[Débat] Quelle position avoir face à la Chine ?

Regards croisés sur la récente visite du chef de l’État français en Chine.

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[Débat] Quelle position avoir face à la Chine ?

Publié le 21 avril 2023
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Emmanuel Macron a beaucoup fait parler de lui lors de sa visite en Chine et avec ses propos sur les tensions avec Taïwan. L’occasion pour les auteurs de Contrepoints Finn Andreen et Christian Michel de débattre sur ce sujet et sur la place de l’État dans les relations internationales.

 

Macron en Chine : le manque d’indépendance de la France

Selon Finn Andreen, la visite récente du président Macron en Chine illustre le manque d’indépendance politique de la France à la fois vis-à-vis de l’Union européenne et des États-Unis. Les messages contradictoires de Macron, en mettant l’accent sur le conflit en Ukraine tout en plaidant pour une stratégie européenne d’autonomie, montrent une absence de clarté dans la politique étrangère de la France. Pour Finn Andreen, la France devrait améliorer ses relations avec la Russie et la Chine tout en cherchant une relation plus équilibrée avec les États-Unis.

 

La récente visite du président Macron en Chine a été très suivie pour des raisons politiques plutôt qu’économiques. Ce n’est pas surprenant puisque la Chine est le centre de l’attention en Occident, étant donné sa proche relation avec la Russie, mais aussi à cause de la dégradation de ses relations avec les États-Unis.

Il est souvent difficile de savoir exactement quelle est la position d’Emmanuel Macron, et donc de la France, en politique étrangère, car le président passe souvent « en même temps » des messages contradictoires. Cette visite en Chine ne fut pas une exception. Mais elle fut aussi un exemple flagrant du manque d’indépendance politique de la France aussi bien de l’Union européenne que des États-Unis.

 

Manque d’indépendance envers Bruxelles

D’abord, Macron a clairement confirmé la position de dépendance de la France à l’Union européenne, en invitant Ursula von der Leyen à l’accompagner en Chine. En mars, la présidente de la Commission et probable future cheffe de l’OTAN a déclaré conjointement avec les USA que la Chine est un « rival stratégique ». En lui proposant de participer à cet échange bilatéral, Macron a non seulement associé la France à l’Union européenne, mais aussi avec la position clairement antichinoise de Washington.

Lorsque Macron a évoqué la « feuille de route bilatérale » entre la France et la Chine, il a prononcé les mots suivants au président chinois, lesquels méritent d’être intégralement cités :

« Vous l’avez évoqué, ce partenariat stratégique nous le voulons et il est au fond très illustratif, en effet, de cette vision française et je crois maintenant pouvoir le dire, européenne. Cela fait cinq ans que vous m’entendez défendre la souveraineté européenne, une autonomie stratégique européenne, au service d’ailleurs d’un projet commun mais aussi parce qu’elle est jumelle de l’indépendance française. Je crois que nous y sommes et je pense que l’Europe est en train de se doter d’une vraie stratégie en la matière, et je pense que c’est d’ailleurs l’intérêt de nos amis d’œuvrer en ce sens. Et notre feuille route bilatérale, je crois, a une total pertinence à cet égard. »

Xi Jinping et ses collègues chinois peuvent être pardonnés de n’avoir pas compris la relation entre la France et l’Union européenne. À travers cette description tordue et confuse, la France est présentée comme indépendante mais en même temps (sic) liée à l’Union européenne, ce qui est contradictoire.

 

Manque d’indépendance envers Washington

Pour les États-Unis, la Chine est non seulement un obstacle à son hégémonie mais aussi un levier pour influencer le conflit en Ukraine en faveur de l’Occident. Mais Washington n’a que peu de contact avec Pékin depuis la destruction, début février, d’un ballon météorologique chinois sans échanges préalables, et après les remarques personnelles du président Biden envers Xi Jinping lors de son discours sur l’état de la Nation, le 7 février.

