Marchés chinois : dopés à la dette

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Marchés chinois : dopés à la dette

Publié le 3 juillet 2015
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Par Guillaume Nicoulaud.

imgscan contrepoints 122 Chine MaoDu 21 novembre 2014 au 12 juin 2015, soit en un peu moins de sept mois, les indices composites des bourses de Shanghai et de Shenzhen ont plus que doublé (+108% et +131% respectivement). Pourquoi le 21 novembre 2014 ? Parce que c’est la date à laquelle la Banque Populaire de Chine (PBoC) a commencé à réduire son principal taux directeur : de 6% depuis juillet 2012, le taux de base des crédits à 1 an a été ramené à 5.6% en novembre 2014 puis à 5.35% en février et 5.1% en mai.

Cette baisse des taux s’est accompagnée d’une explosion spectaculaire des comptes sur marge — des comptes-titres qui permettent aux investisseurs d’emprunter à leurs courtiers une partie de l’argent qu’ils investissent. Depuis le 21 novembre 2014, les montants empruntés ont été multipliés par 3 pour atteindre 2.3 trillions de yuans à la mi-juin ; on estime aujourd’hui qu’environ 8.5% du flottant 1 des actions cotées à Shanghai ou à Shenzhen a été acheté à crédit ; c’est une record mondial : à titre de comparaison, aux États-Unis, c’est moins de 3%.

Les effets de la politique monétaire de la PBoC sont encore plus visibles lorsque l’on compare les titres des sociétés chinoises cotés à la fois sur le continent (classes A) et à Hong Kong (classes H). Début novembre 2014, les classes A et H traitaient à peu près à parité 2 mais, dès le mouvement de la PBoC, les actions de classe A se sont envolées et valent désormais entre 20 et 40% de plus que leurs homologues de classe H 3.

Le 12 juin 2015, le gendarme de la bourse chinoise a fait mine de freiner l’explosion des comptes sur marge, la réaction du marché a été sans équivoque : les indices de Shanghai et de Shenzhen se sont retournés violemment — au 30 juin, ils cédaient 17.2% et 21.5% respectivement 4. Très clairement et sans aucun doute possible, les capitalisations boursières de Shanghai et de Shenzhen ne tiennent plus qu’à coup de crédits et cette situation découle directement de la politique monétaire de la PBoC.

Maintenant, considérez la réaction de la banque populaire en question : le 27 juin, elle a réduit son taux directeur à 4.85% tout en abaissant le taux de réserves obligatoires qu’elle impose aux banques commerciales. L’économie chinoise ralentit et elle est surendettée — en particulier les gouvernements locaux et les entreprises publiques — et le moyen qu’ont trouvé les autorités pour trouver un peu d’argent frais c’est d’inciter les chinois à acheter des actions. Très clairement, Pékin veut un « bull market » mais un « slow bull market » bien contrôlé.

Bottom line : appelez ça une bulle si vous voulez mais il clair que les marchés chinois sont dopés à la dette et que cet état de fait est une conséquence directe de la politique monétaire dans un pays où l’indépendance de la banque centrale ne relève même pas du conte pour enfants. En baissant ses taux, la PBoC — pour ne pas dire Pékin — a mécaniquement poussé les épargnants chinois vers des produits plus risqués 5 et créé une incitation à l’endettement qui, avec les encouragements des pouvoirs publics, se déverse sur les marchés d’actions. Bref, c’est un nouveau cas d’école de la Théorie Autrichienne du Cycle (ABCT) — Une fois de plus, Mises avait raison.

Sur le web

  1. La part des titres qui ne sont pas détenus par un investisseur stratégique — c’est-à-dire l’État.
  2. Les deux marchés anticipant l’ouverture du Shanghai-Hong Kong Stock Connect, le premier canal qui permet à des investisseurs internationaux d’acheter des classes A et, bien que dans une moindre mesure, aux investisseurs chinois d’accéder au marché de Hong Kong.
  3. La loi du prix unique (LOP) ne s’applique pas dans la mesure où (i) les classes A et H ne sont pas convertibles entre elles et (ii) il est très difficile de vendre à découvert des actions de classe A (pas de possibilité d’arbitrage). Néanmoins, avec le lancement de SH-HK Stock Connect (voir note précédente), le spread entre les deux classes aurait dû se contracter.
  4. Déjà, le 19 janvier 2015, quand Pékin avait voulu s’attaquer au problème, le Shanghai Composite avait baissé de 7.7% en une séance.
  5. Vous entendrez parler, très bientôt, des Wealth Management Products qui se vendent comme des petits pains ces derniers temps.
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  • Et vous n’avez encore rien vu.

    Pékin pratique les « stealth QE », bailout, sauvetages honteux, magouilles, manip de la monnaie… depuis longtemps.

    Ce petit -25 % va tout simplement les convaincre d’accélérer la mise en place d’une « plunge protection team », comme les Américains l’ont fait depuis bien longtemps. Aucune bourse moderne ne peut fonctionner sans sa « team ». 😉

    Les bourses ne « chuteront » plus.

    Non, ce qui donne vraiment le vertige, c’est la dette… des provinces. Ces dernières sont prises d’une frénésie d’émission de papiers.

    Regardez les prévisions sur ce graphique :
    http://www.zerohedge.com/news/2015-06-29/insane-debt-chart-explains-why-chinese-qe-inevitable

    ZeroHedge en conclut qu’un QE massif est inévitable pour absorber ces folles quantités de dettes.

  • Logique. Idiot, mais logique dans le dogme mercantiliste-keynesien dominant
    Celui-ci dit qu’une baisse de la monnaie contribue à la croissance et à « l’amélioration » de la balance commerciale (qui, selon le dogme, est d’autant meilleure qu’elle est plus positive).
    Les USA ont ouvert le feu, l’Europe a suivi, la Chine s’y met aussi.
    La grande braderie monétaire est ouverte. C’est le peuple qui paie, alors pourquoi se priver ?

  • -35% en quelques jours , en myenne,sur les titres à la bourse de Shaghaï;

    Ils détiennent la dette Américaine.

    Décidement l’été 2008 nous avait donné les subprimes et l’été 2015 on attendait la sortie de la Grèce..ce sera , peut-être, la ré-évaluation de la monnaie Chinoise de +25% ou beaucoup plus.

    Du coup depuis quelques jours OBAMA , c’est bizzare !, dit que le dollars est sur-évalué de 25% (serait-ce pour absorber la dévaluation du YUAN ?)

    Aussi ce ne servirait à rien que le Yuan soit ré-évalué.

  • La Chine déraille, ou le gros wagon qui s’était pris pour une locomotive
    http://www.historionomie.com/archives/2015/07/03/32308551.html

  • Le plus comique dans la chute de la bourse chinoise, ce sont les autorités qui ont, paraît-il, initié une enquête pour débusquer les vilains méchants spéculateurs. A ce stade, ce n’est plus de la bêtise, mais de la connerie crasse en strates épaisses. Pas de doute, les dirigeants chinois sont bel et bien des clowns socialoïdes. Si jamais leur enquête aboutissait, ils devraient s’arrêter eux-mêmes.

    Et quand on comprend qu’on a quasiment les mêmes à la maison (Fed, BCE, BoE, BoJ…), on devine sans mal ce qui va finir par arriver aux marchés occidentaux.

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