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vendredi 5 juin 2026

La gratuité des transports publics à Montpellier : une mesure idéologique et coûteuse

Temps de lecture : 4 minutes

La Cour des comptes s’est intéressée, dans un rapport publié en septembre 2025, à la gratuité des transports publics mise en œuvre dans certaines villes. Contrepoints avait alors insisté sur l’illusion coûteuse et contre-productive que représentait cette approche. En effet, écrivions-nous, la gratuité « déresponsabilise les usagers, fragilise les réseaux par un manque de ressources propres et alourdit les impôts ». Elle bloque aussi l’émergence d’offres concurrentielles privées à même de proposer des solutions alternatives et d’améliorer la qualité du service rendu.

La juridiction financière revient sur le sujet avec un nouveau rapport, en partie alimenté par un sondage auprès des usagers du réseau de transport de la métropole montpelliéraine, bénéficiaires récents de la gratuité. L’objectif de l’enquête était « d’analyser les effets d’une telle modification avant que d’autres facteurs, intervenant inévitablement à long terme, ne compliquent les analyses de causalité ».

A Montpellier, la gratuité comme idéologie

Montpellier Méditerranée Métropole est la seule des 27 agglomérations regroupant plus de 100.000 habitants à avoir instauré la gratuité dans ses transports collectifs. Elle a procédé par phases : la première, en septembre 2020, a instauré la gratuité pour tous pendant le week-end ; la deuxième, en septembre 2021, l’a accordée aux moins de 18 ans et aux plus de 65 ans, semaine et week-end ; la troisième, en décembre 2023, l’a généralisée à l’ensemble des résidents de la métropole.

La Cour des comptes regrette que cette gratuité ait été mise en place avant le développement effectif de l’offre de transport collectif que la nouvelle municipalité, élue en juin 2020, a souhaité développer. « Elle est même intervenue, critique le rapport, avant la révision du plan de mobilités, qui a été suspendue ». Pourtant cela aurait permis de « mieux comprendre les besoins des usagers et les effets attendus de la gratuité sur la fréquentation ». De même, il est hautement contestable que ni le coût de cette décision, ni  son financement, n’aient fait l’objet d’une étude préalable approfondie.

En 2019 (dernière année pleine avant le début de la gratuité), les recettes tarifaires des transports publics montpelliérains s’élevaient à près de 40 millions d’euros (M€), couvrant 37% des charges d’exploitation de l’opérateur (la TaM). Cette part, note la Cour, se situait plutôt dans le haut de la fourchette des réseaux de taille similaire. En 2024, elle a chuté à 6%. Il ne demeure plus, en effet, que les recettes provenant des non-résidents de la métropole.

C’est donc le versement mobilités, contribution des employeurs assise sur la masse salariale, qui constitue une des sources principales de financement des transports publics. Source insuffisante et qui ne peut guère augmenter puisque le taux de la contribution est déjà au maximum légal. Le dynamisme économique du territoire a permis de compenser en partie la perte de recettes tarifaires, mais il a néanmoins fallu augmenter les subventions publiques dans des proportions importantes ; à tel point que la dette transport de la métropole atteignait 518 M€ fin 2023, soit la moitié de sa dette totale.

Une augmentation de 613% de la subvention aux transports publics

Les magistrats financiers s’inquiètent des perspectives financières, puisque les travaux d’extension de l’offre nécessitent 1,9 milliard d’euros (Md€) d’investissements entre 2024 et 2031, soit en moyenne 270 M€ par an.

Ainsi, le montant de la subvention publique consacrée au transport devrait passer de 75 € par habitant et par an, en moyenne pour la période 2015-2024, à 460 € pour la période 2025-2031 ! A n’en pas douter, les contribuables locaux seront, un jour ou l’autre, mis à contribution !

Dans son rapport, la Cour rappelle que « Le coût de la gratuité ne se limite pas aux pertes de recettes tarifaires. Il inclut une hausse des dépenses opérationnelles en particulier celles nécessaires pour adapter l’offre de transport en raison de l’augmentation du nombre de voyageurs. » Ce coût n’a pas été évalué par la métropole, alors la Cour des comptes s’est prêtée à l’exercice en faisant une estimation qu’elle qualifie de prudente : 32 M€ en 2024 ; 38 M€ en 2026 ; 45 M€ par an après 2031.

