Paulo Guedes : la France est insignifiante pour le Brésil

Le Brésil se détourne de l’Europe en faveur de la Chine et des États-Unis. Une situation qui explique les propos durs du ministre de l’Économie brésilienne, Paulo Guedes.

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20/02/2019 Gravação do Pronunciamento do Presidente da República Jair Bolsonaro by Palácio do Planalto - CC BY-NC-SA 2.0

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Paulo Guedes : la France est insignifiante pour le Brésil

Publié le 12 août 2022
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Le ministre brésilien de l’Économie, Paulo Guedes, a tenu des propos durs envers la France lors d’une réunion des entrepreneurs à Brasilia mardi. En réponse aux critiques de Paris sur la déforestation de l’Amazonie, il a affirmé que l’économie française devient « insignifante » et a déclaré :

« Vous avez intérêt à bien nous traiter, sinon on va vous envoyer vous faire foutre ».

Des propos peu poétiques et diplomatiques, mais qui sont le symptôme d’un problème plus grave : le Brésil se détourne de l’Occident en faveur de la Chine. Une position qui devient bipartisane.

 

L’accord du Mercosur : le fruit de la discorde entre la France et le Brésil

L’un des points principaux de frictions entre la France et le Brésil est lié au traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur avorté par la France. Le Mercosur qui regroupe la plupart des pays d’Amérique du Sud, dont le Brésil, était sur le point de convenir d’un accord de libre-échange avec l’UE en 2019.

Néanmoins, plusieurs pays dont la France de Macron se sont opposés à ce traité pour des raisons environnementales, bloquant la signature du côté européen.

Les critiques du président français sur la politique environnementale du gouvernement brésilien et du président Bolsonaro ont contribué à cet échec. Officieusement, on peut toutefois se demander si ce discours écologiste ne cachait pas une volonté protectionniste : la France était le pays qui recevait le plus de subventions de la Politique agricole commune dans le budget 2014-2020. Un traité de libre-échange avec des pays comme le Brésil pourrait mettre en danger ce modèle.

En face, le Brésil est considéré comme une puissance majeure en termes d’agriculture : selon l’IRIS, il est « premier producteur et exportateur mondial de sucre, de jus d’orange et de café, le second d’éthanol et de viande bovine. Il est le deuxième producteur de soja, le troisième de maïs et de viande de volailles et le quatrième de viande porcine. » Les produits agricoles représentaient 40 % des exportations brésiliennes en 2019. Le Brésil est de plus un concurrent sérieux face à la France.

Comme le fait remarquer une note du gouvernement français :

« La France recule ainsi au neuvième rang mondial pour les exportations de produits bruts (huitième rang en 2018), derrière les États-Unis, le Brésil, les Pays-Bas, la Chine, l’Espagne, le Canada, l’Inde et le Mexique. »

L’agriculture est donc un secteur vital pour le Brésil et présentant des avantages face à la France.

Toujours est-il que ce positionnement politique officiellement écologiste et officieusement protectionniste a des conséquences diplomatiques.

 

L’administration Bolsonaro : entre pro-américanisme et prise de distance de l’Occident

Le président Jair Bolsonaro a affiché des postures pro-américaines en matière de politique. Il fut l’un des présidents partisan du transfert de l’ambassade brésilienne en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, une politique initiée par le président américain Donald Trump.

Le ministre de l’Économie du Brésil, Paulo Guedes, a étudié à l’Université de Chicago avec Milton Friedman.

Ce positionnement est plutôt favorable aux États-Unis, ou du moins à la droite américaine, car l’arrivée au pouvoir de Joe Biden a amené une prise de distance pour des raisons similaires qu’avec la France : les questions environnementales. Un rapprochement entre les deux présidents a néanmoins eu lieu en juin 2022, avec un possible renforcement des liens commerciaux entre les deux pays : Biden songeant à réduire les frais de douanes sur des matières premières comme l’acier.

