Peut-on croire Stephen Harper ?

On nous fait croire qu’on a les deux mains sur le volant, et qu’on contrôle les dépenses

Est-ce que Stephen Harper est en train de nous passer un sapin, comme Raymond Bachand ici au Québec ?

Tout le monde semble le croire sur parole quand il nous dit qu’en 2015, le déficit budgétaire va disparaître. Lundi, Harper nous a même promis des baisses d’impôts. Est-ce réaliste ? L’État va finalement se mettre au régime ? J’en doute.

En combinant les promesses des deux derniers budgets, les conservateurs veulent couper environ $30 milliards de dépenses d’ici 2016. Dans une galaxie de 400 ministères et organismes, c’est certainement faisable. Seul hic : ils ne fournissent aucun détail sur ces compressions. Ça vous rappelle un gouvernement près de chez vous ?

J’aimerais rappeler que dans son budget précédent, le gouvernement Harper avait promis le gel des dépenses des ministères pour deux ans. Or il y a trois mois, Kevin Page — le chien de garde officiel des contribuables canadiens — a demandé à 10 organismes et ministères de lui montrer leur plan de réduction de dépense. Un seul a fourni un document. Ensemble, ces 10 organismes prévoyaient éliminer 1.000 postes à temps plein en trois ans. Le gouvernement en voulait 11.000… cette année. Un de ces organismes, le Service correctionnel du Canada, prévoit même embaucher 4.000 employés !

(Illustration René Le Honzec)

Un gouvernement plus gros, pour toujours

Non seulement ces coupures ont peu de chance de se réaliser, mais sous ses faux airs d’oncle Picsou, Stephen Harper propose aux Canadiens un gouvernement plus gros, en permanence.

Avez-vous remarqué que ce gouvernement n’a aucunement l’intention de revenir à son niveau de dépense d’AVANT ses gargantuesques plans de relance ? Les dépenses du gouvernement ont explosé de près de 40% depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs. De $180 milliards en 2006, elles atteindront $245 milliards en 2010-2011. En partie à cause de la récession, les conservateurs ont pelleté $100 milliards de plus sur la montagne de la dette en moins de trois ans.

Et que propose le ministre des Finances Jim Flaherty ? Hausser les dépenses du gouvernement d’environ 2% pendant les cinq prochaines années. C’est peu, 2%. Sauf que cette hausse se calcule par rapport à un niveau de dépenses énorme, beaucoup plus élevé qu’il y a deux ans.

Comme l’écrit Derek Fildebrandt, directeur de la recherche à la Fédération canadienne des contribuables, « accepter le niveau actuel de dépenses comme base pour mesurer la croissance future du gouvernement, c’est accepter un accroissement permanent de la taille de l’État. »   

On peut débattre des vertus économiques du plan de relance. Mais on nous avait promis que ces dépenses seraient temporaires. Or comme le veut l’adage : il n’y a rien de plus permanent qu’un programme gouvernemental temporaire… L’argent peut arrêter de couler, mais les bureaucrates et les nouvelles structures trouvent toujours une raison pour rester.

Excusez l’analogie boiteuse, mais Robert De Niro a engraissé de 60 livres pour jouer son rôle du boxeur Jake LaMotta dans le classique Raging Bull. Qu’a fait De Niro ensuite ? Il s’est entraîné comme un défoncé et a vite retrouvé son poids santé. Notre gouvernement fédéral, lui, a terminé son rôle de « M. Relance ». Sauf qu’il a décidé que la bedaine, ça lui faisait bien.

Comme le ministre des Finances Raymond Bachand à Québec, les conservateurs misent sur la croissance économique pour sortir les finances publiques du trou. Dans les deux cas, on nous fait croire qu’on a les deux mains sur le volant, et qu’on contrôle les dépenses. C’est faux.

Personne ne croit Raymond Bachand. Qui croit Stephen Harper ?