Un coût exorbitant au regard des bénéfices réels pour les usagers

Quant au sondage réalisé par la Cour des comptes auprès des usagers et habitants, il révèle un « premier bilan en demi-teinte ». La majorité d’entre eux a simplement maintenu ses habitudes mais une portion notable (41,6%) a plus utilisé le réseau. Il en résulte une hausse nette de 20% des déplacements en transports collectifs. Cette augmentation s’est concentrée dans le cœur de la métropole, et en heures de pointe, ce qui a accru la saturation du réseau.

Ceci dit, la majorité des trajets additionnels provient de personnes qui utilisaient déjà les transports collectifs, et non de nouveaux usagers qui ne les utilisaient jamais auparavant. Par ailleurs, ce sont essentiellement les habitants du cœur de la métropole qui ont accru leur fréquentation, et non ceux de la périphérie. Enfin, on notera que la plupart des nouveaux trajets ont été effectués en heures de pointe, ce qui a mécontenté les usagers quotidiens du réseau (dont une partie a, de ce fait, réduit sa fréquentation).

Le rapport révèle aussi que les nouveaux trajets en tramway et bus se sont faits au détriment, à 39%, de la marche, du vélo et de la trottinette, et à 33% de la voiture et de la moto. Les 28 % restants correspondent à des trajets qui n’étaient pas effectués auparavant. En conséquence, nous dit la Cour, « un premier bilan des coûts et bénéfices induits par ces changements sur la santé et l’environnement s’avère négatif ». Pourtant, il s’agissait bien, avec la gratuité des transports, de « faire de Montpellier une métropole décarbonée à l’horizon 2040 » comme l’a déclaré son président Michaël Delafosse.

 Les magistrats financiers rappellent que le prix était peu évoqué parmi les obstacles à la fréquentation des transports publics montpelliérains. En revanche, l’inadéquation de l’offre et des temps de trajet trop longs étaient des freins souvent cités avant la gratuité. Ils persistent comme nous l’avons dit, le réseau n’ayant pas été modernisé comme il aurait fallu. Il s’en est ajouté de nouveaux, comme l’affluence dans les rames, l’insécurité et la saleté, qui découragent certains usagers.

Alors, bien sûr, la gratuité est la plupart du temps bien accueillie par les usagers. Mais l’est-elle par les contribuables ? Rien ne justifie vraiment que ceux qui n’utilisent jamais les transports collectifs doivent en payer le même prix que les usagers intensifs. Usagers intensifs qui ne sont peut-être même plus contribuables locaux depuis la suppression de la taxe d’habitation.

Que dirait-on si l’on demandait aux automobilistes qui n’empruntent jamais les autoroutes, ainsi qu’à à tous ceux qui n’ont pas de voiture, d’en payer tout de même le péage ?

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18 réponses

  1. « Que dirait-on si l’on demandait aux automobilistes qui n’empruntent jamais les autoroutes, ainsi qu’à à tous ceux qui n’ont pas de voiture, d’en payer tout de même le péage. »
    Est-ce que ça n’est pas déjà le cas des autoroutes gratuites ?
    Celui qui n’a pas de vélo paie les pistes cyclables, et là aussi, aucune étude d’impact.

    1. La TIPP dépasse de loin TOUS les besoins en infrastructures routières, les automobilistes paient déjà bien plus que leur part pour le réseaux routier.

  2. « Que dirait-on si l’on demandait aux automobilistes qui n’empruntent jamais les autoroutes, ainsi qu’à à tous ceux qui n’ont pas de voiture, d’en payer tout de même le péage ? »

    C’est un scandale !

  3. Encore une mesure démagogique et clienteliste prise par un maire juste avant les prochaines élections municipales de mars 2026
    Le tout gratuit promu depuis 40 ans est une calamité pour notre économie car toutes ces largesses sont financées par les entreprises et la dette…..

  4. La gratuite profite comme souvent à une population qui bénéficie déjà d’aides sociales en tous genres et qui empruntent le réseau pour se promener et non pour aller travailler ou chercher un emploi !!!

    1. elle profite aussi au bobos des centre ville qui bénéficient également de l’interdiction de circulation pour la plèbe des banlieues donc ils ont le beurre et l’argent du beurre payé par les pauvres.

    2. pourquoi les autoroutes? . c’est le cas pour le réseau routier ou un peu le réseau électrique..

      On pourrait mettre ajouter l’hopital public..

      mais bon… tant qu’il a de l’argent des autres..

