La liberté n’est jamais un acquis

OPINION : la liberté n’est pas un acquis servi sur un plateau, c’est un idéal que nous devrions chercher à atteindre en agissant perpétuellement et par tout moyen pour la promouvoir.

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La liberté n’est jamais un acquis

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 juillet 2021
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Par Natasa Jevtovic.

Il y a quelques semaines, j’ai revu Le Docteur Jivago, chef-d’œuvre cinématographique adapté d’un roman ayant obtenu le Prix Nobel de littérature et qui a reçu cinq oscars et cinq golden globes.

Ce film est riche d’enseignement à bien des égards car il montre ce qui peut arriver à nos libertés lorsqu’un système politique obtient trop de pouvoirs, même à partir de bonnes intentions et d’une idéologie conçue pour le bienfait de tous.

Un catalogue d’interdictions

Vous n’avez pas le droit de posséder une grande maison. Si votre maison familiale est confisquée par l’État, vous n’avez pas le droit de vous y réinstaller, même si vous n’avez pas de toit et même si elle est vide, autrement vous serez accusé de contre-révolution.

Vous n’avez pas le droit d’éprouver des sentiments ou d’avoir une vie privée. Vous n’avez pas le droit d’assister à l’accouchement de votre femme lorsque vous êtes appelés sous les drapeaux. Lorsque vous êtes mobilisé et si vous ne vous exécutez pas, vous risquez d’être fusillé comme déserteur.

Vous n’avez pas le droit d’exprimer une opinion différente de celle de la majorité. Vous n’avez pas le droit d’écrire de la poésie sans rapport avec l’idéologie en place. Vous n’avez pas le droit d’être intellectuel et si vous êtes médecin, vous êtes suspect. Vous n’avez pas besoin de désapprouver le système en place, vous serez soupçonné de le faire dans le cadre du chantier gouvernemental de simplification des procédures administratives. Lorsque vous serez exproprié, tout ce que vous réussirez à garder, c’est un instrument de musique à cordes, votre seule expression de liberté, que vous conserverez caché.

Aujourd’hui, ces exemples peuvent nous sembler extrêmes ou fantaisistes car il s’agit bien d’un roman non basé sur les faits réels.

Pourtant, son auteur Boris Pasternak a été témoin de faits similaires et sa propre biographie a été encore plus terrifiante. Il a vécu en Union soviétique sous le système bolchévique et il a dû publier son roman en Italie, au péril de sa vie. Il a été témoin de l’exécution de plusieurs intellectuels russes et il a même été contraint de refuser le prix Nobel de littérature pour ne pas fâcher les hommes de pouvoir de son pays.

Un marché presque libre

À présent, le monde entier a rejeté les idéologies collectivistes et adopté la démocratie et le marché libre. De ce fait, nous sommes persuadés que nous vivons libres et que nos pays sont démocratiques.

Nous critiquons les dirigeants politiques et les fondateurs des grandes religions sur les réseaux sociaux, la plupart du temps pour nous distraire car nous vivons dans des sociétés opulentes où tous nos besoins matériels sont entièrement satisfaits. Mais en réalité, nous ne sommes pas tous libres au même niveau, car nous sommes conditionnés par notre situation socio-économique, par l’environnement qui nous entoure et par le facteur chance.

Même les États-Unis, supposés être la plus grande démocratie du monde, ne parviennent pas à garantir les mêmes droits à leurs citoyens noirs ou hispaniques et poursuivent sans relâche les lanceurs d’alerte ou objecteurs de conscience qui ont signalé les dysfonctionnements du système sans savoir qu’ils risquaient leur liberté.

On ne peut pas dire que notre système politique est entièrement démocratique si nos dirigeants sont élus par une petite minorité, puisque 90 % des électeurs ne sont pas inscrits sur les listes électorales, ne se déplacent pas aux urnes, ou votent blanc.

