Journal d'actualité libéral
|
mardi 21 juillet 2026

La France en pénurie de climatiseurs : le prix de trente ans de désindustrialisation

Temps de lecture : 2 minutes

Après les masques en 2020, les climatiseurs en 2026 : jeudi 2 juillet, la vente de 200 000 appareils chez Lidl a viré au chaos, avec des bagarres pour les quelques équipements disponibles. Un pays qui se bat pour un ventilateur n’a pas un problème de météo, il a un problème d’offre et un problème d’offre se résout par la production, pas par la communication ministérielle.

« Tout le stock a été réquisitionné par la préfecture », affirme un internaute reparti bredouille d’un Leroy Merlin de Charente-Maritime. L’État s’en défend : les établissements auraient simplement été « invités à commander eux-mêmes » (cabinet de Stéphanie Rist, ministre de la Santé). Peu importe la sémantique administrative : que ce soit par réquisition ou par incitation, l’effet sur le marché est strictement identique. En n’ayant rien anticipé, la puissance publique s’est retrouvée à jouer des coudes avec ses propres citoyens pour les mêmes cartons de climatiseurs. La ministre a fini par admettre, sur TF1, « une tension sur ce marché » : un aveu de retard, pas une explication. Car cette pénurie ne vient pas du ciel, elle vient de décennies de désintérêt pour l’appareil productif. En 2025, 82 % des climatiseurs importés en France provenaient de Chine (60 %), de Corée du Sud (13 %) et de Thaïlande (9 %)[1]. Le groupe Atlantic invoque une spécialisation historique française dans le chauffage plutôt que le refroidissement : un choix industriel d’hier qui coûte cher aujourd’hui.

Aucune étude nationale n’avait évalué la capacité du parc immobilier hospitalier à garantir la résilience d’été, un manquement documenté dès 2024 par la Cour des comptes elle-même — preuve que l’impréparation de cet été n’est pas un accident de calendrier mais la continuation d’un aveuglement connu et établi depuis deux ans, sans qu’aucune politique de rattrapage n’ait suivi. Cette même impréparation se retrouve, en miroir, du côté industriel : des décennies sans investissement dans la production de climatiseurs, une filière qui vise péniblement 70 000 unités d’ici 2030 quand le seul marché des pompes à chaleur air-air en absorbe 800 000 par an[2] et une dépendance à des circuits d’approvisionnement asiatiques par nature incapables de répondre à un pic de demande en quelques semaines. « Les industriels n’ont pas investi », résume Grégoire Morineaux, de Rexel (Le Figaro, 4 juillet 2026). Coût du travail élevé, normes qui ont bridé la demande, énergie chère, plans publics lancés puis abandonnés : la France n’a en effet jamais offert à ses industriels d’horizon stable pour investir dans la climatisation.

Ces ruptures de stock massives ne relèvent donc en rien de la fatalité climatique. C’est le prix de décennies sans investissement industriel et d’un État qui préfère improviser dans l’urgence plutôt que de laisser le marché anticiper.


[1] La Fabrique de l’industrie, données citées par Le Figaro, 4 juillet 2026

[2] Camille Beurdeley, Uniclima, citée par Le Figaro, 4 juillet 2026

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


16 réponses

  1. Excellent article. Nos dirigeants (surtout à gauche mais pas que…) ont préféré faire plaisir à leurs électeurs avec des cadeaux à court terme plutôt que d’avoir une vision stratégique à long terme sur l’industrie. Voilà où nous en sommes…

  2. Vous oubliez de préciser que la faillite de l’Etat en ce domaine tient pour beaucoup à l’idéologie écolobobogaucho de l’état profond qui tout en clamant à chaque instant la survenue du réchauffement climatique n’a rien trouvé de mieux que les antiennes anticapitalistes comme solutions ! Conseiller au bon peuple de climatiser les logements pour répondre au réchauffement ? C’était trouver une réponse immédiate au problème mais aux yeux de ces idéologues c’était surtout retarder le grand soir. Impensable pour nos tordus escrologistes !

  3. Bravo à Cristina Meng pour cette prise de position claire et courageuse. À l’approche des prochaines échéances électorales, il est urgent de remettre la réindustrialisation au cœur du débat public. La souveraineté économique, la maîtrise de nos chaînes d’approvisionnement et le maintien des compétences industrielles en France ne peuvent plus rester de simples slogans. Il faut désormais accélérer et passer aux actes.

  4. On accuse le GVT de tous les maux, mais exceptionnellement ce n’est pas lui le responsable dans cette affaire mais bien nos concitoyens.
    L’alerte de la précédente canicule, les nombreuses mises en gardes du réchauffement de la planète auraient du inciter les français à s’équiper… sauf que voilà ils ont la bouche trop grande pour réclamer, se plaindre, accuser et pas assez de jugeote pour anticiper par eux-même.
    Nos concitoyens sont devenus totalement dépendant d’un Etat trop protecteur qui les a réduit à l’état d’assistés et de mendiants décérébrés!

