La dérive autoritaire du gouvernement Macron

Emmanuel Macron 2017 BY Jacques Paquier (CC BY 2.0) — Jacques Paquier, CC-BY

La fin de mandat d’Emmanuel Macron doit être considérée comme une régression autoritaire que la France a déjà connu à plusieurs reprises depuis la Révolution française.

Par Finn Andreen.

Comment la cote de popularité de Macron peut-elle être aussi élevée malgré la gestion calamiteuse et autoritaire de la crise sanitaire ?

En effet, le quotidien Le Figaro annonce que « Le chef de l’État progresse dans toutes les catégories de la population » et que près de la moitié des Français (46 %) a maintenant une bonne opinion de lui, ce qui est bien plus que ses récents prédécesseurs à la même date précédant l’élection.

Cependant, cote de popularité ne signifie pas intention de vote, laquelle se trouve, pour lui à la moitié de sa cote de popularité (entre 23 % et 26 % selon les configurations) ce qui indique que même si il satisfait la moitié de la population, seul un quart de celle-ci est suffisamment convaincu par sa performance politique pour voter pour lui.

En fait, c’est le même pourcentage de votes (24 %) pour Macron lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Après plus de quatre ans au pouvoir et tant d’opérations de séduction, Macron continuerait à convaincre uniquement ce quart, loyal depuis 2017.

Ce quart de l’électorat est donc sa base politique, ce qui est peu. Selon Ipsos, elle est composée d’un éventail très large d’électeurs un peu plus âgés, aisés et citadins que la moyenne de l’électorat.

La tendance à l’autoritarisme

Cette base semble peu sensible au concept de liberté et disposée à lui donner encore cinq ans à l’Élysée, même après la découverte de son autoritarisme et son dédain apparent pour le processus parlementaire.

La gestion de la crise sanitaire rythmée par les décisions d’un seul homme depuis mars 2020 a exposé au grand jour cet autoritarisme étatique que la base électorale de Macron a ignoré en 2017, ce qu’elle ne peut faire aujourd’hui alors qu’elle s’apprête à revoter pour lui.

Pourtant, une autre voie était possible pour gérer la pandémie plus efficacement tout en respectant les libertés des Français. Aussi bien en amont qu’en aval de l’arrivée du SARS-CoV-2 en France, les actions supposées les protéger contre la pandémie ont été souvent non seulement fortement coercitives mais aussi bafouées.

L’autoritarisme de Macron et du gouvernement s’exprime donc aussi dans l’absence de mea culpa. En effet, le Président ne doute jamais de son jugement alors que cet aveuglement aura des conséquences sanitaires terribles pour les Français dans les années à venir, tant en termes de santé physique que mentale.

La seule conclusion possible est que la base électorale de Macron accepte ces dérives autoritaires. Il est vrai que d’autres franges de l’électorat sont probablement également prêtes à accepter une démocratie autoritaire, si on considère les divers programmes politiques de droite et de gauche toujours favorables à un État fort et interventionniste. Mais laissons pour le moment le bénéfice du doute à ces électeurs.

L’autoritarisme pour le bien de tous

Ce quart si hétérogène de l’électorat macronien qui accepte l’autoritarisme en démocratie, « pour le bien de tous », est vraisemblablement composé d’électeurs qui au moins inconsciemment, reconnaissent qu’une démocratie représentative n’est pas fonctionnelle. Cette base reconnait peut-être implicitement la réalité : tout système politique, démocratique ou non, tend vers l’autoritarisme.

Ceci fut démontré par Robert Michels dans son étude magistrale de la tendance oligarchique de la démocratie moderne (1911), œuvre souvent négligée mais toujours d’actualité. La conclusion de l’auteur est une description parfaite de la France en période de pandémie :

La démocratie a une préférence inhérente pour des solutions autoritaire à des questions importantes. Elle a soif aussi bien de pouvoir que de splendeur.

Michels explique que les démocraties modernes tendent progressivement vers l’autoritarisme et s’en réfère à Napoléon III, qui utilisa le plébiscite pour légitimer son autoritarisme :

L’interprétation bonapartiste de la souveraineté populaire était une dictature personnelle conférée par le peuple en accord avec le règne constitutionnel.

Il s’agit là de la mise en pratique de la présentation prémonitoire que Jean-Jacques Rousseau a fait de la démocratie dans Le contrat social, à savoir que le peuple n’est libre que le temps d’élire le législateur. Dans l’intervalle, « il est esclave, il n’est rien ».

De ce point de vue, cette fin de mandat de Macron devrait être considérée comme une régression vers un autoritarisme que la France a déjà connu à plusieurs reprises dans son histoire post-révolutionnaire. La Constitution de la Vème République elle-même confère d’emblée bien trop de pouvoir à un seul homme. La tentation d’employer ce pouvoir présidentiel excessivement n’est jamais loin, comme le montre la gestion de la crise sanitaire.

Par contre, aucun Président récent n’a voulu faire usage de ce pouvoir politique considérable pour introduire les nombreuses réformes indispensables pour rendre le pays non seulement compétitif et dynamique, mais aussi plus libre. Car il est possible de réformer le pays, mais compte tenu du système politique français actuel, l’initiative ne peut venir que du sommet de l’État.

Heureusement, tout l’électorat français n’adhère pas à l’autoritarisme. Malgré un étatisme exacerbé, imposé en Occident depuis plusieurs décennies, une minorité encore trop silencieuse continue à faire opposition, car pour elle la liberté est prioritaire.

Cependant, une vraie candidature libérale à la présidence de la République brille aujourd’hui par son absence. Il va falloir encore attendre afin de voir sur la scène politique française un parti, un programme et un candidat qui rejettent clairement la démocratie autoritaire et proposent une vraie alternative libérale pour la société française.

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