Macron a donc commencé sa visite en Chine en véhiculant les messages de Washington, en particulier une intransigeance quant à une possible fourniture d’armes à la Russie. Il aussi insisté auprès des Chinois sur la nécessité de « ramener les Russes à la raison », demande qui forcément ne pouvait aboutir. Pour Pékin, la guerre en Ukraine ne concerne pas les relations entre la Chine et la France. Si Macron avait une politique étrangère indépendante des États-Unis, il n’aurait donc pas priorisé le conflit en Ukraine.

Les États-Unis et la France souhaitent utiliser la Chine pour « faire basculer » le conflit ukrainien en leur faveur. Ceci semble improbable étant donné que la Chine comprend la position russe sur l’origine du conflit et ne s’y immisce pas. De plus, en quittant Moscou en mars, Xi Jinping a dit à Poutine qu’ensemble ils effectuaient des changements sur le monde comme il n’en n’a pas vu depuis 100 ans.

La position de Macron montre donc non seulement une considération démesurée des intérêts des États-Unis, mais aussi une ignorance du monde multipolaire qui prend forme de manière accélérée. La France aurait intérêt à soigner ses relations avec la Russie et la Chine et en même temps revenir à une relation plus symétrique avec les États-Unis. La France ne pourrait-elle pas effet jouer un rôle unique de vase communiquant entre, d’une part les États-Unis et un groupe de pays subordonnés qui insistent sur la préservation du concept de monde unipolaire, et d’autre part le reste du monde, mené par les BRICS ?

 

Le « en même temps » est de retour

À la fin de sa visite en Chine, Macron a néanmoins fait quelques déclarations qui allaient dans le sens des Chinois et du monde multipolaire, ce qui en a inquiété certains à Washington.

Par exemple, France24 rapporte que « Macron suscite un tollé en défendant une voie européenne entre Chine et États-Unis ». Et Politico titre que « Macron incite les Européens à ne pas se penser en suiveurs des États-Unis », et que « le président français plaide pour l’indépendance vis-à-vis des positions américaines. »

Cette position ne peut que rappeler la politique gaullienne d’indépendance et d’autonomie stratégique de la France. Cependant, jusqu’à preuve du contraire, il ne faudrait pas prendre au sérieux ce genre de déclarations car les actions de Macron démontrent qu’il a positionné la France clairement dans le camp de Washington, continuant ainsi une soumission stratégique envers les USA qui existe au moins depuis la présidence de Nicolas Sarkozy.

 

Quel rôle pour l’État ?

Les visites de chefs d’État devraient soulever la question du rôle de l’État dans les relations entre les nations. Il y a une tendance à oublier que les relations les plus importantes entre elles sont les relations économiques. Et dans des sociétés libres ces relations ne concernent pas les gouvernements mais les entreprises et les individus qui échangent entre eux au-delà des frontières politiques. Par leur zèle souvent mal placé, les gouvernements peuvent aussi bien faciliter le commerce en respectant et protégeant le libre-échange, que l’entraver en essayant de le contrôler.

Ces dernières années, les Occidentaux, États-Unis en tête, sont responsables d’entraver les échanges commerciaux avec la Chine. Xi Jinping a du rappeler à Ursula von der Leyen et à Macron que « la Chine et l’Union européenne devraient maintenir leurs marchés ouverts l’un à l’autre, offrir un environnement équitable et non discriminatoire aux entreprises de l’autre partie, et éviter de transformer les questions économiques et commerciales en questions politiques ou de sécurité nationale. »

Quelle ironie que ce soit la Chine, officiellement communiste, qui rappelle à l’Europe les principes du libre-échange.

 


 

Pourquoi la Chine est bien un adversaire stratégique du monde libre ?

Christian Michel soutient que la Chine est un adversaire stratégique du monde libre car elle remet en question les valeurs universelles et le droit d’ingérence. Selon Christian Michel, la multipolarité du monde, prônée par certains, ne conduira ni à la paix ni à la prospérité, mais qu’un ordre mondial fondé sur des institutions internationales solides est nécessaire pour garantir la sécurité et la liberté pour tous.

