Openbazaar : le commerce à portée de tous

Publié Par h16, le dans Édito

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir une nouvelle étape dans la libération des individus du joug de plus en plus pesant imposé par l’État et ses institutions. Si Bitcoin, la monnaie numérique indépendante de tout système bancaire traditionnel, fut dans ce cadre un élément clef, ce que je vais vous présenter est, à mon avis, le palier supérieur à l’affranchissement des individus, une sorte de volée de clous supplémentaires dans le cercueil de l’État.

Cette nouveauté numérique s’appelle OpenBazaar, et la presse (très spécialisée, hein) l’évoque fugacement ici ou .

openbazaar logo

Au-delà d’un nom dont on pourra discuter longuement l’impact marketing douteux, le concept est le suivant : il s’agit d’une plateforme permettant l’échange, éventuellement commercial, de biens et de services. En somme, c’est un eBay ou un Amazon de plus, à ceci près qu’il ne s’agit pas ici d’une plateforme sur le web, mais d’un logiciel Peer-To-Peer.

Ceci change absolument tout.

En effet, cette plateforme d’échange n’est pas basée sur un site unique ou une collection de sites centralisés : chaque inscrit à OpenBazaar devient simultanément un client potentiel de toutes les offres disponibles, un fournisseur potentiel d’offres, et un diffuseur des offres disponibles et des demandes de clients.

Autrement dit, chaque personne qui veut participer à OpenBazaar fournit, en déchargeant l’application (sur son ordinateur, et probablement dans les prochaines versions, sur son téléphone mobile), une petite partie de la puissance de calcul et de l’infrastructure nécessaire pour diffuser les annonces d’achat et de vente de biens et services.

Ceci entraîne mécaniquement plusieurs choses. D’une part, le système n’étant pas centralisé, il n’est pas possible d’en décider la fermeture : les participants se répartissant sur la planète entière, il n’y a pas un point unique sur lequel faire pression pour l’interrompre. D’autre part, la responsabilité des échanges est exclusivement renvoyée aux participants de l’échange lui-même. Lors d’une vente, aucun des développeurs d’OpenBazaar ne peut effectivement être tenu responsable de l’échange opéré.

Les conséquences sont énormes : en mettant directement en relation les individus entre eux, on élimine de fait tous les intermédiaires qui ne seront pas capables d’apporter une valeur ajoutée. Par exemple, ce qui s’est passé avec eBay sur certains types de commerces (brocanteurs, vendeurs d’occasion), va se reproduire sur eBay lui-même, dans une certaine mesure.

le numérique - même pas mal - kodak

Mais ceci n’est que la partie visible de l’iceberg : en réalité, le principal intermédiaire dans toute transaction, que ce soit sur eBay ou Amazon ou n’importe quel commerce, dans le monde numérique ou réel, c’est l’État qui s’insinue systématiquement entre vendeur et acheteur pour prélever sa dîme. Or, OpenBazaar fournit ni plus ni moins qu’un moyen évident de commercer « sous le radar » : s’il était précédemment possible d’envisager une activité commerciale au travers d’eBay ou d’Amazon tout en échappant, plus ou moins facilement, aux fourches caudines du fisc et des taxations diverses, OpenBazaar rend cette option non seulement envisageable mais de surcroît extrêmement simple. Mieux encore : par extension, la plateforme permet d’échanger directement des biens contre d’autres (troc typique) ou, plus à propos, des biens contre des services ou inversement, exemples typiques de transactions qu’il est extrêmement complexe (pour ne pas dire impossible) de taxer.

Comprenez bien ici que tout ceci est déjà possible dans le cadre numérique tel qu’il existe avec site centralisé : rien n’empêche de mettre en place des lieux d’échanges informels à base de petites annonces. Cependant, la nature des sites (sur des serveurs, et donc localisables), le fait qu’on puisse en retrouver plus ou moins aisément les propriétaires, les accords internationaux (fiscaux ou juridiques), tout ceci permet, pour le moment, de conserver ces fraudes, cette économie du troc ou de l’échange direct, et le travail au noir dans des proportions contrôlables. Or, OpenBazaar se débarrasse de toute centralisation et base l’intégralité des échanges sur les principes de la Blockchain, ce qui permet d’éliminer tout recours à un tiers de confiance : en somme, il n’existe plus de point central sur lequel l’État peut exercer une rétorsion. Il ne reste que les myriades d’individus participant aux échanges, myriades sur lesquelles il sera matériellement – et politiquement ! – très compliqué d’exercer des pressions.

