L’infanticide : un crime peu médiatisé

OPINION : l'infanticide est un crime abject. Malheureusement les meurtriers ne sont pas traités de la même manière en fonction de leur sexe.
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L’infanticide : un crime peu médiatisé

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 13 décembre 2021
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Par Baudime Jam.

Le djihadiste français et criminel Tyler Vilus, vient d’être condamné en appel, le 21 septembre, à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d’assises spéciale de Paris. Deux jours plus tard, le même verdict a été prononcé pour la troisième fois contre le terroriste Carlos.

Cette peine, la plus lourde dans l’arsenal juridique français, ne concerne que 1 % des  détenus actuellement incarcérés : elle est donc extrêmement rare et réservée aux crimes les plus graves, que ce soit dans l’espace public ou le cadre privé.

Ainsi, le 23 avril dernier, Jonathan Maréchal a été condamné à la perpétuité pour le meurtre d’un enfant. Ce n’était pas la première fois que ce verdict avait été prononcé pour ce qui est  sans doute le crime des crimes : en 2007, Patrick Goudou, qui avait tué ses deux enfants, avait été lui aussi condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, et sa sentence avait été confirmée en appel. Et avant eux, d’autres encore.

La tragédie de l’infanticide

L’infanticide est sans doute le crime le plus inacceptable qui puisse se concevoir, celui qui soulève la plus grande réprobation et inspire l’effroi le plus profond. Il n’est pas surprenant qu’il puisse être sanctionné par de lourdes peines de 20 à 30 ans de réclusion1, avec deux tiers de sûreté, allant jusqu’à la perpétuité, ce qui explique que l’infanticide se  situe au même rang que les tueries des pires terroristes.

En cela, la justice contemporaine s’inscrit dans la continuité d’une pratique qui, de l’Ancien Régime jusqu’au XIXe siècle, a sévèrement puni le massacre des innocents : longtemps sanctionné par la peine capitale, l’infanticide l’a été ensuite par les travaux forcés à perpétuité. Dans les États où la peine de mort existe encore, elle sanctionne toujours ce crime : en 2019, l’Américain Timothy Jones en a fait les frais pour avoir tué ses cinq enfants.

Que ce soit en France ou aux États-Unis, en matière d’infanticide la justice prononce donc les peines les plus lourdes de leur Code pénal respectif.

Plus de sévérité à l’encontre des auteurs hommes que femmes

Encore faudrait-il préciser que cela ne concerne que les infanticides commis par des hommes. Car lorsque ce sont des femmes qui s’en rendent coupables, et alors même  qu’elles en sont les principales auteures (dans 70 % des cas), la majorité des peines tourne autour de 17 mois d’emprisonnement par victime, plafond de verre que les juges ne dépassent quasiment jamais et sous lequel ils se situent souvent2

Les réductions de peine sont fréquentes3, allant parfois jusqu’à la réhabilitation de droit, alors qu’avec un enfant tué en moyenne tous les cinq jours4 l’infanticide devrait être un des tout premiers sujets débattus dans l’espace public et une priorité nationale. Il n’en est rien : le sujet est totalement absent de l’espace politique et médiatique.

Le meurtre d’un enfant est donc celui qui est de très loin le moins lourdement condamné en France quand c’est une femme qui en est l’auteur. Lorsque c’est un homme, la justice est d’une sévérité tout aussi légitime et exemplaire que genrée.

Le traitement judiciaire inégalitaire entre hommes et femmes est, en même temps, un secret de polichinelle et un tabou. Il est pourtant ouvertement revendiqué sans que cela n’émeuve personne.

En matière d’infanticide, crime abject par excellence, c’est un doux euphémisme.

  1. En 2015, pour le meurtre de son fils, Christophe Champenois a été condamné à 30 ans de réclusion avec une peine de sûreté de 20 ans. Idem pour Steven Gomes Rodrigues en 2017 (30 ans pour une victime), Julien Masson en 2020 (25 ans pour une victime), Loïc Vantal en 2021 (20 ans pour une victime), etc. Nous saluons cette juste sévérité.
  2. Ramona Canete, condamnée en 2018 à 8 ans de prison pour 5 infanticides (19 mois par victimes), n’a purgé que 3 ans de sa peine (7 mois par victime).
  3. Véronique Courjault, jugée en juin 1999 pour 3 infanticides, a été condamnée à huit ans de prison : le 14 mai 2010, elle quitte en toute discrétion la maison d’arrêt d’Orléans. Elle n’aura purgé que 4 années de sa peine dont 3 en liberté conditionnelle, soit 16 mois par victime.
  4. Rapport 2018 établi par les inspections générales des affaires sociales (IGAS), de la justice (IGJ) et de l’éducation (IGAENR).
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  • C’est la même chose pour les affaires de viols. Dans l’affaire d’Outreau la mère a eu 15 ans vs 20 ans.
    Quand une femme tue sont mari, elle est en légitime défense..

