Togo : Faure Gnassingbé peut-il ne pas partir ?

Faure Gnassingbé (Crédits Agência Brasil, licence Creative Commons)

Le président togolais Faure Gnassingbé achève son mandat en 2015. Comment organiser une transition vers un réel état de droit ?

Par Kodjo Epou.

Faure Gnassingbé (Crédits Agência Brasil, licence Creative Commons)Le RPT, parti du chef de l’État Faure Gnassingbé, bien qu’ayant fait peau neuve en se muant en UNIR, est incapable d’engager le Togo sur la voie du consensus et de tendre une main sincère à ses adversaires, réels ou putatifs, même à ceux qui sont prêts à ouvrir le poing. Que cela provienne d’une malédiction divine, d’un dénuement intellectuel ou d’une carence politique collective, c’est un déshonneur que le destin de toute une nation soit soumis, à l’infini, au diktat d’un petit groupe d’extrémistes. Quand toutes les voies de sortie de crise sont épuisées, en existe-il encore, face au parti dominateur qui ne donne aucun signe tangible d’abandonner ses penchants monarchiques ? Le moment est peut-être venu de prêter l’oreille à ceux qui proposent une véritable transition vers l’État de droit au Togo.

Après dix ans comme président de la République togolaise, Faure Gnassingbé doit accepter que son départ soit le sujet principal à l’ordre du jour du débat politique. Certains Togolais, pour des raisons qu’ils peinent à expliquer, veulent le garder. D’autres, prenant appui sur l’éthique en politique et la norme en démocratie qui suppose un mouvement régulier des citoyens à la tête de l’État, lui demandent d’organiser, en 2015, son propre départ. Bien que ceux qui veulent son départ en 2015 sans un seul jour de plus aient des arguments plus conformes à la raison,  il nous semble que le temps est venu de couper la poire en deux. Dans cette perspective, la proposition faite par diverses personnalités par le passé et que ne cesse de rappeler depuis quelques temps le député de l’Est-Mono, l’honorable Djimon Oré, prend du relief et devient un sujet de réflexion non négligeable.

Il s’agit de la mise en place, à la fin du mandat de Faure, d’une équipe gouvernementale de transition formée d’hommes et de femmes de valeur, de technocrates et des représentants de la société civile au Togo et de la diaspora. Cette équipe pourrait, dans un souci d’apaisement, être dirigée par un premier ministre de qualité pendant deux ans en cohabitation avec le chef de l’État actuel. Sa tâche prioritaire serait d’organiser des élections générales en 2017, année où prendra fin l’actuelle législature et à l’issue de laquelle les clés d’une République toute neuve seraient remises à des autorités légalement élues. Faure, s’il jouait franc jeu dans ladite configuration, s’en sortirait anobli et l’opposition, sans perdre la face après tant d’années d’enfer, serait élevée à la face de ses militants et de ceux qui ont été fauchés dans ses rangs par les innombrables assassinats politiques. Ce serait, en un mot comme en cent, une grande victoire pour le Togo.

Un rêve, s’empresseront de dire les encenseurs du clan réputés dans l’art de construire des récits imaginaires, fabulant la réalité à tous les vents. Or, à l’analyse, l’idée d’une transition est, dans la situation compliquée que traverse le Togo, le meilleur moyen pour que ce pays retrouve ses équilibres perdus pendant toutes ces années d’impotence, de bricolage et de gâchis énormes dus à cette  démocratie à la carte qui le dévaste. La plus grande inconnue dans un tel schéma reste Faure Gnassingbé. Peut-il être loyal ?  Est-il en mesure de faire preuve d’un peu d’humilité pour abandonner l’esprit de confiscation du pouvoir qui l’anime en ce moment au profit d’un esprit plus grand et plus humain, celui de l’intérêt général et de réconciliation nationale ? Quant à ce qui concerne les Togolais ordinaires, il est très improbable qu’ils refusent d’accorder un supplément de deux ans au président si ce dernier leur fait la promesse de ne pas se présenter à la fin de cette transition en 2017.

La constitution de 1992 fait partie du patrimoine historique d’Eyadéma. Non seulement que le général exerçait ses prérogatives de président de la République quand cette loi fondamentale fut écrite, il avait posé un acte  majeur, hautement patriotique, lorsqu’il avait demandé à ses partisans de voter en  faveur du texte soumis au référendum par le gouvernement Koffigoh issu de la Conférence Nationale Souveraine. La fondamentale loi fut plébiscitée avec un taux record d’adhésion de 98%. C’était une belle œuvre. Mais, dix ans plus tard, le général ne s’était trouvé personne pour lui demander de tenir à sa « parole de militaire » en laissant en l’état cette constitution dont un bon pourcentage de la paternité lui revenait.

Ceux qui avaient, en 2002, aidé Eyadéma à faire son brutal volte face l’avaient simplement trompé. Son appétit débordant du pouvoir le favorisant, ses conseils lui ont  fermé les portes de l’histoire. Nous croyons que le temps est venu pour son successeur, son fils, de prendre une belle revanche sur ces affabulateurs, ces menteurs et ses courtisans en faisant revenir la loi de 1992. L’intérêt pour lui est multiple: redonner à son père défunt le mérite d’avoir été le garant constitutionnel de la mouture originale du texte de 1992 ayant donné le coup d’envoi de l’ère démocratique au Togo. Ensuite, par cette mesure, il (Faure) se serait aménagé lui-même une place dans l’histoire. Enfin, il aurait apaisé les cœurs, rapproché les Togolais et les différents bords auxquels ils appartiennent, permettant à la nation entière de retrouver son souffle dans une constitution qui lui permettrait d’envisager  l’avenir dans espérance, dans la sérénité.