    1. « Nos concitoyens sont devenus totalement dépendant d’un Etat trop protecteur qui les a réduit à l’état d’assistés et de mendiants décérébrés ! »
      Vous voyez que c’est bien le gouvernement qui est responsable.
      Qui infantilise les Français depuis 40 ans ? Qui ne forme plus ni à l’économie, ni aux maths (ni même au français) ? Qui distribue toujours plus d’aides et de « droits à » ? Qui crée les chèques de ceci et de cela (vélo, et jusqu’à faire repriser les vêtements !) Qui crie sur tous les toits qu’il va « protéger les Français » ? Le gouvernement.
      Bon, ceci dit, je n’ai pas entendu les Français accuser le gouvernement du manque de clim dans les magasins, en revanche dans les écoles, les ehpad et les hôpitaux, oui, et là, c’est bien le gouvernement qui est responsable.

      1. nous sommes assez d’accord sur le fond !
        Ma remarque vient du fait que je venais de regarder une émission de CNews où le commentateur citait des statistiques montrant que la France était sous-équipée en clim dans les logements et c’était l’Etat qui était montré du doigt…
        Merci pour cette remarque.

        1. Oui nous sommes en accord sur le fond et je suis totalement d’accord avec vous sur le fait que depuis le temps qu’on sait que les températures sont impressionnantes chaque été, les Français auraient pu s’équiper sans attendre la pleine chaleur.
          Les appartements sous les toits ne sont pas de la responsabilité de l’Etat et il ne faut pas tout attendre non plus des propriétaires : entre les films anti-chaleur à coller sur les fenêtres (qui ne valent pas une fortune surtout vu la taille de ces fenêtres) et les clim portables, les locataires peuvent s’équiper eux-mêmes.

  5. Il est temps que nos gouvernants répondent à cette question : qu’avez vous fait du pognon ?
    Notre salut ne viendra pas de l’Etat mais d’un marché non faussé par des subventions et par la prise de conscience des Français qui doivent mieux dépenser leur argent et ne pas tout attendre des multiples aides.
    Ce n’est pas parce qu’un investissement est subventionné que c’est celui qu’il me faut. Quand j’ai fait installer une PAC réversible, je n’avais pas droit à l’aide de l’Etat justement parce qu’elle est réversible mais je savais de quoi j’avais besoin, la canicule actuelle me donne raison. Mon voisin a préféré investir dans un poêle à pellets subventionné et il crève de chaud dans sa maison non climatisée.

      1. Ah, la fameuse réquisition des lieux de fraicheurs voulu par ce sénateur communiste dont je n’ai plus le nom ! Comment oses-t-on garder cette fraîcheur pour nous, vilains égoistes capitalistes que nous sommes ! Et nous osons encore manger des steaks, ne pas vouer un sacro saint culte à la terre mère Gaia !
        Personnellement, ces gens peuvent penser ce qu’ils veulent, je leur souhaite juste de bien suer dans leurs habitations surchauffées, moi, je suis confortablement installé chez moi où il fait très bon grâce à ma petite clim portable !

    1. Exactement pareil pour moi !
      J’ai fait installer Clim et panneaux solaires sans aide (ou quasiment aucune 500 € de remise sur 11500 en passant directement par EDF)…

  6. Avec la climatisation nous commençons vraiment à toucher le fond du buzz médiatique
    Entre la canicule et les feux de forêts, ça tourne en rond

  7. La reindustrialisation est un leurre couteux ( des milliards de subventions pour attirer qq entreprises) agité régulièrement par notre PR a défaut de véritable stratégie
    Produire en France des climatiseurs, panneaux solaires, éoliennes, batteries…..situés en bas moyen de gamme beaucoup plus chers qu en chine releve du suicide
    Gardons nos financements pour investir et innover

    1. Entièrement d’accord avec vous.
      Je comprends le raisonnement qui consiste à croire que ce qui est produit chez-soi coûte moins cher à l’achat aux habitants du chez-soi. C’est valable en Allemagne, je n’ai qu’un exemple : les couches bébé Pampers, bien moins chères en Allemagne qu’en France.
      Mais ce raisonnement n’est absolument pas valable en France, compte-tenu du coût des charges salariales et des impôts à tous les étages. Face à la concurrence chinoise, on ne peut pas faire le poids c’est ainsi.
      Il vaut bien mieux investir dans l’avenir, comme l’informatique, mais vu qu’on ne sait pas non plus anticiper…

  8. Ce sont les verts qui ont mis la France dans un sale état. Ils ne veulent pas du nucléaire, de l’automobile, de climatiseurs. Résultat, on doit maintenant les importer et notre industrie disparaît. Demain, ce seront nos emplois et nos services publics qui vont disparaître. Pas besoin de Trump, on retournera à l’âge de pierre.

  9. Les gens vont ils enfin comprendre qu’il faut qu’ils agissent par eux même au lieu d’ attendre encore une aide pour s’ équiper ? Pas sûr. Une pétition ne va pas tarder à voir le jour pour demander une aide dans ce sens. Attendons….
    Que l’ état soit responsable des écoles, EHPAD, hôpitaux et autres et que son manque de vision soit flagrant c’est certain. Enfin sauf pour les bureaux des ministères et autres….. Les vieux peuvent crever de chaud tant qu’eux sont au frais ! Ou est passé tout le pognon ponctionné soi disant pour eux ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.