Présidentielle : pour Michel Barnier, la liberté n’est pas la priorité

Arrivals by EU Council Eurozone (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Michel Barnier pourrait créer la surprise lors de la campagne présidentielle, une fois que l’effervescence autour d’Éric Zemmour se sera calmée.

Par Finn Andreen.

Certains disent que les Français ne connaissent pas suffisamment Michel Barnier car il a passé les dix dernières années dans les institutions européennes. Puisqu’il est revenu en France cette année en déclarant dans la foulée sa candidature à la présidence de la République, il faut donc se poser la question : qui est l’homme politique Michel Barnier ?

Comme beaucoup de politiciens, Barnier s’adapte aux conditions politiques en fonction de ses objectifs personnels.

La girouette Barnier

En effet, il vient tout juste de se positionner sur les grands thèmes de cette élection présidentielle, comme la sécurité, l’immigration, et la souveraineté de la France.

Mais Barnier est-il crédible ?

Hier, il défendait la cause européenne avec ferveur en négociant fermement l’accord du Brexit avec le Royaume-Uni pour le compte de l’Union européenne.

Aujourd’hui, il défend sans broncher la souveraineté de la France, en déclarant à plusieurs reprises, que « chaque pays d’Europe doit garder sa souveraineté juridique ». Au vu de la primauté du droit de l’Union européenne sur le droit français, on ne peut qu’être surpris par cette déclaration d’un ex-commissaire européen.

Les milieux européens ont aussi été stupéfaits par ces récentes déclarations, ce qui peut se comprendre puisque Barnier était un farouche défenseur du traité sur la Constitution européenne, comme un entretien de 2005 le montre clairement. Il faut rappeler que ce traité aurait érodé davantage la souveraineté française s’il n’avait été rejeté par les Français.

Puis, sans aucune crédibilité compte tenu de ses positions politiques passées, il énonce être contre « l’ultralibéralisme », ce concept vague et fourre-tout, qui serait responsable de la crise financière et du défaut de contrôle des frontières extérieures européennes, qu’il appelle de « véritables passoires ». Barnier pratique ici un populisme de base pour une partie de l’électorat qui ne voit que les conséquences de ces crises, sans en connaitre les causes d’origine étatique.

Pour ceux qui suivent Barnier depuis longtemps, tout ceci n’a rien de surprenant. Un rapport confidentiel de l’Ambassade des États-Unis à Paris, de décembre 2009, publié par Wikileaks, énonce :

Barnier est tout d’abord un politicien. Des années de contact avec lui ont donné à cette ambassade l’impression d’un homme avec plus d’ambition que de principes. […] Il continuera probablement de lâcher sur les principes et de s’aligner avec la position qui, selon lui, lui offrira la meilleure possibilité d’avancement personnel.

Il faudrait que tous les adhérents du LR d’abord, puis de l’électorat français prennent conscience de l’énormité de ces revirements politiques.

Battre Macron

Barnier a bien compris que l’homme à battre dans cette élection est le Président.

C’est pour cela qu’il se définit comme gaulliste, comme un homme conservateur, érudit et discret. Il faut reconnaître que son style naturel et son tempérament s’y prêtent, même si l’expérience n’équivaut pas l’érudition.

Barnier adopte cette position non pas parce qu’il croit particulièrement en la politique de De Gaulle, malgré tant d’années au RPR, puis UMP, puis LR, mais car il perçoit qu’une partie de la population française souhaiterait un tel candidat. À cause du rabâchage étatique constant, les Français n’arrivent plus à imaginer une France compétitive et dynamique dans le futur, et se rabattent alors sur le passé des Trente Glorieuses.

La stratégie de Barnier n’est pas forcément mauvaise, car même un gaulliste uniquement dans la forme contrasterait avec Macron, qui ne rappelle en rien le général.

Cela dit, Barnier va probablement trop loin puisque, selon Le Figaro :

Il veut incarner la méthode collective face à un Macron solitaire et hautain.

Mais un président de la République de la Vème République peut difficilement incarner la « méthode collective ». La balance de pouvoir est trop en faveur du Président pour rendre cela probable. Prétendre jouer le collectif et en même temps vouloir évoquer de Gaulle n’est pas crédible.

Une certaine condescendance envers l’électorat

Lorsqu’ils changent d’orientation, les politiciens expérimentés comme Barnier savent qu’ils peuvent généralement compter sur l’amnésie des électeurs. Joe Biden aux États-Unis en est un bon exemple. Ils savent qu’ils peuvent aussi compter sur les médias traditionnels pour ne pas poser de questions trop gênantes et insistantes à propos de leur cohérence politique et de leur intégrité personnelle.

Comme tous les vieux loups de la politique, Barnier sait que l’électorat juge les politiciens au moins autant sur la forme que sur le fond. De ce point de vue, il a l’avantage de son côté : élégance indéniable, sérénité inébranlable et maîtrise technocratique sont toutes des qualités qui font plus ou moins défaut à la plupart de ses rivaux politiques dans la course à la présidence. Il est très convaincant dans le rôle d’honnête homme aux bonnes intentions mais un peu naïf, même si son âge relativement avancé pourrait lui être préjudiciable, surtout en comparaison avec la fraîcheur relative de Macron.

Mais son volte-face politique, les pirouettes idéologiques qu’il tente de réaliser, semblent trop ambitieux pour convaincre même les électeurs les plus endormis. Les prochains mois le diront…

Barnier est donc un animal politique de premier calibre à ne surtout pas sous-estimer. Étant donné la médiocrité des candidats dits de droite qui lui sont opposés, il pourrait créer la surprise lors de cette campagne présidentielle, une fois que l’effervescence autour d’Éric Zemmour se sera calmée.

Il est encore tôt, mais les soutiens de Barnier sont déjà notables et plus importants que beaucoup de candidats mieux connus par les Français.

Selon le JDD :

21 députés, 30 sénateurs et un député européen apportent leur soutien à Michel Barnier.

Par ailleurs, Laurent Wauquiez, avec ses vastes réseaux dans LR, « est soupçonné de soutenir discrètement l’ex-commissaire européen ».

La liberté n’est pas une priorité

Ce bref portrait politique de Barnier suggère que la liberté des Français est bien loin d’être sa priorité. Pour lui, les problèmes économiques et sociétaux ne peuvent se régler que d’en haut, par l’État, qu’il soit supranational ou national. C’est une vision dirigiste et étatiste du monde, où il est inconcevable que la société puisse se développer et s’enrichir d’elle-même à travers le libre marché.

Si un homme est défini par ses convictions politiques, alors Michel Barnier est impossible à connaitre. S’il gagnait les élections de 2022, il est probable que rien de particulier ne distinguerait un premier mandat Barnier d’un second de Macron. Il serait préférable qu’il prenne sa retraite maintenant et rédige ses mémoires, qui  pourraient être intéressantes.

 

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