 

Comme des marathoniens font la course en tête un moment avant d’être rejoints et dépassés, différentes civilisations au cours de l’histoire ont dominé leur partie du monde – Assyriens, Égyptiens, Grecs et Romains, Chine sous les dynasties Tang et Song, Mayas et Aztèques, Ottomans. Et bien sûr, plus près de nous, les empires nés en Europe. Ils ont projeté partout la civilisation occidentale.

Mais aujourd’hui la Chine et aussi la Russie, et quelques seconds couteaux, déclarent que le jeu a assez duré, qu’il est temps pour l’Occident de se replier, que le futur est à un monde multipolaire. Chacun chez soi sur cette planète, comme des voisins dans leur bungalow, avec un panneau « Don’t tread on me » pendu à la grille. N’est-ce pas la recette d’un monde bien ordonné ?

Que non ! Et l’histoire nous le montre. Car la multipolarité que d’aucuns réclament n’est qu’une extension à l’échelle de civilisations du principe westphalien qui a gouverné la diplomatie européenne du XVIIe siècle jusqu’à la fin du siècle dernier. Assez longtemps pour que l’expérience soit probante.

 

Pourquoi un monde westphalien nourrit les tyrannies

À gros traits, la trame fut la suivante.

Avec la Réforme que certains souverains embrassèrent alors que d’autres restèrent fidèles à l’Église catholique commença un cycle de persécutions et de guerres de religion. Elles furent humainement abominables, économiquement ruineuses. Pour y mettre fin, les souverains se lièrent par différents pactes établissant le principe de Cujus regio, ejus religio, la religion du souverain est acceptée comme étant la religion de ses sujets, même si cela n’est pas vrai. L’heureuse conséquence, puisqu’elle marqua la fin des conflits, fut de délégitimer l’intervention d’un prince volant au secours de coreligionnaires discriminés ou massacrés chez son voisin.

Le principe fut plus tard intégré dans les différents Traités de Westphalie de 1648. Il y est établi que quelles que soient l’étendue de son territoire ou la taille de sa population, chaque État est égal en droit à tous les autres États. Il est maître chez lui (on pourrait dire comme un propriétaire), sans avoir de comptes à rendre à quiconque, sans avoir à craindre d’interférence ou d’ingérence dans ses affaires intérieures. La dramatique conséquence – revers de Cujus regio – fut que les pires régimes que l’humanité ait connus purent se livrer impunément à des déportations, des massacres de masse, des génocides.

C’est pourquoi Westphalie et la règle du « chacun maître chez soi » ne sont plus acceptables, ni éthiquement ni même économiquement. La honte d’être restés l’arme au pied, comme indifférents aux abominations perpétrées sous les totalitarismes du siècle, fit émerger chez les dirigeants occidentaux dès les années 1980 deux concepts nouveaux, le « droit d’ingérence » et le « devoir de protéger ». En d’autres termes, point de sanctuaire pour les criminels politiques.

Pourquoi ? Parce que certaines valeurs sont universelles. Où qu’il se trouve, dans quelque société qu’il vive, l’être humain souffre d’être privé de parole et d’initiative, d’être dépossédé, discriminé, déporté, enfermé, torturé, tué. Le libéralisme, qui rejette toute justification à l’infliction de souffrances à des êtres humains innocents, est donc bien une philosophie universelle. Le libéralisme prescrit qu’il est de notre devoir de porter secours à ceux qui souffrent d’abus politiques (autant qu’aux victimes de catastrophes naturelles), en s’ingérant pour cela dans les affaires intérieures du pays concerné. Parfois il est déraisonnable de suivre ce devoir (de même que les secouristes renoncent à une intervention trop dangereuse pour eux-mêmes et qui ne sauveraient pas ceux qui les attendent), mais l’impossibilité matérielle d’intervenir n’invalide pas le principe qu’il le faudrait.

