Hollande l’Africain, de Christophe Boisbouvier

Hollande a-t-il respecté son 58ème engagement, à savoir mettre fin à la Françafrique ?

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Hollande l’Africain, de Christophe Boisbouvier

Publié le 23 décembre 2015
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Par Noël Kodia.
Un article de Libre Afrique

En octobre 2015, le journaliste Boisbouvier publie aux éditions La Découverte Hollande l’Africain, portrait du président français qui semble définir une nouvelle réalité de la Françafrique dont il voulait se débarrasser quand on se réfère au 58ème engagement de sa campagne électorale. Hollande et l’Afrique de 1954 à nos jours, est le sujet que nous décrit l’auteur.

La jeunesse politique de Hollande

Christophe Boisbouvier Hollande l'AfricainD’après Boisbouvier, Hollande va pour la première fois en Afrique à l’occasion de son stage dans Algérie de Boumédienne, et où il ne cache pas ses penchants pour l’union de la gauche. Son premier voyage en Afrique noire se situe à Mogadiscio fin 1979, en tant qu’étudiant de l’ENA. Jusqu’en 2002, il n’effectuera aucun déplacement au sud du Sahara. Son rapport avec l’Afrique commence alors qu’il est au service de Mitterrand dès 1981. Celui-ci, se montrant tiers-mondiste, développe une amitié franco-africaine sur fond de relations coupables avec les despotes africains finançant illégalement certains partis politiques. Devenu Premier secrétaire du PS, Hollande évite de se compromettre dans les « salissantes affaires africaines » ; Guy Labertit, responsable Afrique du PS déclarait : « En Afrique il n y a que des coups à prendre » (p.69). Alors que Lionel Jospin est devenu Premier ministre pendant la période de cohabitation, Hollande fait la connaissance de moult camarades africains en novembre 1997 à Brest. Son premier dossier africain, celui de la Côte d’Ivoire, s’avère explosif. Avant la contradiction électorale qui oppose Ouattara à Gbagbo, il déclare son soutien pour ce dernier alors que l’UA voulait la reprise de l’élection. Marqué en 2002 par la défaite de Jospin à la présidentielle, il ne souhaite pas intervenir dans la politique françafricaine de Chirac, sinon la découvrir : « Il est vrai que Chirac a souvent plaisanté en privé en disant : « En Afrique, il faut bien que les dictateurs gagnent les élections, sinon ils n’en feront  plus» » (p.89). Embarrassé par l’attitude rétrograde de Gbagbo (insurrection violemment mâtée des pro-Ouattara et disparition du journaliste André Kiefer), Hollande rompt avec ce dernier en octobre 2004.

L’image de l’Afrique revient dans le débat chez Hollande quand il ironise sur la politique africaine de Sarkozy, à la suite de son discours de Dakar en juillet 2007. Pour Boisbouvier, Hollande, probable candidat à la présidentielle, s’avère plutôt chauvin. Pour lui, la politique étrangère n’est pas déterminante pour une élection. Contre toute attente, les mésaventures de Dominique Strauss Kahn aux USA lui ouvrent la porte de la candidature présidentielle pour 2012. La politique étrangère sera de la partie.

Quand Hollande tente de soigner son image d’Africaniste

Lorsque Hollande remporte les primaires d’octobre 2011, Boisbouvier nous rappelle son premier geste : il va déposer une gerbe de fleurs au pont de Clichy en mémoire des Algériens jetés dans la Seine en 1961. Il s’entoure d’anciens africanistes de Mitterrand comme le Franco-togolais Koffi Yamgname pour masquer sa méconnaissance des affaires africaines. N’ayant rencontré aucun despote africain avant 2012, Hollande n’a pas de passé françafricain. Il se montre différent des autres dans le 58è engagement de sa campagne : « Je romprai avec la Françafrique en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité » (p.145). Boisbouvier se demande comment, dans cette nébuleuse vieille de plusieurs décennies, Hollande compte-t-il marquer le changement dans cet affairisme et ces réseaux occultes. Et c’est avec joie que les Africains saluent sa victoire à la présidentielle de mai 2012. Ils vont observer ses premiers faits et gestes.

Des promesses à la realpolitik

Est nommée au poste des affaires africaines, Hélène Le Gal qui n’a pas de passé trouble en Afrique : aucun lien particulier avec les despotes. À ces côtés à l’Élysée, Thomas Mélonio, le monsieur Afrique du PS qui voudrait s’attaquer à la Françafrique : faudrait-il continuer à financer d’importantes bases militaires et donner une vraie indépendance monétaire aux zones franc CFA ? Son ministre délégué au développement, Pascal Canfin, opte plutôt pour la transparence des industries extractives (pétrole, gaz, uranium…). Mais comment traduire la rupture ? Au 14ème Sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie à Kinshasa, Hollande invective les dictateurs qui veulent s’éterniser au pouvoir en tripatouillant leur Constitution. Pour lui, « les valeurs démocratiques devraient être au-dessus des intérêts nationaux ». Mais cet élan démocratique va s’estomper à partir de mai 2012 avec la guerre contre les Djihadistes au Mali, et quelques temps après quand Bozizé est chassé par les Séléka. Paris ne réprimande plus Ndjamena au sujet de la démocratie, Deby devenant incontournable dans cette guerre du Mali et dans la lutte contre le djihadisme en Afrique centrale.

Revient alors le règne de la realpolitik : Hollande est obligé de revoir son 58ème engagement. Il y a eu, à partir de 2000, d’autres puissances émergentes, la Chine en tête, qui investissent massivement en Afrique. Hollande se lance alors dans la diplomatie économique : « (…) en dix ans, la France a perdu [en Afrique] la moitié de ses parts de marché (…) au profit des pays émergents (Chine, inde, Brésil, etc. » (p.261). Et son discours vis-à-vis des Africains change de ton pour sauvegarder les intérêts nationaux. Les despotes ne sont plus considérés de la même façon avec sa théorie du « verre à moitié plein et à moitié vide ». D’une part, on réprimande certains présidents qui veulent se maintenir au pouvoir en changeant de Constitution (les deux Congo, le Burundi et le Rwanda) et d’autre part, on accepte d’autres (Togo, Gabon, Cameroun). Comme en politique, les réseaux présidents-à-vie sont importants, l’auteur rappelle ces mots pertinents de Robert Bourgi : « En politique, on ne peut pas aller loin sans réseaux […]. Avec la Françafrique, on faisait gagner des marchés aux entreprises françaises » (p.299).

Hollande a-t-il respecté son 58ème engagement ? Pas du tout, dans la mesure où la Françafrique continue de s’imposer sur le continent, militairement par des interventions dans les zones à richesses naturelles (Mali, Niger, RCA, etc.) et économiquement via le franc CFA toujours garanti par le Trésor français. Depuis De Gaulle à Hollande en passant par Mitterrand, Chirac, Sarkozy, pour ne citer que ces noms, la politique françafricaine n’a pas changé en dehors des présidents qui se sont succédés à la tête de la France.

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