  • Quand vous dites ça à une femme de peu d’entendement (oui, c’est un euphémisme qui signifie un mot plus cout mais qui ne passe pas la modération) qui vous soutient que la femme est maltraitée par le patriarcat, elle vous répond que ça aussi c’est patriarcat mais que cette fois c’est les hommes qui en souffrent. Vous lui demandez alors pourquoi elle ne parle des hommes qui souffrent du patriarcat qu’à cette occasion, et elle vous répond que vous ne l’écoutez pas assez mais qu’elle en parle déjà. Leur mauvaise foi n’a aucune limite.

  • La Clémence des juges vis à vis des femmes infanticides ne m’avait jamais interpelé, ce papier est intéressant.

  • Sujet intéressant. Il manque une analyse plus poussée, pourquoi les juges sont cléments lorsqu’il s’agit d’une femme ? Car une femme ne peut être qu’une victime ?

    • peut-être que beaucoup de juges sont des femmes et que les femmes (contrairement aux hommes) font en moyenne preuve de « corporatisme » ou de « genrisme » et se soutiennent mutuellement ?
      En effet l’existence de biais dans les décisions de justice devraient interroger clairement sur la formation des juges et sur leur recrutement ou du moins la composition du groupe.

      • Comme tous les meurtres, ceux d’un enfant de moins de 15 ans sont passibles de la Cour d’assises, avec un jury composé de citoyens tirés au sort. Peu probable qu’il n’y ait que des femmes.

  • Comment se fait-il que les affaires de viols, torture et meurtres d’enfants ne fassent pas la une des médias ? Surtout lorsque des réseaux organisés sont en cause ? Ex récent, le reportage de 5 mn sur le site France Info, rubrique société qui explique la recrudescence des trafics de videos montrant viols, tortures et meurtres d’ enfants philippins et roumains vendus à des milliers de clients pour 20000 euros les 5 mn.
    Ou est l’indignation des présidents, politiques, philosophes, intellectuels, artistes, femmes, églises, médias ?
    Cela devrait faire l’objet d,’un matraquage politicomédiatique digne du covid, avec éditions spéciales etc.
    Mais sont-ils vraiment contre ces crimes ?

  • Je vais me faire l’avocat du diable. L’infanticide, celui des bébés notamment, peut être vu comme un avortement tardif. Si la charge de grossesse est échue, la charge mentale de s’occuper de l’enfant persiste pour la mère. Les juges ressentent ce droit à l’avortement qui s’infiltre et atténue la peine pour les femmes.
    Non que je sois contre l’avortement, mais il est juridiquement défini sur des critères émotionnels et non rationnels (pensons à la durée !), et donc les sources de ce droit ne sont pas strictement définies légalement.

    • « et donc les sources de ce droit ne sont pas strictement définies légalement. »
      Ce qui est très grave puisqu’on parle donc d’arbitraire, de justice favorable aux bons acteurs, et in fine de justice de foule. C’est à dire l’opposé de la justice.

      • « et donc les sources de ce droit ne sont pas strictement définies légalement »
        C’est une phrase qui ne veut rien dire…

        • Je veux dire par là qu’un enfant né prématuré est un humain doté de droits. Mais pas s’il reste dans le ventre de la mère.
          Un enfant handicapé peut être avorté à tout moment, mais le médecin doit s’assurer qu’il ne soit pas en vie à la naissance sinon c’est de l’euthanasie. Clairement, ce n’est pas l’enfant ,son développement qui compte, mais sa situation.
          Un argument fort est qu’un femme a le droit de jouir de son corps et donc d’enlever l’enfant de son corps. Mais alors, pourquoi le cas des handicapés viables peuvent être avortés alors qu’on pourrait simplement provoquer l’accouchement?
          Et pourquoi la durée de 12 ou 14 semaines? Et pourquoi les médecins ont le droit de refuser cette opération? Clairement il y a un malaise non dit, et le débat toujours très intense dans de nombreux pays montre que la question est loin d’être claire.
          Quelle est la source du droit à l’avortement? Si c’est le droit de jouir de son corps comme on le souhaite, alors le droit devrait être adapté en conséquence (avortement jusqu’à la viabilité, 6 mois environ, moins si progrès de la médecine, impossible après).

          • J’entends bien. Mais vous auriez du dire alors « les sources de ce droit ne sont pas strictement définies médicalement/moralement/techniquement/etc ».
            Parce que la légalité est ce qui résulte justement d’une décision – plus ou moins arbitraire – entre ce qui entre dans le droit et ce qui en reste absent.
            Avant la loi Veil, les femmes n’avaient pas le droit de se faire avorter parce que c’etait illégal… et réciproquement !
            Dans la réalité, cette loi n’a fait que rendre légal une pratique qui avait déjà courts, sans en modifier le nombre annuel (environ 200000). Les femmes « prenaient le droit » de faire dans la clandestinité ce qu’elles ont pu faire ensuite en toute légalité.
            La différence réelle tient à la sécurisation de l’avortement. Le nombre de décès lors des avortements a été divisé par 10 lorqu’ils ont été pratiqués correctement.
            On peut débattre indéfiniment de la portée morale ou politique de cet acte, selon ses propres convictions. Et entrer ad libitum dans les questions de détail (jusqu’à quand l’autoriser, droit des médecins, etc). Et ainsi choisir les « malaises » dont on se voudrait victime.
            En ce qui me concerne, ma conviction est faite : la légalisation de la pratique, dont la prohibition est un fantasme, a réduit à quasi-neant, le risque mortel de celle-ci. Le reste, pour moi, n’a aucun intérêt.
            Chacune s’arrange ensuite avec sa propre conscience, et cela ne me regarde plus.
            Et donc j’observe avec un regard mi-amusé mi effrayé les arguments de ceux qui voudraient rouvrir ce dossier…

