Je vote pour les libéraux… de 1995

Difficile de croire un politicien de nos jours, quand il promet de bien gérer les finances de l’État

Difficile de croire un politicien de nos jours. Surtout quand il promet de bien gérer les finances de l’État. Comme ces élections fédérales sont d’un ennui mortel, je vous propose de faire un retour dans le passé. J’en ai trouvé un.

Mercredi, l’ancien ministre des Finances Paul Martin a donné un coup de pouce au parti libéral et à son chef, Michael Ignatieff. Dans une entrevue à La Presse, il a vanté le programme libéral. Et s’est vanté lui-même par la bande, en rappelant sa lutte au déficit durant les années 1990.

M. Martin a tort de vanter le plan libéral. Mais il a raison de se vanter, lui.

L’homme n’est pas parfait. Mais il a réussi quelque chose qu’aucun politicien ne semble capable de faire. Qui tient du miracle de nos jours : réduire les dépenses du gouvernement, et baisser ensuite nos impôts.

C’était en 1995. La situation était grave. Les Canadiens payaient 36 cents sur chaque dollar d’impôt seulement pour payer les intérêts de la dette (comparé à 14 cents aujourd’hui). Les taux d’intérêt frôlaient les 10% (comparé à 1% aujourd’hui). La dette nous étouffait. Et les banquiers cognaient à notre porte.

Paul Martin a saisi une hache. Non, deux. Et a commencé à les swingner.

Coupe de 50% au ministère des Ressources naturelles. De 46% dans celui du Transport. De 25% au ministère des Ressources humaines. Tous les ministères y sont passés, dont la Défense nationale. On a fermé plusieurs bases militaires. On a même réduit les subventions aux entreprises.

En tout, les dépenses de programme ont chuté de 13%. Passant de $120 G à $105 G.

45.000 fonctionnaires de moins

Imaginez : on a éliminé 45.000 postes dans la fonction publique en huit mois. 45.000 ! Presque un sur cinq. Des mises à la retraite, des fonctionnaires qui « partent avec leurs boîtes », et des privatisations — comme le chemin de fer CN.

Certaines mesures sont restées en travers de la gorge. Comme les coupures dans l’assurance-chômage, ou la réduction (de $7 milliards) des transferts aux provinces.

Mais vous savez quoi ? Personne n’est mort. Grâce à ses efforts, les libéraux ont pu baisser les impôts par la suite. Et on les a réélus.

Quelques années plus tard, Paul Martin s’est confié à des professeurs des HEC dans le cadre d’une vidéo destinée à des élèves. Je le cite, alors qu’il justifie sa stratégie de réduction de dépenses :

« On a fait ça pour deux raisons. D’abord, au Canada on est surtaxé. Ce n’était pas le temps de monter les impôts. Deuxièmement, lorsqu’on a vu les pays qui ont essayé de résoudre leur problème de déficit par des augmentations d’impôts — comme la Suède —, ces pays ont été punis immédiatement par les marchés. Ils ont refusé de toucher à leurs dépenses, et ils ont aussitôt vu leurs taux d’intérêt monter. Ce qui annulait les revenus de leurs hausses d’impôts. »

Paul Martin a fait une fleur à sa famille politique mercredi, en vantant le programme de Michael Ignatieff. Et son plan pour revenir à l’équilibre budgétaire. Mais ce que M. Martin a oublié de dire — sans doute pour éviter de mettre de la pression sur le chef libéral —, c’est comment il y est arrivé.

Car le plan Ignatieff, avec ses nouvelles promesses de dépenses de 7-8 milliards, est en totale contradiction avec l’esprit des libéraux de 1995. Tout comme la performance des conservateurs depuis qu’ils sont au pouvoir, d’ailleurs. Eux qui, 100 milliards de dettes plus tard, ont anéanti tous les efforts de Paul Martin.