Une opposition libérale aux sanctions contre la Russie

Il faut continuer à promouvoir les idées libérales en France, ce qui signifie aussi s’opposer aux sanctions économiques contre la Russie.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 1
Photo by Yohan Marion on Unsplash https://unsplash.com/photos/nZxifTTCcMI

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Une opposition libérale aux sanctions contre la Russie

Publié le 14 avril 2022
- A +

Les sanctions économiques et financières que les gouvernements occidentaux ont acté contre la Russie ne semblent choquer que très peu d’Européens. Pourtant, pour plusieurs raisons elles devraient au minimum faire l’objet d’un vif débat dans les sociétés occidentales.

D’abord, on oublie qu’elles sont illégales d’un point de vue du droit international (seul le Conseil de Sécurité peut approuver des sanctions économiques, selon l’Article 41 de la Charte des Nations Unies) et peuvent légitimement être considérées par la Russie comme un acte de guerre, avec toutes les conséquences terrifiantes qu’une telle interprétation pourrait avoir. Même en considérant que l’invasion de l’Ukraine est une violation claire du droit international, cette guerre économique ne peut en aucun cas être justifiée de la part de nations (et de l’Union européenne) n’ayant pas d’accords de défense avec l’Ukraine et qui n’étant pas officiellement en guerre contre la Russie. Comme disent les anglais : « Two wrongs don’t make a right ».

Ensuite, les sanctions ne fonctionnent pas, si leur but est de changer le comportement du gouvernement du pays ciblé ou bien, plus indirectement, d’appauvrir la population afin qu’elle se révolte avec succès contre le gouvernement. Aucun exemple historique ne semble exister où l’un ou l’autre de ces deux buts a été atteint. De plus, l’appauvrissement calculé d’une population étrangère afin d’atteindre des objectifs politiques hors de portée, est profondément cynique et inhumain. C’est une raison importante pour le libéral de vouloir réduire le pouvoir de l’État pour l’empêcher de nuire.

En effet, cela fait déjà plusieurs décennies que des pays comme Cuba, la Corée du nord, l’Iran et le Venezuela sont sous sanctions américaines et européennes pratiquement aussi dures que celles que subit aujourd’hui la Russie. Leurs populations souffrent économiquement mais soutiennent leur gouvernement contre ces agressions économiques extérieures complètement inefficaces, elles sont néanmoins rarement levées, à tel point qu’on peut se demander si leur but n’est pas justement l’appauvrissement des populations de ces pays en guise de punition.

Cette guerre économique déclarée par l’Occident contre la Russie a eu pour effet de convaincre la minorité de Russes qui ne l’était pas encore, que les autorités russes avaient raison toutes ces années, quand elles mettaient en garde contre la menace que représente la politique étrangère des États-Unis, et des pays occidentaux sous son influence. Alors que beaucoup de Russes urbains se sont opposés initialement à l’invasion d’un pays frère, les sanctions brutales contre leur pays, y compris la confiscation de 300 milliards de dollars de sa Banque centrale, ont renforcé le soutien de la population pour le président Poutine.

De plus, l’économie russe est bien plus importante et bien plus diversifiée que celles des pays cités ci-dessus. En effet, les derniers indices économiques russes semblent indiquer que les mesures prises par les autorités permettent de maintenir la stabilité de l’économie face aux sanctions. Le rouble est revenu en un mois à des niveaux pré-guerre, la production industrielle a augmenté en rythme annuel de 4,5 % en mars, et le taux d’intérêt directeur a été réduit de 20 % à 17 %, ce qui est un niveau proche de celui de ces dernières années. À plus forte raison donc, il est peu probable que les sanctions changeront le système politique en Russie.

L’effet boomerang des sanctions

Il est difficile de penser que les dirigeants occidentaux avaient toute leur tête lorsqu’ils se sont mis d’accord sur ces sanctions. Dans leur ardeur de vouloir punir la Russie, les conséquences mondiales sur le long terme n’ont vraisemblablement pas été bien analysées par la classe politique occidentale.

