Rage à la pompe

Un prix plafond de l’essence ne vous empêchera pas de rager à la station-service

Un prix plafond de l’essence ne vous empêchera pas de rager à la station-service.

Québec étudiera bientôt une proposition de l’Association québécoise des indépendants du pétrole, qui veut instaurer un prix plafond de l’essence.

En gros, cette proposition ajouterait entre 3 cents et 6 cents au prix de l’essence après taxes et transport. Afin de garantir une marge de détail de 3 cents le litre à la station-service, quoi qu’il arrive. Mais aussi pour limiter cette marge à un maximum de 6 cents. (Les montants varient selon les régions. À Québec, la marge minimum serait de 4 cents.)

Soulignons que cette mesure s’appliquerait au prix à la sortie des raffineries. Or, c’est le prix du baril de brut sur les marchés mondiaux qui coûte cher, et qui s’enflamme. Pas le maigre profit que se prend votre station-service. Donc rien n’empêchera le prix à la pompe de monter.

Sus aux guerres de prix !

Ça changerait quoi pour le consommateur ? Vérifions. Le prix à la pompe était de $1,37 à Québec le 25 avril, selon les données les plus récentes du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. À l’aide de ces données, on peut calculer que si on avait instauré un prix plafond de 6 cents, le prix à la pompe aurait avoisiné $1,36. Une économie d’un cent. Rien pour écrire à sa mère.

Mais attention. Avec le jeu de la concurrence, les marges au détail des stations-services fluctuent de jour en jour. Trois semaines plus tôt, le prix à la pompe était de $1,33 à Québec. Avec le prix plafond, il aurait été de… $1,34. Un cent plus cher !

Pour l’automobiliste, ça ne changerait donc pas grand-chose. En moyenne, le prix devrait varier peu avec la présence de prix plancher et plafond (car ces prix remplaceraient la marge actuelle des détaillants, qui fluctue entre 0 et 12 cents environ, selon la région). Ce qu’on évite, ce sont les fluctuations soudaines.

Par contre, le prix plancher empêche le consommateur de profiter de prix plus bas. Que ce soit grâce à une guerre de prix, ou parce qu’un concurrent opère de façon plus efficace.

Protéger les petits

C’est surtout pour contrer la volatilité des prix que les détaillants indépendants veulent cette mesure. Ils sont prêts à sacrifier la chance de faire des marges plus élevées à l’occasion, pour l’assurance de faire une marge minimum de 3 cents en tout temps.

L’idée est de maintenir en vie les détaillants indépendants, qui n’ont pas toujours les reins assez solides pour survivre aux guerres de prix. L’Association québécoise des indépendants du pétrole soutient qu’un nombre plus élevé de détaillants engendre plus de concurrence, ce qui profite aux consommateurs.

Je comprends l’argument et je peux l’apprécier. Mais gardons en tête que la diversité de concurrents n’empêche pas certaines stations-services de s’appeler pour fixer les prix, comme on a vu dans le passé.

Bref, que cette mesure voie le jour ou non, les vrais coupables de votre rage à la pompe sont ailleurs. Ils se nomment marchés internationaux et gouvernements. Rappelons que ces derniers siphonnent environ 44 cents que vous payez sur chaque litre d’essence à $1,25.

Et dans les années qui viennent, les marchés comme l’État risquent de vous faire payer de plus en plus cher. Prix plafond ou non.