Le marché n’est pas la solution

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Le marché n’est pas la solution

Publié le 7 avril 2011
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Tandis que l’interventionniste tente d’imposer sa Solution, le libéral laisse la recherche de solutions concrètes aux millions d’individus qui emploient leurs ressources et sont incités à exploiter les opportunités encore en friche, en s’organisant collectivement selon leurs connaissances de leur situation propre.

L’interventionniste, de gauche ou de droite, considère le marché comme s’il s’agissait d’une photographie ; le libéral le perçoit comme un film qui n’est pas encore terminé. Ces deux points de vue divergents conforment notre compréhension de la réalité sociale et économique et expliquent en bonne partie la confiance que le premier accorde à l’État et le second au marché pour améliorer le bien-être général.

Car l’interventionniste n’aime pas la photographie qu’il voit du monde et la compare avec une photographie artificiellement parfaite et pense qu’il faut retoucher l’originale à coups de Photoshop pour la rendre le plus proche possible de son modèle de référence. Comme il possède la photographie parfaite à laquelle comparer tous les instantanés de la réalité, il croit pouvoir identifier les défauts et les corriger (ou fait confiance à un « expert » quelconque pour cela). Traduit dans le langage économique néo-classique, le marché échoue dans la mesure où la réalité ne se rapproche pas du modèle optimum, défini dans des conditions théoriques de concurrence parfaite. Comme ces conditions de concurrence parfaite ne sont jamais réunies, le marché échoue donc continûment. C’est ainsi que l’interventionniste cherche une solution à la « faille » du marché – qui ne peut logiquement venir du propre marché, puisqu’il a failli. Le marché est donc une photographie ratée qu’il faudra retoucher en studio.

L’interventionniste cherche la Solution. Il veut un plan d’action pour corriger le défaut de la photographie. Et la Solution est souvent évidente, puisque la photographie parfaite est là, juste à côté. La Solution est un programme, une loi, un règlement, un subside, une fixation de prix, un impôt, une nationalisation, une baisse des taux, une licence, une interdiction, une augmentation du budget, un ministère, une agence, etc. L’État est l’organe à travers lequel l’interventionniste tente de matérialiser sa Solution. L’interventionniste ne contrôle pas l’État, mais il agit comme si c’était bien le cas. Il expose sa proposition comme si l’État, après l’avoir consulté, allait l’appliquer sans la pervertir. En aucun cas l’interventionniste ne pensera à un mécanisme de correction, à un processus de découverte, à une structure d’incitants pour trouver les solutions adéquates ; il pensera seulement à trouver la Solution que l’État devra imprimer sur la photographie.

Le libéral, en revanche, ne prétend pas trouver cette Solution. De fait, il admet humblement qu’il ignore souvent quelle est la réponse adéquate à une carence perçue. Le libéral préfère se concentrer sur le processus qui permettrait de trouver les bonnes solutions. Il n’aspire pas à élaborer une solution concrète, mais bien le meilleur mécanisme pour découvrir et tester des solutions concrètes. Le libéral ne considère pas la réalité comme une photographie, mais bien comme un processus dynamique où les images ne prennent leur sens que si on laisse avancer la pellicule. Il cherche donc le cadre propice pour le déroulement du film, qui permette l’expérimentation de différentes propositions, les exercices d’essai et d’erreur de la part d’un grand nombre d’acteurs distincts et la compétition entre idées.

C’est ainsi qu’une « faille » du marché selon l’optique statique peut parfaitement devenir une opportunité depuis une perspective dynamique, comme une demande insatisfaite qui peut être exploitée par tout entrepreneur perspicace et imaginatif. Sur le marché, la perspective de la rentabilité est un incitant pour corriger les erreurs des photographies passées, et les gains ou les pertes sont un indicateur de succès ou d’échec dans la recherche de solutions qui élèvent le bien-être des gens. Ce point de vue dynamique qui privilégie la concurrence décentralisée, le droit de sortie et la liberté d’entrée sur le marché, le test d’essai et d’erreur, les incitants pour servir les personnes et conserver une bonne réputation, contraste avec le point de vue statique qui se fie à la Solution centralisée pondue par l’« expert » ou le technocrate de service et à la volonté de l’État pour l’exécuter.

Et tandis que l’interventionniste tente d’imposer sa Solution, le libéral laisse la recherche de solutions concrètes aux millions d’individus qui emploient leurs ressources et sont incités à exploiter les opportunités encore en friche, en s’organisant collectivement selon leurs connaissances de leur situation propre. Alors que l’interventionniste, anxieux pour retoucher la photographie, se refuse à tout processus de « main invisible » et préfère sa Solution, le libéral, conscient de la nature changeante et complexe de la réalité sociale, se fie à un mécanisme d’ajustement décentralisé et parle de meilleures solutions possibles. Le marché n’est pas la Solution, ni ne garantit des solutions immédiates. C’est simplement un processus d’expérimentation compétitif qui tend à produire les meilleures solutions. Faire confiance au marché demande de la patience et une tolérance aux hauts et bas de la vie. Faire confiance à l’État et à sa Solution relève seulement de l’acte de foi.

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  • Excellent comparatif!

  • Très bon texte didactique. On n’insiste jamais assez sur l’aspect  » processus de découverte » du capitalisme; pour l’expliquer à mon entourage je prends en exemple les drogues « dures » ça fait toujours son effet.

  • Vladimir Vodarevski
    7 avril 2011 at 23 h 38 min

    Cependant, la vision statique n’est-elle pas encouragée par les théories néoclassiques, qui présentent le résultat de l’action du marché, ceteris paribus, au point d’équilibre.?
    Ce sont les autrichiens qui ont une vision dynamique de l’économie. Ils raisonnent d’ailleurs en terme de circuit.

  • Excellent article, vraiment!

    « .Mais qui a jamais dit que les néo-classiques étaient libéraux ? »
    Ils le sont pourtant, ou alors j’aimerais savoir en quoi ils ne le sont pas.

  • « le libéral laisse la recherche de solutions concrètes aux millions d’individus qui emploient leurs ressources et sont incités à exploiter les opportunités encore en friche, en s’organisant collectivement selon leurs connaissances de leur situation propre »

    Et l’Etat c’est quoi historiquement si ce n’est l’organisation donnée d’une collectivité ?

    Ce n’est pas la seule, il y a aussi des entreprises qui sont d’autres formes d’organisation collectives.

    Mais un libéralisme bien pensé ne devrait voir les Etats que comme des formes d’organisations collectives particulières, et pas comme étant de nature différente d’autres formes d’organisation.

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