Un libéral conséquent ne peut sans se déjuger accepter la multipolarité du monde. Il ne saurait tenir des propos tels que « rééduquer les Ouïghours (selon l’euphémisme en vigueur) est une décision qui relève du gouvernement chinois, nous n’avons rien à en dire », ou bien « si le Parti communiste chinois veut immoler quelques millions de Taïwanais qui ne veulent pas se soumettre à sa loi, ce n’est pas notre affaire » (de la même façon que des libéraux n’oseraient pas déclarer « c’est ok s’ils lapident les femmes adultères et les filles qui ont entaché l’honneur de la famille, c’est leur tradition ».

En fait, je ne sais pas pourquoi je n’attribue de telles réserves qu’aux libéraux. Tout être humain qui possède une conscience morale sait que cette violence contre des innocents est perverse.

 

Pourquoi les arguments réaliste et isolationniste en faveur de la multipolarité ne tiennent pas

Néanmoins, on rencontre cette perversité en politique étrangère chez les réalistes et chez les isolationnistes.

Pour les réalistes, dans la tradition de Machiavel, de Hobbes et d’une pléiade de penseurs au XXe siècle, les États sont les seuls acteurs pertinents sur la scène internationale. Ils ne reconnaissant aucune autorité au-dessus d’eux, aucun organisme supranational. Et par une sorte d’anthropomorphisme ces États sont supposés mus par les mêmes intérêts que les humains de chair et de sang – soif du pouvoir, rivalité mimétique et peurs. Les relations internationales sont ainsi condamnées à l’anarchie (au sens populaire du terme), à une course perpétuelle à la domination armée, un jeu à somme nulle, puisque le renforcement de l’un entraîne l’affaiblissement de l’autre. L’absence de conflit résulterait de ne pas chatouiller son voisin.

Les isolationnistes, eux, font un pas de plus dans le pessimisme. À un fantasme autarcique, ils ajoutent l’autoflagellation. Comme notre gouvernement est aussi vil, vénal et violent que les autres, expliquent-ils, nous n’avons aucune leçon à leur donner.

Or, il est objectivement faux que les gouvernements occidentaux soient aussi répressifs et corrompus que leurs homologues chinois et russe (pour ne citer que ceux-là).

Et à la grande différence de la « pensée Xi Jinping », le libéralisme occidental reconnaît des règles de droit que chacun peut invoquer contre son gouvernement. Mais qu’est-ce qu’un Chinois peut objecter au Parti qui affirme que l’individu ne possède aucun droit opposable à la volonté de ce Parti et à l’intérêt du pays tel que ce Parti le définit ?

 

Pourquoi un monde multipolaire n’apportera ni la paix ni la prospérité

Comme seule évidence d’un monde multipolaire fonctionnel, quelques historiens citent le « concert des nations », qui harmonisa l’Europe après 1815.

L’expérience est-elle réplicable aujourd’hui ?

Les instrumentistes de ce concert étaient peu nombreux : France, Royaume Uni, Prusse, Autriche, Russie. Ils étaient de puissance comparable, ils partageaient le même ethos européen. Mais la géopolitique aujourd’hui n’est plus limitée à l’Europe. Une centaine de pays y sont inclus et tout le travail des diplomates est de discerner les quelques valeurs qu’ils partagent (j’y reviendrai).

Cependant, même cette prestation exemplaire du « concert des nations » n’évita pas les fausses notes (guerre de Crimée, guerres entre la France et l’Autriche en Italie, entre la Prusse et le Danemark, la Prusse et l’Autriche, la Prusse et la France…) et elle se termina (il faudrait quand même en tenir compte !) par la boucherie de la Première Guerre mondiale.

Certes, si chaque prédateur pouvait être confiné dans son pré carré, encagé et inoffensif, la paix serait assurée entre États, car au contraire, rien ne garantirait la paix intérieure à ces États puisqu’ils pourraient avec impunité tyranniser leurs minorités et leurs dissidents. Mais qui serait le gardien de ce zoo géopolitique ? Qui, mieux qu’aujourd’hui, empêcherait un raid sur Taïwan, ou l’invasion de l’Ukraine, ou ces guerres épidémiques entre plus petits acteurs en Afrique, dans la péninsule arabique, en Asie… ?