Les dérives sont toujours possibles dans les démocraties car ceux qui nous gouvernent passent de plus en plus de temps à légiférer pour garantir leurs privilèges au détriment de leurs administrés, surtout lorsqu’ils sont confrontés à la contestation populaire.

Lorsque le déploiement des caméras pour filmer les interventions des forces de l’ordre jugées sensibles était décidé par l’article L241-1 du Code de la sécurité intérieure, leur usage n’était certainement pas prévu pour être généralisé. Il était laissé à l’appréciation des agents qui pouvaient décider de les allumer ou pas.

Soyons honnêtes : qui voudrait filmer une arrestation musclée et fournir des preuves contre lui-même, si la personne interpellée décède ou finit grièvement blessée ? Ce serait comme autoriser les automobilistes à allumer ou désactiver les radars selon le besoin afin d’éviter de payer les amendes pour excès de vitesse.

Dans un document récemment adressé aux forces de l’ordre, le ministre de l’Intérieur a demandé que les journalistes couvrant les manifestations populaires soient soumis au même traitement que les manifestants.

Le délit constitué par le fait de se maintenir dans un attroupement après sommation ne comporte aucune exception, y compris au profit des journalistes ou de membres d’associations.

Or, un journaliste a justement besoin de voir et de filmer de plus près les heurts entre les forces de l’ordre et les manifestants afin de repérer les abus, au lieu de suivre les marches pacifiques où sa présence n’est pas indispensable.

Certains hommes politiques sont condamnés pour délit de favoritisme car ils omettent de lancer un appel d’offres pour attribuer des marchés publics et recrutent les entreprises qui ont financé leur campagne. Résultat : les entreprises indépendantes ne peuvent pas obtenir de marchés et finissent pas ne plus recruter, ce qui aggrave les chiffres du chômage. Et pourtant, ces mêmes hommes politiques continuent de nous administrer comme si de rien n’était.

La liberté du marché n’est pas nocive pour notre économie, bien au contraire.

Lorsqu’une entreprise souhaite recruter un candidat et préfère passer par la  cooptation de ses salariés au lieu de publier une offre d’emploi consultable par tous, elle ne respecte ni la liberté de marché ni l’égalité des chances.

Il y a encore dix ans, les employés saisonniers dans les grandes banques françaises étaient toujours choisis parmi les enfants de leurs propres salariés, une pratique aujourd’hui disparue.

Et pourtant, la plupart des offres d’emploi sont cachées et réservées aux initiés, à tel point que même Pôle Emploi organise les stages pour les chômeurs pour apprendre à se constituer du réseau, c’est-à-dire chercher un emploi par bouche à oreille parmi les proches. Si toutes les offres d’emploi étaient publiées pour donner la chance à tous, le marché du travail serait plus transparent et notre société plus juste.

La lutte contre les cartels est prioritaire

En 2017, j’ai publié un livre intitulé La gestion de la copropriété en France, le scandale où j’explique comment certains syndics utilisent des pratiques anticoncurrentielles pour réserver les marchés à des sociétés partenaires, au détriment des copropriétaires qui paient le prix fort.

Si vous avez une petite entreprise de bâtiment qui vient de démarrer son activité, il vous sera extrêmement difficile d’obtenir un marché sans piston car les appels d’offres sont verrouillés. Il y a quelques années, la Commission européenne a même condamné les quatre grandes sociétés d’ascenseurs – ThyssenKrupp, Schindler, Otis et Koné – à payer une amende de un milliard d’euros, car elles avaient constitué un cartel pour éjecter du marché les petits ascensoristes et augmenter les prix des ascenseurs. Comme nous pouvons le constater, le marché libre est la condition sine qua non d’une société libre et la lutte contre les cartels doit toujours rester notre priorité.

Aujourd’hui, pour la première fois de l’histoire, nous avons la chance de vivre dans un monde connecté et informatisé où nous pouvons diffuser les informations sans passer par les médias officiels.

