Pourquoi les USA pourraient bien ne jamais partir d’Afghanistan

Ironiquement, l'ambition de Washington d'instaurer un véritable État afghan perpétue la dépendance même de ce futur État.
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Pourquoi les USA pourraient bien ne jamais partir d’Afghanistan

Publié le 17 décembre 2012
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Ironiquement, l’ambition de Washington d’instaurer un véritable État afghan perpétue la dépendance même de ce futur État.

Par Malou Innocent, depuis les États-Unis.
Publié en collaboration avec l’Institut des libertés.

Un soldat américain en Afghanistan.

À l’automne 2001, l’objectif initial de l’Amérique en Afghanistan, parfaitement logique, était de détruire ou de neutraliser Al-Qaïda et  de punir le gouvernement taliban qui  l’avait accueilli. Mission accomplie, il y a 11 ans. Aujourd’hui cependant, le but de la mission américaine est mal définie même si elle semble impliquer clairement la construction de la nation afghane. Or, ce dont la coalition a désespérément besoin est d’un objectif réalisable, d’une fin de parcours réaliste, pas d’une ligne de temps indéfinie qui engage des milliers de soldats américains en Afghanistan au-delà de 2024.

Une réflexion souvent proposée est que l’Amérique et ses alliés doivent instaurer un véritable État afghan susceptible de diriger le pays et empêcher le retour des talibans et, par extension, d’Al-Qaïda. Mis à part le fait qu’Al-Qaïda puisse exister n’importe où, de Hambourg à Los Angeles, ce n’est pas du tout évident que la coalition puisse à la fois éliminer les talibans et se rapprocher de la création d’un État afghan digne de ce nom.

Le ministère de la Défense a déclaré dans un rapport début 2012 que « L’insurrection menée par les talibans reste adaptative et déterminée avec une grande capacité de régénération, et conserve la capacité de ressource d’un nombre important de dispositifs explosifs improvisés. L’insurrection est capable de mener des attaques isolées de grande envergure, occasionnant un sentiment d’insécurité. »

Mais cet argument que « la coalition doit éradiquer les talibans » perd de vue ce que le terme «insurrection» signifie réellement. La Guérilla ne combat généralement que quand l’occasion est propice. Elle peut se fondre facilement dans une population, ce qui rend la tâche de distinction difficile aux  troupes conventionnelles entre les amis et les ennemis. Ceci combiné à la capacité qu’a l’insurrection afghane à se retrancher dans les sanctuaires au Pakistan, les gains de la coalition pourraient rapidement être réduits à néant. En outre, les journalistes Dexter Filkins et Vlahos Kelly fournissent d’excellentes analyses qui soulignent les divisions ethniques et les différentes factions politiques créées par les seigneurs de guerre afghans, dont beaucoup se regroupent déjà et qui pourraient déclencher une guerre civile dans les années à venir.

Quant à l’affirmation commune que l’Amérique doit rester jusqu’à ce que les Afghans puissent contrôler et gouverner eux-mêmes, l’état actuel des institutions afghanes semble démontrer que cela pourrait prendre une décennie ou plus avant que les forces de la coalition puissent se retirer, avec peu de promesses de succès.

Un rapport détaillé publié l’an dernier par la « Commission on Wartime Contracting » a révélé que le gouvernement américain a payé pour des dizaines de cliniques, de casernes, d’hôpitaux et d’autres installations qui dépassent les capacités de financement afghanes. Par exemple, l’Université Afghane de la Défense à 82 millions de dollars va en coûter 40 millions de dollars de plus par an pour fonctionner, ce qui est bien au-delà de la capacité financière de ce que le gouvernement afghan pourrait maintenir, selon des responsables du DoD. Les opérations de long terme, l’entretien et les coûts de maintien pour les Forces de sécurité nationales afghanes pourraient ainsi continuer jusqu’en 2025. Des résultats similaires ont été découverts par les auditeurs du Bureau de l’Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan.

On s’attend à ce que les États-Unis maintiennent une présence de quelques 10.000 soldats en Afghanistan après 2014, tandis que la Banque mondiale estime que l’Afghanistan aura besoin de 3,9 millions de dollars par an jusqu’en 2024 pour le développement économique. Ironiquement, lorsque les planificateurs des affaires étrangères de Washington indiquent clairement qu’ils n’ont pas l’intention d’abandonner l’Afghanistan, c’est leur propre ambition de créer un État centralisé qui perpétue la dépendance même de ce futur État.

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Sur le web.
Traduction libre de l’Institut des libertés.

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