Austérité : l’occupation n’est pas celle que l’on croit

La situation de la Grèce est dramatique : après des années de dépense publique incontrôlée, l’État ne peut plus emprunter aussi facilement qu’avant et doit réduire des dépenses auxquelles l’ensemble de l’économie s’était accoutumée. Ce sevrage de la dépense publique, douloureux mais nécessaire, le sera également dans les autres pays endettés ; plus vite les citoyens en prennent conscience, mieux il pourra être anticipé.

Libération dresse le portrait d’une population affamée dans un pays en crise, prisonnière d’une situation qu’elle espérait ne jamais connaître à nouveau, et commet ce faisant des erreurs conceptuelles qui indiquent que la prise de conscience en France n’est pas pour demain.

Tous se sont retrouvés au chômage, alors que les crédits à la consommation les avaient poussés à se surendetter pendant les années fastes. Qui ne sont pas si loin : entre 2000 et 2007, la Grèce affichait encore un taux de croissance prometteur de 4,2%. Puis la crise bancaire de 2008 et l’annonce coup de tonnerre d’un déficit budgétaire record de 12,7% du PIB fin 2009 ont fait s’effondrer, comme un château de cartes, une économie aux bases trop fragiles pour résister au jeu spéculatif des marchés.

Ce n’est pas au jeu spéculatif des marchés que l’économie n’a pas résisté, mais au sevrage de la dépense publique. Il n’y a pas de dictature des marchés, mais une dictature de la réalité. Que tous ceux qui pensent que les marchés sont injustes avec l’État grec lui prêtent ; sinon, qu’ils admettent qu’il est difficile de faire confiance à un État incapable de réduire ses dépenses et de faire preuve de transparence. C’est d’ailleurs sur ce registre que François Hollande invite les Européens à faire preuve de solidarité plutôt que de rationalité en investissant en Grèce.

Premier pays «dégradé» d’Europe, la Grèce est aujourd’hui le plus mal noté par les agences financières. Travail au noir, fraude fiscale, administration inefficace : les maux sont connus et une grande partie de la population accepte la nécessité des réformes structurelles […]. Mais les plans d’austérité imposés au pays depuis le printemps 2010 passent mal. Ils frappent en priorité les salariés et les retraités, qui ont vu leurs revenus diminuer, voire disparaître quand ils ont été licenciés, et leurs impôts, prélevés à la source, augmenter de façon exponentielle. Résultat ? En deux ans, le nombre de sans-domicile-fixe a augmenté de 25% et la faim est devenue une préoccupation quotidienne pour certains.

C’est une grande découverte pour la population et une évidence pour les libéraux : même si la dépense est publique, un jour ou l’autre, c’est le privé qui paie, i.e. les individus et les entreprises. La stratégie adoptée en Grèce n’est peut-être pas optimale, mais, à moins de faire totalement défaut, il faut rembourser.

se tournant vers l’ancien Palais royal qui abrite le Parlement, il ajoute : «Ici, il y a 300 crétins qui suivent un gouvernement non élu par le peuple. Est-ce qu’ils ont diminué leur train de vie ? Les fonctionnaires de l’Assemblée touchent toujours seize mois de salaires et personne à Bruxelles ne s’en préoccupe.»

La dichotomie entre ceux qui ont systématiquement voté des budgets en déficit et ceux qui doivent les rembourser est étrangement semblable à celle de la France, où les prélèvements augmentent pour le privé alors que les hommes politiques n’y sont toujours pas soumis malgré de généreuses rémunérations et que le jour de carence est supprimé pour les fonctionnaires. Ce n’est pas à Bruxelles de s’en préoccuper, mais aux citoyens grecs – qui ont malheureusement, comme en France, peu de moyens pour faire entendre leur voix aux serviteurs d’une étrange conception de l’intérêt général.

Loin d’avoir, comme en Italie, provoqué un sursaut national face à la crise, Loukas Papademos, le Premier ministre «technocrate» nommé en novembre, brille surtout par son silence. Alors que le pays négocie à nouveau sa survie en promettant de nouvelles mesures de rigueur, la seule interview qu’il a accordée était destinée au… New York Times. Andreas en est persuadé : «Nous vivons sous une dictature économique. Et la Grèce est le laboratoire où l’on teste la résistance des peuples. Après nous, ce sera le tour des autres pays d’Europe. Il n’y aura plus de classe moyenne.»

