Bitcoin : l’émancipation de l’économie réelle est-t-elle possible ?

bitcoin (Crédits Antanacoins, licence Creative Commons)

Une économie libre et efficace est-t-elle finalement possible ? Va-t-on assister dans les années à venir à une émancipation réelle de l’économie ?

Par Rami Ben Nejma.

bitcoin (Crédits Antanacoins, licence Creative Commons)
bitcoin (Crédits Antanacoins, licence Creative Commons)

Le système financier est sur le point d’évoluer drastiquement. Une nouvelle révolution technologique vient pénétrer ce marché démesuré de plusieurs milliers de milliards de dollars et persiste à s’imposer et à redéfinir les règles de jeu.
Les économistes aujourd’hui sont de plus en plus consensuels et les solutions qu’ils proposent ne sont pas assez convaincantes. Par contre, le système Bitcoin peut présenter des solutions adéquates : système décentralisé, facilité d’investir, libre commerce, commission sur transaction nulle et respect des droits de propriété individuelle.

Une économie libre et efficace est-t-elle finalement possible ? Va-t-on assister dans les années à venir à une émancipation réelle de l’économie ?

Le Bitcoin, par nature, n’a aucune valeur. C’est une simple information transitant entre un émetteur et un récepteur. L’émetteur utilise cette monnaie afin de satisfaire un besoin d’achat selon sa propre valeur d’usage en termes d’aliénation. Ainsi, le récepteur peut accepter ou pas cette offre selon sa propre valeur d’usage en terme d’acquisition. Ceci est l’objectif de n’importe quelle monnaie dans le monde. Sauf que le Bitcoin ne peut être ni contrôlé, ni régulé. Et même si l’État, d’une part, peut déclarer illégale l’utilisation de Bitcoin, il ne dispose point des moyens pour appliquer ce genre d’interdiction. D’autre part, il pourrait officialiser l’utilisation de cette monnaie afin de pouvoir taxer les transactions professionnelles, mais cela ouvrirait le jeu à toutes les autres transactions. Et même si ces dernières sont détectables, elles ne sont guère contrôlables, au même titre que les échanges en cash.

Ce nouveau système révolutionnaire est une sacrée potentialité en de nombreux domaines, en premier lieu le domaine financier et pour tout autre relatif à la monnaie, et donc in fine, l’État. Mais ce potentiel ne peut être réalisable qu’avec l’adoption de cette monnaie par la majorité du grand public. Or, l’entrée d’une nouvelle technologie sur un marché quelconque offre toujours des avantages à ses utilisateurs potentiels en comparaison avec les anciennes, mais se heurte à l’opposition de ceux profitant des anciennes technologies. Plus la concurrence est importante, plus les résistances sont fortes. Le rythme de son adoption dépendra donc de la conclusion du conflit entre ceux qui perçoivent l’intérêt de cette nouvelle technologie et ceux qui y voient une menace.
Cela dit, l’existence des bitcoins est assurée par les transactions passées dans une blockchain et il n’existe nulle part ailleurs un autre programme ayant le moyen d’y accéder. Cette autoprotection satisfait intégralement la fonction de dépôt du système bancaire actuel et même les autres fonctions des banques de dépôt qui sont assurées parfaitement par le système Bitcoin. Ainsi, ce dernier se passe des banques, y compris les banques centrales, et donc l’État.

Le système Bitcoin est un sérieux compétiteur aux sociétés de transfert de fonds comme Money Gram ou Western Union, jusqu’à l’effacement de ces sociétés de notre système financier ; il offre aux immigrés la possibilité d’envoyer des fonds à leur pays natal sans avoir à débourser 10% de commission. Éric Larchevêque voit en Bitcoin la possibilité de « bancariser » carrément les ménages sans avoir recours à une intermédiation bancaire.

Satoshi Nakamoto avait pour seul but de permettre à n’importe qui de réaliser des opérations financières sans aucune intermédiation. Le langage de scripts de système Bitcoin va jusqu’à la réalisation des opérations complexifiées, autres que le simple paiement, les dépôts et les crédits, les instruments financiers et les marchés dérivés. Tout individu maîtrisant ce langage peut inventer son propre instrument financier, définir les scripts afférents, et créer même le « wallet » qui permet l’exploitation de cet instrument et le proposer notamment sur le réseau. C’est ici qu’apparaît l’impact réel de cette technologie sur notre économie, l’évolution de ce système décentralisé et son extension mondiale, l’infinité des devises alternatives émergentes en concurrence les unes avec les autres, des actions et des obligations commercialisées sur internet d’une manière anonyme et sans passer par l’État.

Le système financier actuel souffre d’un obscurantisme despotique rendant les simples opérations financières complexes et dispendieuses pour les ménages, comme l’ouverture d’un compte bancaire et les virements bancaires. Aujourd’hui, plus de 5 milliards d’individus dans le monde ne bénéficient pas des services financiers de base. L’avenir du nouveau système peer to peer est de satisfaire la majorité des fonctions d’une banque afin de démocratiser et de décentraliser le système financier.

Aujourd’hui, les gouvernements du monde entier réfléchissent sérieusement au sujet de Bitcoin et étudient ses aspects juridiques, financiers et fiscaux depuis que son prix a connu un peu de stabilisation et est devenu de moins en moins erratique. Au-delà des enjeux fiscaux et juridiques, c’est l’entrée à la concurrence d’une monnaie incontrôlable par l’État qui inquiète surtout les gouvernements.

Tous ces phénomènes participent à l’accroissement de la valeur de Bitcoin et de toute monnaie numérique potentielle, et l’ont fait passé d’une monnaie « souterraine » à une monnaie concept. Alors qu’elle était complètement ignorée par les autorités politiques et financières, elle est même devenue un enjeu sérieux de réflexion autour de sa globalisation financière et les réponses qu’elle pourrait apporter à la crise économico-financière.