Notez qu’ici, je n’ai même pas abordé la question épineuse des biens et des services illégaux (vente de drogue ou d’armes, contrats d’assassinat, etc…), qui, là encore, pourront trouver une place de choix pour s’épanouir : là encore, des solutions numériques sont déjà en place pour ces marchés, mais l’actuelle centralisation (forums, plateformes d’échanges) pose un risque majeur aux instigateurs. OpenBazaar supprime ce risque et diminue drastiquement le coût des transactions illégales.

Bien sûr, non, OpenBazaar ou les différentes versions qui écloront à sa suite ne feront pas disparaître le commerce traditionnel. Mais par nature même, par son côté « incensurable » et impossible à faire tomber, il va presqu’instantanément donner d’immenses possibilités à tous ceux qui ne pouvaient pas commercer du fait des barrières à l’entrée créées par l’État et ses lois, le lobbyisme et les corporations.

Eh oui : rien n’interdit de négocier le prix d’une course au travers d’OpenBazaar. Uber va se faire uberiser sans rien pouvoir y faire (vendez vos actions !).

Tout ceci m’amène à un constat, celui de la fausse dichotomie entre la société réelle et le monde numérique.

La première utilise le second pour muer, se départir des lourdeurs que ses mauvaises habitudes lui ont imposé au travers de structures (l’État) devenues progressivement bien trop lourdes et trop coûteuses pour lui permettre de s’adapter aux changements rapides de paradigmes qui pleuvent actuellement sur elle.

Et le monde numérique, non seulement a un impact sur la société « réelle », mais s’insinue de plus en plus dans celle-ci au point d’en devenir inextricable : se passer, maintenant, d’internet et de tous les énormes bénéfices qu’il apporte à chacun d’entre nous, sur toute la planète, structures étatiques comprises, entraînerait immédiatement un effondrement économique allant bien au-delà des seuls acteurs numériques.

Autrement dit, l’État ne peut plus se passer de ce qui est en train de le contourner irrémédiablement.

capitalism

En quelques années, Bitcoin a prouvé la possibilité de se passer à la fois d’une banque centrale et d’un système de tiers de confiance pour échanger des biens en toute sécurité. Que cette invention parvienne ou pas à remplacer durablement des monnaies étatiques est ici sans importance : sa seule existence, cette preuve que le concept est, sinon parfait, au moins viable et améliorable, suffit pour montrer le chemin. Openbazaar est ici dans la même situation, et peu importe qu’il ne soit pas non plus parfait. Il a d’ores et déjà réussi une fort belle mission : montrer à tous qu’il est maintenant possible de faire du commerce sans que l’État puisse s’insérer dans les transactions.

C’est évidemment une catastrophe pour l’État et ses thuriféraires. Mais c’est une excellente nouvelle pour les individus.
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Sur le web

  1. Les excès de pouvoir finissent toujours par engendrer des réactions. Retour à la bonne vieille économie du troc, version numérique?

  2. Quand je pense que la dîme, à l’origine, correspondait à un dixième des récoltes (ce qui devait être énorme et révoltant à l’époque). Que penser des deux tiers prélevés maintenant ? Les « services » rendus par l’Etat n’auront jamais été à la hauteur de ses prélèvements.

  3. « Notez qu’ici, je n’ai même pas abordé la question épineuse des biens et des services illégaux (vente de drogue ou d’armes, contrats d’assassinat, etc…). »

    Qu’on puisse être partisan de la légalisation des drogues ou du port d’arme, passe encore.
    Mais les contrats d’assassinat???

    1. Les plus grands assassins sont les états et jusqu’à nouvelle ordre ils n’ont jamais eu besoins « d’application web » pour organiser leur petit business mortel.

    2. quelqu’un: « Mais les contrats d’assassinat??? »

      Entre les plaisantins, les gamins, les tarés sans un sou et les flic qui postent des annonces « pot de miel », je ne m’y lancerais pas si j’étais un tueur.

    3. h16h16 Auteur de l’article

      Où voyez-vous que je serais partisan de contrats d’assassinats ? Ils sont possible, comme le reste, et je mentionne juste cette possibilité, c’est tout.