La réalisation de l’inefficacité des sanctions contre la Russie pousse maintenant les dirigeants occidentaux à surenchérir dangereusement, obnubilés par leur obsession irréaliste de voir la Russie s’écrouler. Alors que les effets de nouvelles vagues de sanctions possibles contre la « forteresse Russie » sont clairement discutables, il est maintenant évident que les sanctions déjà actées se retournent progressivement contre l’Occident.

Car ces sanctions peuvent aussi être considérées sous un autre angle : ce sont les pays occidentaux qui se privent volontairement des importations et exportations russes, des ressources naturelles et de l’accès au marché russe. En empêchant leurs entreprises et leurs consommateurs de bénéficier de ces échanges économiques avec la Russie, les États occidentaux les condamnent à subir une réduction de compétitivité et d’épargne complètement artificielle. Ces sanctions représentent donc une ingérence grotesque par les gouvernements dans la liberté économique de leur société.

Les difficultés économiques que l’Occident s’est auto-infligé par ces sanctions ont déjà commencé dans des sociétés fragilisées par deux années de politiques inflationnistes liées à la pandémie. Il faut maintenant se préparer à une récession économique et une crise sociale. Les sanctions décidées par les dirigeants européens contre la Russie vont avoir des conséquences négatives directes pour les populations qui les ont élus. Mais comme d’habitude, elles n’ont rien eu à dire à ce sujet, car le système démocratique est surtout une chimère quand il s’agit des intérêts de l’État.

Impacts politiques mondiaux

Néanmoins, qui dit impact économique dit impact politique. Les conséquences politiques de ces sanctions vont se faire sentir non seulement aux États-Unis et en Europe, mais aussi dans le reste du monde. Dans beaucoup de pays des pénuries alimentaires provoqueront des crises graves, peut-être similaires à celles du printemps arabe de 2011. Déjà des sérieuses difficultés politiques secouent le Pakistan, le Pérou et le Sri Lanka. Il y a donc aussi une raison humanitaire de principe pour s’opposer fermement à ces sanctions contre la Russie.

En France, les mauvais résultats des partis traditionnels lors du premier tour de l’élection présidentielle alertent de ce qui adviendra dans ce pays. Ils s’expliquent en grande partie par l’incapacité des dirigeants politiques de proposer les réformes dont la France a tant besoin. La crise engendrée par les sanctions contre la Russie polarise probablement encore plus un électorat à la recherche de solutions politiques qu’il ne trouve visiblement pas chez la classe politique actuelle.

Les soi-disant candidats populistes ont désormais le soutien de plus de la moitié de l’électorat. Ces résultats montrent un rejet de la classe politique, mais expriment aussi une mécompréhension de la part de l’électorat français, puisque ces candidats sont tous profondément étatistes. Ils ne sont donc pas du tout susceptibles de mener la politique de changement désirée.

Pour le moment, il n’y a pas d’espoir d’une percée politique pour le libéralisme. Il faut donc continuer à promouvoir les idées libérales en France, ce qui signifie aussi s’opposer aux sanctions économiques contre la Russie pour toutes les raisons données ici.

 

Voir les commentaires (11)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (11)
  • « les sanctions ne fonctionnent pas, si leur but est de changer le comportement du gouvernement du pays ciblé … »

    Les sanctions économiques, partielles (« touche pas à mon gaz ») et hyper-médiatisées sont le prolongement et l’aboutissement de la géopolitique de branquignols bruxellois de la première « puissance normative » mondiale.

    Cette affirmation d’un pouvoir illusoire d’emm… mondiaux n’a jamais été commentée dans la presse. Elle a pourtant du faire bien rire en Chine et être reçue 5 sur 5 à Moscou : l’Europe va dicter ses volontés au monde en les bombardant de CERFAs.

    Mais le plus grave est que la pseudo guerre économique engagée avec la Russie n’est que la fuite en avant de ces politiques qui nous ont mis dans la panade mais ne veulent pas perdre la face, leur pouvoir et leurs prébendes. On peut donc s’attendre au pire.

