Hommage à Alain Decaux

Publié Par Johan Rivalland, le dans Lecture

Par Johan Rivalland

Alain Decaux (Crédits : Phidelorme, CC BY-SA 4.0, via Wikipedia)

Alain Decaux (Crédits : Phidelorme, CC BY-SA 4.0, via Wikipedia)

 

Alain Decaux est mort ce samedi 27 mars 2016. Cet homme de très grande culture faisait en quelque sorte partie de notre patrimoine national.

L’historien télévisuel et l’académicien

Pour certaines générations, il est l’historien des premières années de la télévision, qui n’avait pas son pareil pour présenter de manière habitée et convaincante, avec tout le talent qui caractérise les meilleurs pédagogues, les petits et grands épisodes de l’Histoire, qu’il a contribué à populariser de façon remarquable. Après avoir été celui qui y avait également œuvré au cours d’émissions radiophoniques restées célèbres.

On pense aussi, bien sûr, à l’académicien, ainsi honoré de tout son talent et à qui il a été fait confiance pour contribuer à défendre la langue française, après qu’il eût aussi été retenu comme ministre de la Francophonie sous le gouvernement de Pierre Béregovoy.

Mais, pour ce qui me concerne, car je connais insuffisamment cet homme remarquable pour me permettre d’en dresser un véritable hommage digne de ce nom, je me bornerai à présenter l’un de ses ouvrages, que j’ai eu l’occasion de lire il y a une dizaine d’années.

La révolution de la croix

La révolution de la croix (Crédits : Perrin, tous droits réservés)

La révolution de la croix (Crédits : Perrin, tous droits réservés)

À une époque où les chrétiens souffrent plus que jamais de très nombreuses exactions dans le monde, il peut être intéressant de se remémorer une autre époque où les chrétiens, aux balbutiements de leur entrée en religion, si on peut dire, se trouvaient déjà victimes de l’histoire.

Au moment où j’ai découvert ce livre, je sortais de la lecture du Judas le bien aimé de Gérald Messadié, où j’avais laissé les apôtres après la mort et la résurrection de Jésus Christ, sans savoir ce qu’ils allaient devenir, pour finalement les retrouver aussitôt par hasard (j’étais plutôt venu pour Néron) dans cet ouvrage et juste au moment où je les avais quittés, ce qui allait me permettre de pouvoir suivre ainsi les péripéties de certains d’entre eux.

Je n’avais alors jamais encore lu d’ouvrage d’Alain Decaux, sans doute peu attiré par son caractère trop populaire ou sa brève incursion dans la vie politique. Je n’ai pu que constater que cette célébrité n’était pas du tout usurpée, l’ouvrage étant de qualité, bien écrit, agréable à lire, l’auteur aussi rigoureux que peut l’être un très bon historien.

Le terrible règne de l’empereur Néron

Dans une alternance de chapitres entre émergence et développement de la chrétienté, d’une part, et intrigues à la tête de l’empire romain, d’autre part, l’auteur nous entraîne dans les coulisses du pouvoir, de la naissance de Néron en passant par son adolescence, perturbée par l’omniprésence de sa mère, l’horriblement cruelle et manipulatrice Agrippine, jamais avare d’éliminations physiques à l’endroit de quiconque est susceptible de faire de l’ombre à ses ambitions.

La moindre de celles-ci n’étant-elle pas, après avoir couché avec son frère Caligula, épousé son oncle Claude afin de prendre du pouvoir, puis poussé son fils sur le trône après avoir assassiné son mari, d’aller jusqu’à coucher avec son propre fils Néron, de manière à tenter de se le rallier, au moment où il lui échappe, et le contrôle du pouvoir avec lui ?

Le règne de Néron, débuté sous des auspices favorables, grâce aux bons conseils de Sénèque et Burrus, et malgré l’assassinat de sa propre mère, qui l’effrayait de plus en plus, craignant pour sa propre vie, ne sera ensuite que dérive de plus en plus rapide. Sa cruauté dépassera celle de ses prédécesseurs par son étendue, sous les conseils et les excès de zèle de son nouvel homme de confiance Tigellin. On peut citer l’exemple de sa femme Octavie qui, simplement devenue gênante dans ses prétentions amoureuses envers la magnifique Poppée, sera accusée d’adultère et conduite, contre sa volonté, à se trancher les veines de toutes les parties du corps, puis plongée dans l’eau bouillante, le sang ne se vidant pas assez vite.

L’omnipotence de Néron va devenir extrême, tous les rivaux ou ennemis potentiels éliminés, et son délire, sa folie, vont prendre des dimensions inimaginables, que seul le cheminement des événements décrits dans le livre peut faire ressentir, jusqu’à la chute finale, à la dimension du personnage.

L’épopée chrétienne

Alain Decaux en dresse un portrait dans le même temps subtil et sans complaisance. Et la force de l’ouvrage est de ne pas s’arrêter à Néron, mais de poursuivre, dans les derniers chapitres, avec le retracement des grandes étapes de l’épopée chrétienne sous le règne des empereurs successifs, non avares d’exactions plus terrifiantes les unes que les autres à l’encontre des chrétiens, jusqu’à Constantin au IVème siècle, élevé au rang de Saint.

Au final, un ouvrage fort instructif, qui réussit à nous plonger pleinement et avec délectation (et surtout beaucoup de frissons) dans l’atmosphère du monde romain des premiers siècles après Jésus-Christ.

Et une bonne occasion, peut-être, de découvrir ou redécouvrir le talent d’Alain Decaux, qui restera l’un des premiers à avoir contribué à donner l’envie au grand public de s’intéresser à l’histoire.

– Alain Decaux, La révolution de la croix Néron et les chrétiens, Librairie académique Perrin, février 2007, 322 pages.

  1. Admirons au passage la tartufferie de notre président rendant hommage à ce grand historien.
    Alors qu »avec ses acolytes du PS il n’a de cesse d’avilir la France et son histoire, de la dénaturer totalement.

  2. Contrepoints n’est plus que le vague reflet de ce qu’il a pu être ! Décidément, parler de Decaux, l’entreprise la plus représentative du capitalisme de connivence est une énorme déception ! Elle ne doit son salut qu’aux marchés publics !!!! Entre ça et la conclusion de l’article sur l’obésité et le sucre contrepoints prend une vilaine tournure social-démocrate !

    1. Ne mettons pas Contrepoints en cause, mais moi seul…
      Cela dit, et même si Alain Decaux a, certes, été ministre sous un gouvernement socialiste, et peut-être bénéficié de subsides publics d’après ce que vous sous-entendez, doit-on forcément mettre de la politique partout ? Est-il possible de reconnaître le talent intellectuel d’un historien, et sa probable probité (du moins je suppose, car j’ai bien précisé que je ne le connaissais pas plus que cela), sans être à tout prix dans les classifications ou préjugés ?
      Et pensez-vous qu’il n’ait pas mérité d’être élevé au rang d’académicien ?
      Maintenant, si vous voulez bien montrer en quoi il symbolise « l’entreprise la plus représentative du capitalisme de connivence », alors peut-être cela nous apprendra-t-il des choses…

    2. @diasw
      N’importe quoi!
      Un libéral toutes tendances confondues peut admirer le travail ou la personnalité de qui il veut

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