Hong Kong : le dilemme des libéraux

Free hong kong by duncan c (creative commons) (CC BY-NC 2.0)

OPINION : pour les libéraux, les États doivent respecter le principe de non-ingérence, à moins d’y avoir été invités par le gouvernement du pays en question.

Par Finn Andreen.

Progressivement et sans surprise, le bras de fer entre Hong Kong et la Chine populaire est en train de pencher en faveur de cette dernière. Le journal Le Figaro résume la situation ainsi :

La Chine est en train d’imprimer sa marque autoritaire sur Hong Kong, après les immenses et souvent violentes manifestations pro démocratie de 2019.

En effet, la récente condamnation de plusieurs jeunes Hongkongais pour, entre autres, « avoir contribué à la mémoire de Tiananmen », montre que les libertés politiques fondamentales, dans ce cas la liberté d’expression, dont les Hongkongais jouissent depuis quelques décennies, sont en train de s’éroder.

Hong Kong a longtemps compté parmi les sociétés les plus libres du monde, et ceci même après être passé sous souveraineté chinoise en 1997. Mais depuis que Pékin a voté en 2020 la Loi sur la Sécurité Nationale de Hong Kong ayant autorisé les arrestations mentionnées ci-dessus, cette liberté ne peut plus être tenue pour acquise.

Le débat qui fait rage actuellement concerne cette Loi de Sécurité Nationale : en l’imposant, est-ce que Pékin a violé la loi fondamentale (basic law) de Hong Kong, accordée entre la Chine et le Royaume-Uni lors du traité de 1984 ? Ce traité est supposé préserver le principe de « un pays – deux systèmes » jusqu’en 2047, date à laquelle le régime de Pékin pourra, s’il le veut, intégrer Hong Kong dans son système politique communiste.

La position du gouvernement chinois est le sophisme classique de l’étatiste, qui énonce que la liberté sans la sécurité n’est pas viable. C’est le même argument qui est utilisé depuis longtemps par les gouvernements occidentaux. Les mesures liberticides anti-covid du gouvernement français en sont un bonne illustration.

Cependant, il faut ajouter que les autorités chinoises déclarent souvent leur soutien au principe « un pays pour deux systèmes » à propos de Hong Kong. Elles vont même jusqu’à se vanter de l’exceptionnelle liberté dont jouit actuellement Hong Kong grâce à la sécurité accrue qu’elles viennent de lui imposer.

Évidemment, les opposants hongkongais et les gouvernements occidentaux considèrent au contraire qu’en imposant cette loi, Pékin a renié ses obligations légales et réduit les libertés à Hong Kong.

Ne jamais oublier l’ingérence occidentale en Chine

Quoi qu’il en soit, même si effectivement Pékin a des obligations légales internationales vis-à-vis de Hong Kong, le fait est que l’ancienne colonie britannique est aujourd’hui et à nouveau sous souveraineté chinoise. Historiquement, Hong Kong n’aurait jamais été séparée de la province de Guangdong sans la brutale ingérence impérialiste britannique (et française) en Chine lors des Guerres de l’opium dont la Chine a tant souffert au XIXe siècle.

L’ingérence occidentale à Hong Kong est d’actualité aussi aujourd’hui sous une forme plus voilée. En effet, des investigations et photos témoignent des participations actives des services de renseignement et du ministère américain des Affaires étrangères aux cotés des opposants.

Certains leaders des dissidents hongkongais ont vraisemblablement été recrutés par la National Endowment for Democracy (NED). Il faut rappeler que cette organisation a pour but de financer et de supporter pour le compte de la CIA des mouvements politiques s’opposant aux régimes dans le collimateur de Washington.

Cette ingérence n’est pas surprenante puisqu’elle est parfaitement en ligne avec la stratégie déclarée des États-Unis à l’encontre de la Chine. Les autorités chinoises n’acceptent évidemment pas cette nouvelle ingérence occidentale dans ses affaires intérieures, et réagissent en conséquence.

La position libérale en relations internationales

Pour le libéral, la situation de Hong Kong peut représenter un dilemme.

D’un côté, sa tendance naturelle est de supporter la liberté de Hong Kong face à la pression du mastodonte communiste, même si la souveraineté nationale chinoise en vient à être bafouée.

D’un autre côté, il peut se sentir obligé de reconnaître le droit de la Chine populaire d’administrer son propre territoire et de résister aux ingérences étrangères qui s’opposent à sa souveraineté.

Comment résoudre ce dilemme ?

La position libérale devrait être de toujours privilégier la critique de son propre gouvernement au lieu d’approuver des interventions étrangères illégales, à plus forte raison si la majorité de la population supporte le régime en place.

En effet, tout libéral doit exiger que son propre gouvernement respecte le droit international et notamment le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres États (art.2§7 de la Charte des Nations Unies).

C’est le point de vue de Murray Rothbard :

Nous devons essayer d’abolir son pouvoir extérieur, son pouvoir sur les citoyens des autres États. L’État criminel doit être réduit autant que l’on peut partout, que ce soit dans sa puissance intérieure ou extérieure.

En d’autres termes, au lieu de se focaliser sur les actions d’autres États, les intellectuels et journalistes qui approuvent les relations internationales devraient en premier lieu critiquer leurs gouvernements pour leurs ingérences extérieures.

Cette position rejoint celle de Noam Chomsky, l’éminent porte-parole de la gauche syndicaliste depuis la guerre du Vietnam. Il est connu pour encourager chacun à critiquer les motivations, les décisions et les actions de son propre gouvernement, plutôt que de pratiquer le « un poids deux mesures » consistant à critiquer les autres gouvernements tout en excusant ou en ignorant les violations de son gouvernement à l’étranger.

Critiquer son gouvernement plutôt que les gouvernements étrangers est d’ailleurs bien plus judicieux pour deux raisons pratiques :

Premièrement, on connait généralement mieux son propre système politique, sa langue, son histoire, sa culture, et les institutions du pays.

Deuxièmement, il est toujours possible d’exercer davantage d’influence sur son gouvernement – aussi limitée soit-elle – que sur ceux d’autres pays.

La lutte pour la liberté, qu’il s’agisse de la préserver ou de la conquérir, consiste donc essentiellement à agir politiquement contre son propre gouvernement. Cela n’empêche évidemment pas des ONG de dénoncer certains abus de gouvernements contre leurs propres populations et de leur fournir une aide.

Derrière cette position, se trouve évidemment le principe fondamental du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il ne faut jamais oublier que toute servitude politique est volontaire, que tout État, le plus coercitif soit-il, assied son pouvoir sur la passivité et la conformité de la majorité vis-à-vis du système politique en place. Une majorité peut donc toujours changer de régime politique si elle le veut.

Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres. Étienne de la Boétie

Le peuple chinois pourrait donc décider, si une majorité en était convaincue, de ne pas vivre sous le joug du régime autoritaire du Parti communiste chinois. La Chine a connu ses révolutions et ses révoltes. Il est donc tout à fait envisageable que la nombreuse majorité chinoise ne reste pas politiquement silencieuse.

La situation de Hong Kong permet de rappeler ce qui devrait être la seule position libérale en matière de politique étrangère et de relations internationales : les États doivent respecter le principe de non-ingérence, à moins d’y avoir été invités par le gouvernement du pays en question. Le sort politique de Hong Kong ne doit donc être décidé que par le gouvernement chinois et ses potentiels opposants politiques intérieurs.

 

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