Et la réfutation de ces silos géopolitiques est celle-ci : pour son épanouissement, l’humanité a besoin d’ouverture, de circulations, d’interpénétrations et certainement pas d’isolationnisme, d’indifférence aux problèmes du monde et de fermetures aux échanges de tous ordres.

 

Car on n’apprend pas à des libéraux, lecteurs d’Adam Smith, que la division du travail est « l’origine et la cause de la richesse des nations ». Sans échanges planétaires, sans investissements transnationaux, sans monnaies mondiales, sans globalisation, d’où viendrait la prospérité commune ?

Il survient des crises. Des urgences. La covid. La pénurie alimentaire. Il est prudent de constituer des stocks. Cependant, comment faire confiance à des États comme la Chine et la Russie qui, même en dehors de périodes critiques, déclarent sans ambages que les entreprises sur leur territoire ne suivront pas la logique économique ? Ces entreprises nous servent, préviennent ces États, pas leurs clients, pas leurs investisseurs, ni leurs employés. Alors, sur quelle assurance se fonder si vous voulez traiter avec ces entreprises et que vous opérez dans un autre pôle ?

 

Pourquoi la paix, la sécurité et la prospérité de tous exigent un ordre mondial

Pas la multipolarité. Pas le « chacun dans son coin, sans rendre des comptes ». Et pas non plus, bien sûr, un gouvernement mondial (pensée à raison horripilante pour des libéraux). Mais un ordre mondial – dans l’esprit de Proudhon lorsqu’il déclarait la liberté « mère de l’ordre ».

La guerre, qui embrase l’Ukraine et menace Taïwan, a ceci pour enjeu, rien de moins que l’agencement du monde :

Soit la population des grands États et celle de leurs vassaux tombent sous la coupe de potentats à la Xi Jinping, affranchis de toute contrainte (et ça pourrait se passer chez nous).

Soit des institutions mondiales produisent des règles de droit, d’autres les appliquent, chacune limitée strictement à un domaine spécifique (donc ne formant pas un gouvernement) : droits humains, santé, climat, environnement, océans, espace, commerce, propriété intellectuelle, transports, télécoms, règlements des différends, tribunaux internationaux, police… Nombre de ces institutions existent déjà – OMS, OMC, CPI, Interpol… Il faut maintenant renforcer leur légitimité et les muscler.

C’est ça, la globalisation.

 

Pourquoi tant de dirigeants occidentaux se plantent en géopolitique

Les autocrates ne disent jamais « en même temps ». Pas plus que les adjudants. Parce que chez ces gens-là, on n’entend qu’une seule voix, la leur, et on ne suit qu’une seule ligne, celle qu’ils tracent. Ils prennent pour faiblesse ou incohérence les moyens termes, les conciliations et les accommodements.

Devant le président chinois la semaine dernière, Emmanuel Macron a desservi l’Occident et la liberté. Il l’avait déjà fait en croyant négocier avec Poutine alors qu’il se faisait rouler dans la farine. Les autocrates comme les gangsters évaluent des rapports de force (puisqu’ils ne reconnaissent pas de tribunal commun où faire valoir des arguments – ils sont dans la « multipolarité »). Contre eux, il faut faire cause commune. Front contre front. Puissance contre puissance. La « petite voix » est une brèche que l’autocrate élargit pour diviser ses opposants. Sentir la France indécise sur Taïwan (comme Poutine l’avait constaté à propos de l’Ukraine) ne peut qu’enhardir l’autocrate chinois.