            PS : même problématique avec les fléaux engendrés par la prohibition de l’usage des drogues ou de la prostitution, prohibition tout aussi vaine, et tout aussi dangereuse…

    • @titi
      Bonne remarque.
      Pour mesurer ces cas de meurtres pour cause « d’avortements tardifs », il faudrait des statistiques sur les infanticides sur enfants de plus de 6 mois/1 an, et on soustrait du total.
      Dans tous les cas c’est un meurtre qui devrait être puni avec la même sévérité que ce soit commis par un homme ou une femme.

    • Je ne me range pas à votre explication. Qui fleure bon son petit conservatisme des années 60, avec sa critique larvée de l’avortement. Et qui au mieux ne pourrait s’appliquer qu’aux neonaticides, soit environ 15 % des infanticides.
      Je privilégie une autre explication.
      Celui de l’attachement privilégié. Le même raisonnement qui fait que la résidence des enfants, en cas de divorce, se fait chez la femme.
      Les juges considèrent, comme une bonne partie de la société, que, puisque c’est la femme qui a porté l’enfant, qui a souffert à sa naissance, elle en est la « propriétaire naturelle ».
      Et donc en cas d’infanticide, le présupposé est que, s’il est le fait de la femme, il est d’une certaine manière dirigée contre son propre bien, comme quelqu’un qui mettrait le feu à sa propre maison, et qu’il faut pour faire cela, être particulièrement dingue. La femme est donc considérée alors comme irresponsable, même momentanément… La folie est ce dont on accuse les gens dont on n’arrive pas à expliquer le comportement de manière rationnelle. Et expliquer de manière rationnelle qu’une femme ait pu tuer son enfant est impossible. Ici, pas de cupidité, pas de jalousie, pas de haine, pas d’accident, qui sont les motifs classiques des assassinats. Mais les tourments d’une âme perdue, inaccessible à l’entendement.

      • Je veux bien me ranger à votre explication. Remarquez qu’elle est toute aussi atroce, réduisant (partiellement) des êtres humains à de simples objets dans l’esprit des juges. Il faudrait voir l’évolution de la peine moyenne avec l’âge de la victime, mon explication ne marche que pour les bébés.

        • « mon explication ne marche que pour les bébés »
          Nous sommes bien d’accord. J’avais cru comprendre d’ailleurs qu’une des explications au neonaticide tenait au déni de grossesse.
          Ce qui du point de vue de la mère ne pourrait logiquement s’apparenter à un avortement, puisqu’elle n’a même pas eu conscience d’être enceinte. Et ce qui du point de vue du juge pourrait s’apparenter à un certain état de folie…
          Mais je ne suis pas sûr que le deni de grossesse soit la seule cause possible.

    • Votre remarque n’est pas fausse. Il est en effet possible qu’un certain nombre de juges (et les médias, et l’environement), obnubilés par le « droit à l’avortement » aient peur qu’en étant sévères sur l’infanticide commis par la mère, cela puisse par « effet tache d’huile logique » en venir à la remise en cause du totem/tabou de notre époque : « l’avortement est un droit, c’est une avancée ». La date de séparation entre avortement et infanticide étant parfaitement arbitraire, ça peut se comprendre…

      Et l’infanticide par quelqu’un d’autre que la mère, alors est perçu comme un avortement forcé, et ça c’est très très mal (deux victimes, du coup… au niveau émotionnel) d’où une grande sévérité contre les hommes infanticides.

  • Concernant la différence de traitement des auteurs d’infanticide (le fait de tuer un enfant de moins de 15 ans) , il faudrait savoir quel est l’âge le plus fréquent auquel il est commis par une femme ou par un homme. S’il est commis par une femme peu après la naissance, ce peut être, en quelque sorte, un avortement tardif.
    Il faudrait savoir aussi ce qu’en disent les psychiatres.
    Désolé de le dire comme cela, mais ce billet ne fait qu’effleurer le sujet. Il doit bien y avoir de quoi se documenter sur les sites juridiques.

    • @xc oui , il faudrait regarder les circonstances atténuantes et aggravantes dans tous les cas de figures (hommes et femme meurtriers) . Ou alors l’auteur plaide peut être pour une abolition des circonstances dans les jugements ? Un acte une peine ? Est cela qu’il réclame en filigrane ?

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