Ne dites plus : « C’est l’automne ! »

C’est l’automne ! Mais il existe des façons plus poétiques et moins triviales de le dire…

Par Gabrielle Dubois.

Samedi 23 septembre, je ne veux pas vous entendre dire tout simplement : Aujourd’hui, c’est l’automne !

D’abord parce que chacun le sait, mais surtout, parce qu’il y a tant de belles façons de le vivre en France et de le dire en français…

L’automne rural

Le citadin, bien souvent, n’aime pas l’automne. Le piéton est éclaboussé par les voitures, l’usager des transports en commun suffoque dans l’air confiné et vicié du bus, l’heureux propriétaire d’une voiture ne sait plus où la garer parce que tout le monde a pris la sienne pour ne pas se mouiller.

George Sand l’avait bien compris : une seule solution pour passer un bel automne : habiter à la campagne :

« C’est au coin du feu que la nature nous convie en automne à la vie de famille, et c’est aussi en pleine campagne que les rares beaux jours de cette saison peuvent se faire sentir et goûter.

Aux champs, un rayon de soleil ou quelques heures de vent rendent l’air sain et la terre propre. La vie factice et absurde de nos riches parisiens s’épuise à lutter contre la nature. On s’imagine à Paris que la nature est morte pendant six mois, et pourtant les blés poussent dès l’automne… »

L’automne haut en couleurs

Pour le premier jour de l’automne, retenez ces quatre vers de Théodore de Banville, et au premier collègue qui dira : Aujourd’hui, c’est l’automne ! répondez :

« Sois le bienvenu, rouge Automne,

Accours dans ton riche appareil,

Embrasse le coteau vermeil

Que la vigne pare et festonne… »

Voilà qui aura plus de gueule, non ?

Et si l’on vous traite de poète du vendredi, ne vous laissez pas intimider et ajoutez quelques vers de Victor Hugo :

 

« … Où va ce vent d’automne au souffle desséché

Qui passe en emportant sur son aile inquiète

Et les feuilles de l’arbre et les vers du poète… »

L’automne, ça déménage !

Mais redescendons un peu de nos hauteurs poétiques vers les chaussées de nos grandes villes avec Delphine de Girardin qui, à l’automne 1836, rapportait le chassé-croisé des déménagements parisiens, petite pépite trouvée dans Départs d’auteurs :

« Les grands événements de la semaine parisienne sont les déménagements. C’est un immense chassé-croisé. On ne peut faire un pas sans être arrêté par une voiture de déménagement. Vous tournez une rue… et vous vous trouvez nez à nez avec un buste de grand homme qui marche à reculons. Le croira-t-on ? hier nous avons surpris un innocent jeune homme rajustant sa cravate devant une grande et belle glace qui marchait à pas mesurés devant lui. Les commissionnaires doivent être bien fatigués ce mois-ci : le mois d’octobre est un bon mois pour eux. »

L’automne poétique

Vous voulez parler de l’automne avec votre moitié, et souhaitez que la saison la fera se pâmer ? essayez quelques vers de Baudelaire…

 

« Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose !

Mais la tristesse en moi monte comme la mer,

Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose

Le souvenir cuisant de son limon amer… »

… ou de Théophile Gautier son maître : avec son vers octosyllabique qui lui est si cher, même La dernière feuille de l’automne devient un diamant :

« Il ne reste plus dans mon âme

Qu’un seul amour pour y chanter,

Mais le vent d’automne qui brame

Ne permet pas de l’écouter... »

Automne et philosophie

Et pourquoi au lieu d’en parler, comme la Comtesse de Noailles dans Exactitudes, n’écoutions-nous pas le silence de l’automne et n’essaierions-nous pas d’en comprendre la philosophie ?

« La nature, ayant l’expérience de son éternité, accueille sans révolte ses passagers repos. La paix tombe des cieux, s’avance de toute part, molle banquise des airs, et bâtit autour des mondes d’Occident sa calme forteresse.

Que tout est calme, désarmé.

Automne, vous qui absorbez pour émettre, connaîtrai-je un jour votre dénuement noblement accepté, et ce mystique espoir en la vie éternelle par quoi vous possédez la quiétude harmonieuse et la sérénité ? »

L’automne à toute vitesse

Mais si vous n’avez pas de mémoire, n’êtes ni poète ni philosophe, faites comme Alexandre Dumas qui lui en avait, de la mémoire ! et sautez allègrement d’une saison à l’autre. Après tout, chacun de nous connaît leur rythme et leurs couleurs !

Extrait des Mohicans de Paris :

« La fenêtre (…) s’ouvrait sur un beau jardin plein de fleurs au printemps, de fruits à l’automne, et de soleil l’été. »