    3. en fait, pas tout à fait.. et vous avez une réaction qui augure de ce qui se passera , quand l’argent viendra à manquer ils inventeront des raisons d’interdire tel ou tel trajet.. jugé utile ou pas…

      les effets pervers sont nombreux et ne s’arrête pas au réseau. Ca impacte le prix de l’immobilier etc… sans parler de la corruption ou du clientélisme… création de lignes nouvelles, d’arrêts.. qui JUSTIFIE de « réguler le développement immobilier une des conséquence des réseaux obligatoires et la restriction de la propriété privée…

  5. La suppression de la taxe d’habitation relève de la même ineptie. Des services et investissements « gratuits » qui restent à la charge de la collectivité et que certains doivent financer.

  6. Merci pour ce résumé exemplaire d’une étude CdC sérieuse ! Ayant visité Montpellier, j’avais trouvé que le logiciel de paiement sur smartphone était intelligent et souple. J’imagine que ce sont les commerçants du centre au sens large qui gagnent à faciliter l’arrivée des chalands. Taxe ad hoc ?

    1. Ah nos merveilleux bobo_ecolos!!!!
      Parce que les commerçants n ont pas vu leurs impôts de production augmentés tres nettement via la taxe mobilité payée par tous les professionnels de la métropole???

  7. En Suisse, surtout romande aussi la tentation des transports gratuits arrive gentiment. A Genève les moins de 25 ans bénéficient déjà de la gratuité des transports publics aux heures de pointe. ( matin, midi, fin d’après-midi). On connaît leur tactique du salami. Les promoteurs de la gratuité disent que ça marche très bien dans les villes européennes où c’est gratuit. Évidemment quand c’est gratuit, les gens en profitent et les TP roulent bondés. Mais pour les coûts astronomiques, ils évitent d’en parler. Lausanne 150’000 habitants avec des bus, deux lignes de métro et un futur tram, j’imagine pas comment sera financé tout ça quand la gratuité sera généralisée. Pour l’instant c’est pas au programme de la majorité rose- verte. J’ai dis pour l’instant. Ils n’ont pas encore terminé de chasser les voitures du centre ville.

  8. On pourrait aussi en dire de même pour les écoles publiques pour ceux qui n’ont pas d’enfants ou les hôpitaux publics pour ceux qui sont assurés dans le privé. Il ne faut pas tout mélanger. La gratuité des transports publics est une posture idéologique de gauche anti- voitures. Une autoroute gratuite sert aussi ceux qui n’ont pas de voiture. En Suisse, les autoroutes sont quasi gratuites. Mais les secours ou la gendarmerie les utilisent par exemple sur l’autoroute de contournement de Lsusanne pour secourir plus rapidement des personnes qui n’ont pas de véhicule.

  9. Lorsque nos éminentes structures politiques parlent de gratuité, cette appellation est fallacieuse et malhonnête : en réalité c’est le servile contribuable qui paie…

  10. Bonjour
    Allez jeter un coup d’œil aux chiffres comptables de la CTS qui gère les transports publics de la Métropole de Strasbourg.
    Entreprise centenaire de plus de 1600 salariés avec métiers multiples
    En 2018, le chiffre d’affaire apporté par les usagers représentait environ la moitié de la masse salariale.
    Le gros des entrées financières provient des subventions massives issues des collectivités, permettant d’avoir un système en équilibre.
    La cours des comptes a publié plusieurs documents très détaillés sur la question :
    https://www.ccomptes.fr/fr/publications/societe-anonyme-deconomie-mixte-compagnie-des-transports-strasbourgeois-bas-rhin
    … allez voir également les autres liens…
    Il est impossible de financer ce genre de transport public uniquement avec les recettes des usagers, même avec plus de 70 millions de voyages annuels ‘2017) qui seraient payés au prix fort (Ticket secours) à 2€.
    La majeure partie des voyages concerne les scolaires (gratuits) et les personnes se rendant à leur travail utilisant des abonnements : 560€ annuel.
    Le compte n’y est pas pour le service rendu.
    Ce genre de service ne pourrait être entièrement privatisé.
    Il a souvent des « couac », problèmes et grèves aussi, mais ça nous rend quand même un très bon service globalement.
    Cette remarque pour les défenseurs de la privatisation tout azimut.
    PhB

  11. Petit complément
    Evidemment, je ne suis pas non plus pour le tout gratuit.
    Chacun doit contribuer, si modestement soit-il , à la bonne marche de la société, en payant son dû pour l’utilisation de tous les services mis à sa disposition, sinon c’est un PARASITE.
    Cela a été une grosse Co…… d’avoir supprimé la Taxe d’Habitation.
    PhB

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