Le jour où Nixon a tué le dollar

Publié Par Bill Bonner, le dans Histoire de l'économie

Par Bill Bonner.

En 1971, le dollar a changé de nature. Les conséquences économiques dépassent les frontières des États-Unis et la “Parasitocratie” profite de ce nouveau système.

« Vous devriez relire le discours de 1971 du Président Nixon », m’a conseillé mon vieil ami Adrian Day, avant d’ajouter : “Mais il nous a mené à un monde si étrange… que personne ne sait ce qu’il faut en penser”.

Ce qu’il faut en penser… ce sera notre sujet du jour… et celui de la plupart des jours à venir. Poursuivons cette chirurgie exploratrice du système monétaire moderne. Le corps en question est si bizarre, avec son côté Frankenstein, qu’il est difficile de cerner ce qu’il se passe.

Payer pour prêter ?

La bizarrerie du monde financier actuel est clairement illustrée par les taux d’intérêt négatifs.

Désormais, il se négocie 12 000 milliards de dollars de dettes souveraines assorties de rendements négatifs.

L’intégralité de la dette publique suisse produit désormais un rendement négatif. Quant aux obligations japonaises, leurs rendements sont négatifs sur les cinquante ans à venir.

Parallèlement, le gouvernement allemand vient juste d’émettre ses premières obligations assorties d’un rendement négatif.

C’est la première fois de l’histoire que les investisseurs acceptent un rendement négatif pour l’émission d’obligations nouvelles. Normalement, les rendements passent en territoire négatif à mesure que les obligations passent de main en main… et qu’il y a surenchère sur les cours (qui évoluent en sens inverse, par rapport aux rendements).

Même les entreprises privées, qui n’ont ni le pouvoir de taxer, ni celui d’imprimer de l’argent, commencent à vendre des obligations à rendements négatifs.

Comment ?

Oui, le gouvernement allemand n’est pas le seul à franchir cette étape importante. Une banque allemande est devenue la première entreprise de l’histoire à qui les gens souhaitaient tellement prêter de l’argent qu’ils ont payé pour exercer ce privilège.

Dollar : nouvelle donne monétaire… nouvelles règles

Le vieux dicton énonçait : “Le temps, c’est de l’argent”.

Vous travaillez toute votre vie. Vous économisez une partie de ce que vous gagnez. Vos mains calleuses et votre épargne représentent une véritable richesse : la richesse que vous avez produite, et pas consommée, tout au long de votre carrière.

Mais dans un monde où les taux d’intérêt sont négatifs, à quoi bon s’être donné cette peine ? L’épargne réelle n’a aucune valeur. Allez comprendre !

Autrefois, l’épargne était la force vive animant le marché actions. Pour faire fructifier leur argent, les investisseurs achetaient des actions, fournissant ainsi aux entreprises les fonds nécessaires à leur expansion.

Mais à présent, ce n’est plus nécessaire, non plus. Les banques centrales rachètent les actions et obligations du monde entier. La Banque du Japon est désormais l’un des 10 principaux actionnaires de 90% des entreprises de l’indice Nikkei. Et le 14 juillet, le Dow a grimpé de 134 points, alors même que de plus en plus de véritables investisseurs semblent abandonner le terrain. Apparemment, la Fed, ainsi que d’autres banques centrales (indirectement), sont les plus gros demandeurs d’actions américaines.

“Nous devons protéger le dollar contre les attaques de spéculateurs financiers internationaux”, déclarait Nixon au pays, en août 1971, tout en annonçant le contrôle des prix et des salaires… et la fin de Bretton Woods, du dollar adossé à l’or.

Bien sûr, il n’en était rient. Nixon a tué lui-même le dollar, brisant la promesse solennelle d’échanger des dollars papiers contre de l’or au taux nominal, promesse tenue par 35 présidents avant lui.

À la place, nous allions payer nos factures aux étrangers dans une nouvelle monnaie.

Un vaste système de rentiers

“Le temps est venu d’appliquer une nouvelle politique économique, pour les États-Unis”, a poursuivi Nixon, dans son allocution télévisée.

D’abord, nous avons pensé que cette rupture avec l’or serait inflationniste. Nous nous sommes précipités sur l’or, pour nous protéger.

Le cours du métal jaune a été multiplié par 20, quasiment. Les actions ont chuté. En termes réels, le marché action s’est effondré d’au moins 65% par rapport à ses plus-hauts du milieu des années 1960.

Ensuite, les choses ont pris une nouvelle tournure. Le Japon a connu une expansion. La Chine lui a emboîté le pas, ensuite, avec une expansion encore plus forte. Et chez Walmart, les prix “low cost” baissaient toujours plus à mesure que les produits bon marché envahissaient le marché.

Les taux d’intérêt ont chuté, également, au cours des 35 ans qui ont suivi. Avec l’aide des Japonais et de la Chine, le président de la Fed, Paul Volcker, a maîtrisé l’inflation dans le secteur de la consommation.

Mais elle s’est emballée sur les marchés actions et obligataires. Parti au-dessous des 1 000 points en 1982, le Dow a désormais atteint un record : il est 18 fois plus haut.

Peut-être bien que sans même se rendre compte de ce qu’elle faisait, la “Parasitocratie” a créé un vaste système de rentiers. Peu de gens riches, bien sûr, comprenaient ce qui se passait. Les électeurs et le Congrès, eux, n’en avaient pas la moindre idée. Mais le système s’est montré implacable et insidieux. Les riches sont devenus plus riches, et tous les autres sont devenus (relativement) plus pauvres. Quant à la Parasitocratie, elle est devenue plus puissante.

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