Et si le marché du vaccin était libre ?

Vaccination BY Global Panorama(CC BY-SA 2.0) — Global Panorama, CC-BY

Il faut promouvoir toutes les initiatives qui peuvent nous rapprocher progressivement d’un libre marché du vaccin.

Par Finn Andreen.

Anne Hidalgo a annoncé vouloir « débrider la vaccination » contre la Covid-19. Pourquoi ne pas aller plus loin et demander que le marché du vaccin soit complétement débridé, libéralisé ? Même si ce n’est pas réaliste compte tenu des circonstances politiques actuelles, il est important de comprendre à quel point le libre marché améliorerait le développement, la production, la vente et la distribution des vaccins.

Le libéral ne peut jamais décrire exactement les conséquences particulières sur le long terme d’une libéralisation. La nature même du libre marché – sa pluralité, sa décentralisation – rend pratiquement impossible ce genre de prédiction.

En revanche, il est possible de faire certaines constatations plus générales concernant un marché particulier, en se basant sur les principes de l’économie autrichienne.

Il s’agit de regarder comment l’offre et la demande seraient différentes si elles n’étaient pas artificiellement dopées ou bridées par les nombreuses interventions étatiques qui existent aujourd’hui. Il faut essayer de penser ce qui inciterait des acteurs privés à naturellement remplir les fonctions soi-disant irremplaçables de l’État. Dans le cas du marché du vaccin, il est possible d’identifier une multitude d’entraves étatiques.

Sans le corporatisme, c’est-à-dire l’étroite relation politique et financière qui existe entre les grands fabricants de vaccins et les États, il y aurait bien plus de producteurs potentiels.

Au lieu de voir retenus toujours les mêmes grands noms de producteurs – Pfizer, AstraZeneca – il serait possible dans un libre marché du vaccin, d’éviter les risques de corruption et de voir des entreprises plus modestes proposer des vaccins. En effet, elles n’auraient pas à dépenser des ressources afin d’établir des liens avec les institutions publiques superflues, si ce n’est néfastes, comme la HAS, le EMA, et la FDA.

La géopolitique est peut-être le domaine où les intérêts de l’État sont les plus éloignés de ceux des populations. Dans le domaine des vaccins, cela se traduit par une réduction sensible de l’offre. En effet, ce sont des considérations géopolitiques qui bloquent aujourd’hui l’accès aux vaccins russe et chinois de Covid-19.

Un bureaucrate européen s’est demandé encore récemment si le vaccin russe est un « vaccin sérieux » alors que celui-ci est considéré par le journal Le Lancet comme étant « sûr et efficace », et qu’il a déjà été choisi par 50 pays, principalement en dehors de l’Occident.

Combien de milliers de morts en moins et quel soulagement économique auraient pu connaitre les pays occidentaux s’ils avaient, avec l’Union européenne, fait abstraction de la géopolitique pour penser à l’intérêt des populations ?

L’offre de vaccins serait aussi très différente sans la possibilité de déposer des brevets. En effet, comme cela a été brillamment argumenté dans un influent essai, le droit de propriété intellectuelle permet d’accorder un privilège monopolistique à une entreprise et d’instaurer une taxe redistributive et injuste via des redevances.

De plus, ce système freine l’innovation et le développement du marché en question, réduisant donc l’offre. Une analyse récente de la London School of Economics arrive exactement à cette conclusion :

Une fois l’invention créée, le brevet génère en fait une rareté artificielle permettant de maintenir, gérer et même augmenter la valeur du vaccin ou du médicament.

Bref, la propriété intellectuelle n’a pas de place dans un marché libre car il n’est pas possible de posséder une idée.

La disponibilité de vaccins est aussi entravée car ce sont les autorités publiques qui gèrent les négociations directement avec les sociétés pharmaceutiques. La gestion calamiteuse de la vaccination contre la Covid-19 des autorités françaises entrera dans les annales.

L’inefficacité du secteur public n’est pas spécifique aux vaccins, elle l’est dans bien d’autres domaines et pour des raisons bien connues : lourdeurs bureaucratiques, manque d’intérêt personnel de la part du fonctionnaire, et difficulté d’évaluer le prix.

Ce dernier point est fondamental. Mettre un vaccin sur le marché nécessite la coopération harmonieuse, sur le long terme, de nombreuses professions : entrepreneurs, chefs d’entreprise, scientifiques, ouvriers et responsables logistiques.

Toute cette structure de production vaccinale ne peut être guidée de manière optimale que par le calcul économique à chaque facteur de production. Ce calcul est impossible sous un régime socialiste, comme l’a démontré Ludwig von Mises, c’est-à-dire quand l’État intervient dans le processus et empêche une formation naturelle des prix.

L’étatiste considère que la politique vaccinale est une question de santé publique : seule l’application généralisée et obligatoire de vaccins sous la houlette de l’État à une grande partie, si ce n’est à la totalité de la population peut garantir la protection nationale.

Cependant, il faut être prudent avec ce genre de conclusion. L’histoire de l’éradication des maladies infantiles au XXe siècle montre que non seulement les vaccins y ont joué un rôle moins important que le capitalisme, mais aussi que les préjudices causés par les vaccins peuvent parfois l’emporter sur leurs bienfaits.

Bien que les vaccins soient généralement essentiels pour limiter l’impact d’épidémies ou de pandémies, il faut éviter de les confier à des gouvernements souhaitant les appliquer sans discrimination.

L’étatiste pense qu’il n’est pas possible de libéraliser le marché du vaccin car le client n’a pas suffisamment d’intérêt à se faire vacciner, puisque c’est toujours à titre préventif. Il est vrai que beaucoup ressentent une certaine appréhension certainement due au fait que le principe même de la vaccination est de combattre le feu par le feu et que le risque zéro n’existe pas.

Dans un libre marché du vaccin, la demande viendrait évidemment d’individus soucieux de se protéger. Mais la véritable demande de vaccins viendrait surtout d’acteurs privés ayant un intérêt économique et juridique dans la prévention des maladies chez leurs clients.

Il s’agit typiquement des compagnies d’assurance, mais aussi par exemple des médecins généralistes, des hôpitaux et des écoles. Ces agents économiques ont un intérêt direct à ce que leurs clients ne soient pas contaminés. Ils exigeraient donc la vaccination lorsque celle-ci s’impose comme une des conditions d’accès à leurs services.

Plus généralement, dans un marché libre, c’est-à-dire en absence d’un État social monopoliste, le rôle des assureurs divers et variés deviendrait bien plus important que dans la société actuelle, afin de protéger contre les aléas de la vie.

Les éléments présentés ici permettent de tirer la conclusion que le marché du vaccin, comme tout le domaine de la santé d’ailleurs, est trop important pour rester sous le contrôle des autorités publiques. Il faut donc promouvoir toutes les initiatives qui peuvent nous rapprocher petit à petit à un libre marché du vaccin.

Un article publié initialement le 26 mars 2021.

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