La seule réponse idoine au président Macron est celle qu’on donne aux propos du pépé quand il devient gâteux, « faites pas attention à ce qu’il dit ». Mais malheureusement, lorsqu’il s’agit du président des États-Unis, l’indifférence n’est plus permise. Il y a eu l’orgueil blessé de George W. Busch, tombé comme un bleu dans le piège du 11 septembre (car l’isolationnisme, c’est aussi intervenir militairement, comme en Irak, en bafouant les instances internationales) ; il y a eu l’abyssale nigauderie de Trump, son dédain de ces mêmes instances internationales, et les offrant donc sur un plateau au Parti communiste chinois ; et il n’y a pas de superlatifs (« crétinisme criminel ? », « débilité autodestructrice ? ») pour qualifier les renforts que Fox News, et les nains Républicains, genre Rand Paul, et les têtes non-pensantes au Mises Institute et autres couveuses d’inanité géopolitique, apportent aux communistes chinois et à la camarilla du Kremlin.

Dans cet embrouillement de déclarations filandreuses et contradictoires, l’opinion publique mondiale ne peut plus percevoir quelle juste cause l’Occident défend.

Cette cause n’est pas celle d’une rivalité économique avec la Chine. Quoi qu’on dise, les Américains ne craignent pas que la Chine les dépasse économiquement. L’Union européenne affiche un PIB supérieur à celui des États Unis et ça n’empêche personne de dormir à Washington.

Cette cause n’est pas non plus celle des nationalités, comme aux deux derniers siècles, ni celle des civilisations, incarnées dans un État et ses vassaux, comme l’imaginent Samuel Huntington et Alexandre Douguine. Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, les Hongkongais sont totalement des Asiatiques. Mais Poutine ne se méprend pas en les incluant dans « l’Occident global ». Car pour cet Occident, il s’agit de défendre l’universalisme de l’aspiration humaine à l’autonomie.

L’être humain est-il un instrument au service d’un pays ou d’un parti, comme le prétendent la Chine, la Russie et leurs petits suiveurs, Iran, Myanmar, Corée du Nord… ? Ou bien l’être humain est-il une fin en soi, vaut-il par lui-même ? Et alors la société n’existe que pour lui apporter les moyens d’épanouir son humanité. C’est ce rapport entre l’être humain et la société qu’affirme pour l’humanité entière l’Occident des Lumières.

Si l’Occident global ne confronte pas le Parti communiste chinois et le gang du Kremlin lorsqu’ils agressent leur propre peuple et les peuples voisins, alors quelle cause vaut d’être défendue ? À quel niveau d’horreur dirons-nous que « ça suffit » ?

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  • Macron, combien de division ?

  • Est ce normal que la politique étrangère d’un pays , surtout en des temps dangereux,
    soit menée, tout seul dans son coin , par un individu qui n’a de comptes à rendre à personne, même pas à son gouvernement et encore moins au Parlement ?
    La France dans l’OTAN est de fait en guerre contre la Russie et le Parlement n’a pas été consulté.
    Que fait le Conseil constitutionnel ?

    • Ha! Si j’étais mauvaise langue je dirai que c’est typique pour la France de faire une guerre sans tirer un coup de feu.

  • « des institutions mondiales produisent des règles de droit, d’autres les appliquent, chacune limitée strictement à un domaine spécifique (donc ne formant pas un gouvernement) : droits humains, santé, climat, environnement, océans, espace, commerce, propriété intellectuelle, transports, télécoms, règlements des différends, tribunaux internationaux, police… »

    Quelle idée géniale ! Un seul point d’entrée pour les lobbyistes et le capitalisme de copinage…
    L’auteur est sérieux ?
    On va prendre du réchauffement climatique à la puissance 10 et des vaccins toutes les semaines 😆

  • En reponse à l’article de M. Michel, d’abord les commentaires suivant :

    La comparaison entre la guerre de trente an et la periode actuelle a ses limite a cause du developpement extraordinaire de l’Etat-Nation. Neanmoins, la période pre-1648 n’est pas un bon exemple pour argumenter des bienfaits de l’ingérence. Le traité de Westphalie mit fin à la guerre de 30 ans, période qui déchira l’Allemagne. Des sources historiques suggèrent, par exemple, que l’armée suédoise à elle seule détruisit 2200 châteaux, 18000 villages et 1500 villes en Allemagne, effaçant un tiers des villes du pays de la carte. Quelle ingérence ! Ce traumatisme contribua à empêcher l’unification de l’Allemagne, qui n’eut lieu qu’en 1871. Ceci fut indirectement une cause importante des deux guerres mondiales du XXème siècles…

    M. Michel dit que le libéralisme « prescrit » l’ingérence dans les affaires intérieures du pays concerné. Mais de quel libéralisme parle-t’il ? Ceci n’est pas la position du libéralisme classique. Il faudrait ici, au minimum, étayer cette position avec des citations des grands auteurs libéraux – des vrais.

