit a un meilleur accès aux désirs et aux préférences des habitants vivant sur son territoire.

Les vertus de la concurrence entre États

L’existence d’une pluralité d’États en concurrence a des conséquences positives pour les individus. En effet, la possibilité pour eux de quitter un État pour aller s’établir dans un autre crée une incitation pour les États à adopter des politiques publiques attractives, que ce soit en termes de fiscalité, de réglementations, d’aménagement du territoire, etc.

La concurrence est le mécanisme qui contraint les États à s’améliorer, c’est-à-dire à améliorer le cadre institutionnel qu’ils proposent à leurs habitants. Ainsi, chaque amélioration du cadre institutionnel par un État incite les autres États soit à l’adopter eux-aussi, soit à imaginer ou à développer d’autres arrangements institutionnels aux conséquences au moins aussi positives pour ne pas perdre leurs habitants.

Les États se retrouvent donc dans la position de producteurs d’arrangements institutionnels (de cadres légaux) et les individus dans celle de consommateurs cherchant à vivre dans le cadre institutionnel qui répond le mieux à leurs préférences personnelles.

Symétriquement, un État en concurrence avec d’autres se trouve fortement réduit dans sa capacité à imposer des politiques publiques non souhaitées par ses habitants. L’historien Joel Mokyr illustre cette thèse en expliquant que c’est la fragmentation de l’Europe en un grand nombre d’États en concurrence qui a permis l’avènement de la Révolution Industrielle en permettant l’émergence d’idées nouvelles remettant en question la doxa.

Il explique que « when somebody says something very novel and radical, if the government decides they are heretic and threatens to prosecute them, they pack their suitcase and go across the border4. » La concurrence entre États est donc le mécanisme qui permet aux innovations d’émerger en empêchant les États de les réprimer.

En ce sens, Sheldon Richman explique que c’est cette fragmentation politique de l’Europe qui a permis non seulement la transformation économique de l’Europe par la Révolution Industrielle, mais aussi  le renversement de l’Ancien Régime et de l’inégalité en droits. Il affirme ainsi : « The key was decentralization. Without it the liberal revolution could not have occurred5. »

Conclusion

À travers cet essai, j’ai essayé de montrer les bienfaits de la décentralisation du pouvoir politique, que ce soit à l’intérieur d’un État, ou à l’échelle du monde.

Pour conclure, je souhaiterais à présent mettre en évidence quelle est la conséquence ultime de la décentralisation du pouvoir politique lorsque cette décentralisation est poussée dans toute sa logique et dans toute sa cohérence en citant encore une fois le philosophe Murray Rothbard : “If one part of a country is allowed to secede, and this principle is established, then a sub-part of that must be allowed to secede, and a sub-part of that, breaking the government into ever smaller and less powerful fragments… until at last the principle is established that the individual may secede – and then we will have true freedom at last6.”

Comme on peut le voir, la conséquence ultime de la décentralisation totale du pouvoir politique correspond à sa dissolution complète et finale. Une conséquence utopique qui a néanmoins le mérite de mettre en évidence le caractère subversif de la décentralisation du pouvoir politique, mécanisme libérateur à même de briser les centres de pouvoir et de remettre au centre du monde l’individu.

 

  1.  Friedman Milton, Capitalism and freedom, The University of Chicago Press, Chicago, (published first in 1962) 1982, p. 11.
  2.  Idem.
  3. Rothbard Murray, The principle of secession, Mises Institute, https://mises.org/library/never-dull-moment/html/c/473, (published first in 1967) 2016.
  4.  Mokyr Joel, Why the industrial revolution didn’t happen in China, The Washington Post, https://www.washingtonpost.com/news/wonk/wp/2016/10/28/why-the-industrial-revolution-didnt-happen-in-china/, October 28 2016.
  5. Richman Sheldon, Brexit: which kind of dependence now?,  https://c4ss.org/content/45499, Center for a Stateless Society, 29 June 2016.
  6. Quoted in Raimondo Justin, An enemy of the State: the life of Murray Rothbard, Prometheus Books, 2000, p.165.
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  • c’est un cercle vicieux l’état veux tout diriger ..la preuve il ne respecte pas ses engagements..
    pour faire croire qu’il diminue ses dépenses publique ..il les transfère aux régions. …
    demerdez vous….

  • Tout cela somme bien et un peu théorique, comme un essai d’étudiant brillant. La réalité est un peu plus complexe. On le voit au travers de l’échec de la décentralisation à la française, qui n’a servi qu’à créer des baronnies locales dépensières, clientélistes et népotiques, sans réel bénéfice pour les populations concernées. Ce qui compte dans une nation, centralisée ou pas, c’est la culture politique et économique de sa population et de ses dirigeants. Un état très centralisé mais limité à ses fonctions régaliennes pourrait s’avérer parfaitement efficace grâce à des économies d’échelle significatives.

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