De la même façon qu’en France, on perçoit l’État comme une entité toujours bienveillante et avisée et le marché – qui ne fait que refléter les préférences des individus qui le composent – comme un dictateur. La Grèce n’est pas un laboratoire où on teste la résistance des peuples, mais elle a été un laboratoire où on a pu tester et teste encore l’accoutumance progressive et la dépendance qui s’installe vis-à-vis de la dépense publique.

A travers l’État, tout le monde s’est habitué à vivre aux dépens de tous les autres et s’y est progressivement habitué, au point que chacun ait aujourd’hui les plus grandes difficultés à s’en sortir par soi-même. Face à une crise de la dépense publique, le remède envisagé est plus du même mal, à savoir plus de dépense publique ; l’austérité est décrite comme un cercle vicieux par des hommes politiques qui pensent qu’il est impossible de s’en passer et que la croissance passera pas l’intervention étatique. Plus longtemps et plus haut on maintient la dépense publique, plus il sera difficile de s’en passer, mais il le faut.

Ce n’est pas une occupation par les marchés ou une dictature de l’économie que les Français seront amenés à vivre ; l’économie est déjà occupée par un État toujours plus gourmand, et les droits individuels régulièrement remis en question aussi bien en théorie qu’en pratique rapprochent la France d’une dictature – même si personne n’ose prononcer le mot par peur de perdre toute crédibilité dans un pays où l’intervention de l’État est la panacée malgré son échec de plus en plus palpable.

La réduction du périmètre et du poids de l’État se heurte à deux obstacles. La prise de conscience des dangers auxquels la dette et les politiques destructrices nous exposent est encore largement minoritaire parmi les Français, malgré la clarté des messages formulés par les Français qui partent et les étrangers qui ne veulent plus venir ; et il n’existe plus, à proprement parler, de contre-pouvoir à la tyrannie de la majorité, les droits imprescriptibles et inaliénables ayant depuis longtemps perdu ces deux caractéristiques.

Il ne faut pas désespérer. Malgré les efforts du gouvernement et des parlementaires, il est encore possible de quitter un pays qui n’a rien d’autre à offrir que du sang – peut-être, de la sueur – espérons-le, et des larmes – sans l’ombre d’un doute. Et tant que nous pourrons penser et exprimer librement notre pensée, il restera un espoir.

Cet espoir n’est pas à chercher dans un homme providentiel, mais en chacun de nous. Liberté et responsabilité vont de pair ; aujourd’hui, il est de la responsabilité de ceux qui veulent défendre la liberté en France de le faire. Chacun de nous peut défendre les idées de liberté. Chacun de nous peut les diffuser, les expliquer, les faire connaître ; chacun de nous peut jouer dès à présent défendre les droits individuels. Il est primordial de reconquérir le champ des idées, de ne pas accepter de compromis sur les principes fondamentaux qui permettent aux individus de vivre en êtres humains.

« Ne laissez pas le feu qui brûle en vous s’éteindre, irremplaçable étincelle par étincelle, dans les sables mouvants sans espoir de l’approximatif, du pas assez, du pas tout de suite, du pas du tout. Ne laissez pas mourir le héros qui est en vous, dans la frustration solitaire d’une vie que vous méritiez mais n’avez jamais pu atteindre. Contemplez le chemin à parcourir et la nature de votre bataille. Le monde que vous désirez peut être atteint, il existe, il est réel, il est possible, il est à vous. Mais l’atteindre requiert une implication totale et une rupture totale avec le monde de votre passé, avec la doctrine selon laquelle l’homme est un animal sacrificiel qui existe pour le plaisir des autres. Battez-vous pour la valeur de votre personne. Battez-vous pour la vertu de votre fierté. Battez-vous pour l’essence, qui est l’homme, pour son esprit rationnel souverain. Battez-vous avec la certitude rayonnante et la rectitude absolue de savoir que votre moralité est celle de la vie et que votre bataille est celle de tout accomplissement, toute valeur, toute bonté, toute joie qui ait jamais existé sur cette terre. » Ayn Rand