Nous avons tous la possibilité de filmer les policiers qui violentent les journalistes, diffuser nos témoignages sur les réseaux sociaux, partager les informations telles que les comptes d’une administration ou d’une entreprise ayant recours à des pratiques illégales.

Si vous êtes témoin de pratiques anticoncurrentielles, vous pouvez les signaler à l’Autorité nationale de la concurrence et même à la Commission européenne, qui propose un formulaire en ligne.

La liberté n’est pas un acquis servi sur un plateau, c’est un idéal que nous devrions chercher à atteindre en agissant perpétuellement et par tout moyen pour la promouvoir. Nos ancêtres sont morts pour l’obtenir, à nous de faire quelques sacrifices pour la sauvegarder.

 

Sources :

 

https://www.google.co.uk/amp/s/www.publicsenat.fr/article/politique/macron-accuse-d-etre-dans-un-choix-politique-pour-la-nomination-du-remplacant-de%3famp

 

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/police/police-le-port-des-cameras-pietons-sera-generalise-d-ici-a-juillet-2021-annonce-gerald-darmanin_4105395.html

 

https://www.google.co.uk/amp/s/europa.eu/youreurope/business/selling-in-eu/competition-between-businesses/anti-competitive-behaviour/indexamp_fr.htm

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  • Personnellement, j’ai travaillé sur site où les conversations téléphoniques étaient enregistrées, et je trouvais cela très protecteur.
    Les caméras permettent de discriminer les mauvais éléments, il y en a toujours, c’est au bénéfice des deux parties, le client et les professionnels consciencieux ( il y en a aussi).

    • Dans le meilleur des mondes, il est peut-être intéressant de filmer tout et tous en permanence pour voir qui sont les méchants. Le problème, ce sont les dérives, et nous avons la preuve aujourd’hui que la dérive fait partie intégrante de tout système.

      • J’entends bien, et je ne suis pas pour un société de surveillance, en particulier si elle est étatique.
        Mais, la vidéo peut aussi avoir des côtés positifs. Maintenant quand vous avez un accident de voiture, vous prenez des photos avec votre smartphone. C’est un élément de preuve.

  • « Si vous êtes témoin de pratiques anticoncurrentielles, vous pouvez les signaler à l’Autorité nationale de la concurrence et même à la Commission européenne, qui propose un formulaire en ligne. » Ah bon ? On peut se plaindre de l’absence de concurrence des lycées ? Des collèges ? Du monopole de la SNCF ? De l’interdiction d’ouvrir une clinique privée parce que cela nuirait à l’hôpital ? Mais la haine de la concurrence… c’est l’ADN de la France !

    • « À présent, le monde entier a rejeté les idéologies collectivistes »
      C’est vite dit, la bête immonde n’est pas morte, ici et là quelques tentatives de restaurer ou maintenir des monopoles d’état « au nom du bien du peuple » et particulièrement en France dans bon nombre de secteurs, même les ex-nationalisées ne sont pas épargnées (la CGT règne en maitre dans pas mal d’entre elles)

  • La liberté n’existe pas, on vit tous sous la contrainte de la société et de ses mœurs, de l’état qui dicte les règles, et même chacun se construit des règles de vie contraignantes… Qui est libre ‘? Personne sauf les fous.. Et quand les fous gouvernent….

  • Bonsoir Natasija
    Excellent article !
    J’apprécierais de vous connaître personnellement (n’y voyez rien d’ambigu, je suis un quasi vieillard).
    Mais vos derniers mots, je me permets de les citer, « La liberté n’est pas un acquis servi sur un plateau, c’est un idéal que nous devrions chercher à atteindre en agissant perpétuellement et par tout moyen pour la promouvoir. Nos ancêtres sont morts pour l’obtenir, à nous de faire quelques sacrifices pour la sauvegarder. », sont ceux que je répète depuis des lustres à mes amis de Belgrade.
    Merci de me laisser penser que la jeune génération possède encore ces valeurs.

  • Zaista mi se svida što vecinu vremena pišete latinicnim slovima, a ne cirilicom

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