    Cette ingérence dont M. Michel est friand est très problématique à plusieurs niveaux, aussi bien moralement qu’en pratique. Quelle justification plausible aurait un gouvernement etranger d’intervenir? Souvent les ingerences justement ne sont pas faite pour des raisons de justice mais de pouvoir et d’argent. Soutenir le concept d’ingérence suppose adopter la position socialiste classique selon laquelle  » la fin justifie les moyens ».

    Et en pratique, ces ingérences ne marchent jamais, c’est un desastre a chaque fois! exemples abondent, inutile même de la mentionnée tant ils sont évidents. De plus: ce sont souvent les ingérences antérieurs qui expliquent les situations politiquement difficiles dans certains pays qui supposement ont besoin d’ingerence. En l’ingerence est doit forcement etre occidentale pour les defenseurs de l’ingerence; une ingerence chinoise ou russe est ipso facto inacceptable. Les

    Ensuite, M. Michel cite un auteur de contrepoints en faisant référence aux Ouighours, mais ces citations qu’il attribue a l’auteur ne se trouvent pas dans l’article. Trop de flexibilité déontologique quand même je dirais…

    • Dans les grands bouleversements, seuls les plus intelligents survivent (pub VW). Parfois, la compétition donne le petit coup de pouce nécessaire.
      Comme avec Neanderthal.
      Vous pouvez croire qu’il y a encore la place sur la planète pour des idéologies criminelles.
      C’est une erreur. Dans un monde ouvert, les jours des barbares sont comptés. D’une façon ou d’une autre.

  • Le coq au poulailler mal tenu qui pérore devant l’ours et panda n’a pas la moindre intention de les voir nettoyer leurs tanières, il espère juste recevoir des louanges pour son chant.

  • D’abord en sympathie avec le 2e.auteur, je déplore malheureusement qu’il perde un peu les pédales vers la fin de son article, confondant insultes et arguments « … il y a eu l’abyssale nigauderie de Trump, son dédain de ces mêmes instances internationales, et les offrant donc sur un plateau au Parti communiste chinois ; et il n’y a pas de superlatifs (« crétinisme criminel ? », « débilité autodestructrice ? ») pour qualifier les renforts que Fox News, et les nains Républicains, genre Rand Paul, et les têtes non-pensantes au Mises Institute et autres couveuses d’inanité géopolitique, apportent aux communistes chinois et à la camarilla du Kremlin… »
    Il faudrait quand même reconnaitre que parmi les dirigeants occidentaux, Trump a été le seul, ou en tout cas le premier, à ne pas se tromper d’ennemi et à faire comprendre la dangerosité du parti Communiste Chinois.
    Quant au mépris affiché vis à vis de Samuel Huntington, un très grand sociologue et économiste, c’est faire preuve de la même cécité affichée par la majorité des commentateurs à l’époque qui n’ont pas lu le livre, se contentant d’interpréter « Choc des civilisations » comme « Guerre des civilisations ». On doit bien constater aujourd’hui la pertinence de SH et de son concept de « civilisation ».

  • Je me prends souvent à rêver pour tous les puissants toxiques de la terre d’une fin comme dans cette nouvelle de Dino Buzatti.
    Où un mal mystérieux frappe périodiquement l’homme le plus puissant du monde.
    Si bien que, une fois compris la « règle du jeu », chacun s’évertue vite à atteindre la plus extrême humilité.
    Avec les moyens modernes, ce mal mystérieux pourrait prendre la forme d’un drone armé…

  • Les commentaires sont fermés.

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