  4. Le site openbazaar est accessible comment ?

    1. h16h16 Auteur de l’article

      Justement, ce n’est pas un site, c’est une application.

  5. La réponse en cas de succès sera une demande d’interdiction des applis correspondantes !

    1. h16h16 Auteur de l’article

      … ce qui sera voué à l’échec, par nature.

    2. et vu que l’appli est open source, une multitude de forks verront le jour dans la foulée, multipliant les plateformes du genre !

  6. Très cher H,
    Voilà bien longtemps que je n’ai pas eu le plaisir de lire sous ta plume un texte aussi positif et à juste titre. Non que je ne me régale pas, comme tous ici j’en suis sûr, de tes tirades poétique sur notre monde en décomposition, mais mutation est aussi synonyme de renouveau et c’est bon d’en avoir l’expression.
    Je viens de réaliser avec cet article la porté du P2P, en tout cas mieux que je ne l’avais compris: c’est en fait non seulement un modèle ultra résistant (ce qui fera plaisir à Taïeb) mais il détache les business models de la contingence individuelle en quelque sorte. Bref, je ne serai pas aussi clair que toi, donc inutile de broder.
    Merci.

  7. Et bien, tu en as mis du temps pour t’y intéresser 😉
    Tiens, une autre source d’inspiration encore plus passionnante: BitShares

  8. De tous hum? je viens de checker le site payable uniquement en Bitcoins donc P2P seulement entre possesseurs de Bitcoins du coup à quand le Bitcoins à portée de tous?

    1. Uber Ebay Amazanon ont encore de longs jours devant eux 🙂

    2. h16h16 Auteur de l’article

      Acheter des bitcoins se fait en quelques minutes sur Kraken ou équivalent. Avec des euros. Bref, eBay et Amazon ont du souci à se faire (au point de regarder comment intégrer Bitcoin, pour info).

      1. ouais enfin pour l’acheteur sur internet lambda ( écrasante majorité):aucun intérêt à échanger ces euros contre des bitcoins (368e/BTC aux dernières cotations ) l’argument du non flicage par l’Etat ne tient pas trop^^: enfin tout dépend ce qu’on achète dessus: mais bon dire ouais c’est cool j’ ai acheté un livre, un film, un cours de langue ou autres ( avec les drm les transactions de jeux vidéos, logiciels, multimédias et la transaction est pas tracée comme en euros ok ouais c’est cool et après? D’ailleurs pour quel type de bien ou de services? je vois plus l’intérêt pour des choses à la limite du légal voir pas du tout en fait

        1. Autant pour moi h16 apparement pas mal de devise serait acceptées j’ ai téléchargé le logiciel pour voir ce que ça donne

        2. « choses à la limite du légal voir pas du tout en fait »

          C’est un gros marché composé de pleins de gens motivés et imaginatifs 🙂

        3. Je pense que vous ignorez beaucoup de tout l’écosystème financier et commercial qui existe déjà derrière le Bitcoin. Si en France, c’est encore de l’ordre de la « geekerie », bien d’autres pays ont déjà vu tout le potentiel de cette monnaie, la Chine en tout premier, et un certain nombre de pays d’Afrique, étonnant, non ?
          Une monnaie véritablement libre, qui ne fluctue que par l’offre et la demande, limitée dans sa quantité, qui n’est absolument pas contrôlable, et qui s’échange quasiment sans frais c’est pratiquement sans précédent. J’ajoute que la technologie mère sur laquelle s’appuie le Bitcoin, la Blockchain, pourrait potentiellement faire sauter ou du moins réduire considérablement l’emprise qu’ont les banques sur toute la finance mondiale.

          1. totalement d’ accord mais je mettait juste en avant les limites du bitcoin en tant que monnaie pas la technologie sur laquelle c’est basée en effet je viens de regarder et ouais il ya du potentiel en afrique au niveau des transfert d’argent pour l’instant sans doute que le moyen de paiement viendra la bas mais pas immédiatement

      2. Au fait, tu peux acheter sur Amazon avec du Bitcoin en passant par purse.io.

  9. L’Etat, enfin la secte usurpant ce qu l’on nommait le Gouvernement, avant. C’est bien de pouvoir éviter les sbires, Sauf que ce logiciel ne fonctionne qu’avec un réseau ADSL. Le petit 3g que nous recevons avec maintes coupures est incapable de charger amazon ou like. Cherchez l’erreur!

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