Cet effort américain de rapprochement de Bolsonaro peut s’expliquer par l’attitude ambiguë du Brésil sur le sujet de la guerre en Ukraine. Si le Brésil a voté la résolution des Nations-Unies du 2 mars condamnant la Russie en Ukraine, Bolsonaro préfère rester neutre et cherche à développer la coopération avec la Russie. Le président brésilien a d’ailleurs rencontré son homologue russe fin juin pour discuter de la sécurité alimentaire. L’ancien président Lula, principal opposant face à Bolsonaro et potentiellement son adversaire à gauche lors de la future élection, a quant à lui accusé le président ukrainien Zelensky d’être autant responsable que Poutine de la guerre en Ukraine.

Des postures peu surprenantes étant donné que le Brésil fait partie des BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud).

 

Le poids croissant de la Chine

Parmi ses critiques adressés à la France, Paulo Guedes a déclaré :

« Nos échanges commerciaux avec vous (la France) s’élevaient à 2 milliards de dollars en 2000, autant que la Chine. Aujourd’hui, c’est 7 milliards avec vous et 120 milliards avec la Chine. Vous devenez insignifiants pour nous ».

Les données de l’Observatory of Economic Complexity, un projet du Massachusetts Institute of Technology, montrent que la situation actuelle corrobore les propos du ministre brésilien. En 2020, 31,7 % des exportations du Brésil étaient destinées à la Chine qui est son principal partenaire commercial, les États-Unis étant seconds avec 10,2 %. La France ne représente que 0,96 %. Du côté des importations, la Chine représente 22,6 %, les États-Unis 18,3 % et la France 2,26 %.

Malheureusement, compte tenu de ces données, Paulo Guedes n’a pas tort de qualifier l’économie française d’insignifiante pour le Brésil. Le marché asiatique est désormais le premier marché international pour les Brésiliens.

Dans le cas où la gauche de Lula revenait au pouvoir, il est probable que ce mouvement s’amplifie. Sa politique était de renforcer le poids des BRICS pour constituer un bloc capable de contrer les États-Unis et devenir indépendant de l’ordre mondial occidental.

 

Conclusion

Le monde est entré dans une phase multipolaire, l’Europe est de moins en moins (voire plus) le cœur économique et politique de la planète. Le positionnement du Brésil en est un exemple. Le centre de gravité est désormais en Asie et les puissances asiatiques en tirent profit.

Des pays comme le Brésil sont des lieux où les influences occidentales et sino-russes s’affrontent. Si les États-Unis arrivent à maintenir une politique pour contrer ses adversaires, l’Europe et la France semblent être dépassées.

 

 

Voir les commentaires (6)

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Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • L idéologie européenne va inévitablement la précipiter dans un marasme économique…

  • La France était le pays qui recevait le plus de subventions de la politique agricole commune dans le budget 2014-2020, c’est l’auteur de l’article qui le dit

  • ah…. »la france  » , « le brésil » comme entité ..
    macron et bolsonaro meme combat…

    les deux vont sacrifier tout ceux qui échangent .. parce que intérêt national..

  • J’avais , il y’a quelques années, participé à une émission à la radio sur la déforestation et les feux de forêt en Amazonie. Pour cela bien que connaissant plutôt bien le Brésil et parlant couramment le portugais j’avais recherché des informations sur l’environnement dans ce pays. À mon grand étonnement j’ai constaté qu’ils étaient étaient et de loin le pays qui protégeait le plus son environnement sous forme de diverses réserves…plus de la moitié en fait. Quand aux feux de forêt en trente ans d’Amérique du sud et plus particulièrement en Amazonie je n’ai jamais vu de la forêt vivante brûler. De l’écobuage, des feux de savanes ou de bord de routes oui mais jamais une forêt sur pied. Que la France balaye devant sa porte avant de prétendre donner des leçons.
    Cordialement.

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