Toutes les chancelleries qui demandent au président de faire des réformes visent en réalité le retour à la constitution de 1992 qui était une œuvre commune. C’est le plus court chemin vers l’aboutissement du processus de réconciliation nationale. C’est aussi l’option la moins coûteuse par rapport à une voie référendaire qui pourrait faire l’ombre de nombreux doutes à cause de la profonde crise de confiance qui s’est installée entre gouvernants et populations. À ce sujet , voici ce qu’en dit, non sans pertinence, le Pr Pascal Kossivi adjamagbo: “ En effet, l’esprit qui a présidé à la signature de l’Accord Politique Global de 2006 ainsi qu’au projet de loi gouvernemental sur les réformes constitutionnelles est incontestablement « le retour pur et simple » à la Constitution Togolaise plébiscitée à plus de 98% par le peuple souverain togolais le 27 septembre 1992 et promulguée le 14 octobre 1992, avant d’être révisée de manière non consensuelle et controversée par une loi promulguée et publiée au Journal Officiel de la République Togolaise le 31 décembre 2002”.

À l’heure actuelle, le pays vit dans une situation anormale qui ne peut être corrigée  que par un geste fort et courageux de Faure Gnassingbé qui doit commencer à organiser les obsèques de son dernier mandat : c’est la fin ! Le cartel dont il est devenu au fil des ans le chef suprême, faute d’être le chef de l’état et président de tous les Togolais, s’y résoudra-t-il ou continuera-t-il de privilégier ses agendas obscurantistes jusqu’à faire sombrer le pays ? Se laissera-t-il convaincre de la nécessité d’un tel schéma, le seul susceptible de dévier le Togo de sa trajectoire de perdition? Rien n’est moins sûr. Face à ces questions qui engagent la vie de la nation, le régime des extrêmes qui se laisse trop souvent aller à des  attitudes dévastatrices d’arrogance et de pauvres jugements, de fanatisme et de  surenchères, de surestimation de sa capacité de nuisance et de sous-estimation des autres, ne peut plus continuer à servir les mêmes « salades » au peuple.

Personne, ne demande au pouvoir de se faire harakiri comme l’a écrit Charles Debbasch sur sa pancarte à mensonges, Républicoftogo. Il n’a été nulle part mentionné, dans le texte rejeté par UNIR, que le chef de l’état ne devait pas se présenter en 2015. Ce n’est pas de cela qu’il était question ! Les Togolais réclament simplement une constitution qui ne fait pas la part belle à un groupe au détriment d’un autre, un texte juste, tourné vers l’avenir, qui garantit aux Togolais qui en ont la capacité, des chances équitables lorsqu’ils veulent nourrir des ambitions électives. Faure Gnassingbé va-t-il continuer de se fier au malfaiteur français en cavale, le Zorro des trafics illicites, Charles Debbasch,  un truand à l’imagination fumeuse possédée par les démons du péculat qui n’est pour l’intelligence togolaise qu’une véritable ordure humaine? Jusqu’à quand va-t-il  considérer les invasions insultantes de ce paria venu de France et de toute la terre rejeté, au lieu de se fier à l’opinion souveraine du peuple qu’il gouverne ? Au nom de quel principe ce filou étranger établi dans notre pays doit-il être autorisé à faire chez nous ce que les Togolais vivant à l’étranger ne pourront guère oser dans leurs pays d’accueil ?

C’est le lieu de presser  les adeptes du changement que cette « gouvernance debbaschisée » de Faure Gnassingbé malmène tant et qui marchent sans arrêt derrière ce qui a l’air d’une impossible révolution, à unifier leurs forces. L’union de  l’opposition, ne peut plus être un mot. Elle doit se transformer en action. C’est le temps de résister avec fermeté et génie, dans l’union. C’est seulement à ce prix que la clique pourra courber l’échine, sous la pression conjuguée d’un leadership franchement engagé, de la rue et du concours de la communauté internationale.

Résister, c’est empêcher le pouvoir de continuer à se donner des opposants de son choix, selon ses desseins. C’est dire non, mille fois non, à tous ces parasites qui veulent garder infiniment le système actuel, celui des échecs répétés, des faillites prolongées. C’est s’opposer avec énergie à une réédition des mascarades électorales passées, celles que le pouvoir organise avec une CENI composée d’individus vénaux qui se laissent tomber dans son escarcelle contre de l’argent. Résister, c’est faire obstacle aux velléités des fausses associations qui ont pignon sur rue chez nous. Résister, enfin, c’est tout simplement avoir le courage de faire un bras d’honneur à ceux qui tiennent notre pays et son peuple en joue. Entre résister dans un élan unifié ou disparaître, l’opposition est arrivée à un carrefour où elle doit choisir.

Faute de ce courage qui suppose une vision claire, une unification des forces de l’opposition dont le seul et unique agenda sur la table doit être l’intérêt de la patrie, la chape de plomb continuera de s’abattre sur les pauvres populations, le chantier de la démocratie, au Togo, attendra encore 107 ans. Reste que cette opposition doit prouver qu’il existe encore en son sein un leader de vision capable de remettre en activité l’esprit et les fondamentaux d’un VÉRITABLE Front Républicain pour l’Alternance et le Changement  dont le FRAC originel était censé être porteur. C’est en tout cas le seul moyen de  reprendre du poil de la bête ?