  • Ces sanctions mal ciblées, dans la mesure où elles indisposent aussi bien nous-mêmes qu’une population qui ne nous a rien fait, paraissent bien contreproductives. Irriter le public russe déjà désinformé tend à accroître son soutien à « l’opération spéciale ». Et nous punir nous-mêmes au passage finira par démobiliser le soutien à l’Ukraine.
    Peut-être aurait-il mieux valu prêter plus rapidement l’armement offensif et défensif nécessaire et intervenir directement pour entraver la technologie de propagande soviétique.

    • L’intervention militaire extérieure ou la fourniture gratuite d’armes ne sont pas très libérales non plus. On peut aussi douter de leur efficacité pour propager les idées et les concepts moraux.

      • En Libéralie une nation libre n’aurait pas le droit, pire, IL serait immoral pour une nation libre d’aider une autre nation libre se faisant agresser par une dictature en lui livrant des armes ?
        Déçu du libéralisme je suis.
        Sérieux.
        Nan, ce sont les sanctions de petits chefs d’ Etat à coup de cerfa comme je l’ai lu plus haut qui sont immorales, laches, pitoyables, limite j’ai honte.
        Livrer des armes, qu’on les vende ou non, je ne vois vraiment pas le problème idéologique ou morale si c’est pour répondre à une agression.
        Ok tuer c’est mal et c’est un crime mais se défendre ou aider son poto c’est cool.

    • L’intervention militaire extérieure ou la fourniture gratuite d’armes ne sont pas très libérales non plus. On peut aussi douter de leur efficacité pour propager les idées et les concepts moraux.

    • A mon avis la meilleure des chose qu’on aurait du faire, c’était de pousser l’Ukraine a respecter les accords de Minsk et à la tenir écartée de l’OTAN . ça aurait évité ce conflit et évité l’ensemble de ses conséquences présentes et à venir.

      Dans la configuration actuelle, donner plus d’armes a l’Ukraine va probablement conduire à plus de morts, plus de destructions et plus de pertes de territoire. Poutine ne peut pas se permettre de perdre cette guerre, alors il va la gagner, même si tous les ukrainiens doivent y passer.

  • Et l’Ukraine laisse toujours passer le gaz Russe vers l’UE à travers ses pipelines. Il y a manifestement des intérêts là-derrière dont tous nos journalistes accrédités ne préfèrent pas parler. Ou alors quelque chose m’échappe ?

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Par Cyrille Bret et Florent Parmentier.

Près d’un an après le déclenchement de l’opération militaire russe contre l’Ukraine, le 24 février 2022, quelles sont les évolutions possibles du conflit dans les mois qui viennent ? La difficulté de la prospective est particulièrement marquée pour ce conflit car les « surprises » militaires, diplomatiques et stratégiques ont été nombreuses.

D’un côté, la combativité des forces ukrainiennes, le soutien de l’UE et des États-Unis à Kiev, les difficultés logistiques et tactiques des forces ar... Poursuivre la lecture

Un article de Conflits

Le premier tour de l’élection présidentielle de la République tchèque a eu lieu le 13 et 14 janvier 2023. Si les pouvoirs du président de la République sont faibles dans ce pays, cette élection met en évidence des divisions. D’un côté se trouve Andrej Babis, l’ancien Premier ministre centriste considéré comme populiste, de l’autre Petr Pavel, l’ancien chef des armées de la République tchèque et ancien président du comité militaire de l’OTAN. Second tour à la fin du mois.

Ainsi, en matière de politique étra... Poursuivre la lecture

Comme le rapportent les médias, les dirigeants ont réponse à tout. Prix du carburant faibles ? Ils les remontent avec des taxes. Trop élevés ? Ils donnent des aides.

La Dépêche :

« L'indemnité carburant de 100 euros, disponible depuis lundi 16 janvier, a déjà été demandée par plus de 825 000 foyers uniquement lors de cette première journée. Cette aide concerne 50 % des ménages les plus modestes, qui disposent d'un revenu fiscal de référence inférieur à 14 700 euros en 2021. »

Vous prenez la voiture ? Obtenez donc un chèqu... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles