Privatisation d’ADP : l’opposition à court d’idées avec le Référendum d’Initiative Partagée ?

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Assemblée nationale - Crédit photo : Magali via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

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Privatisation d’ADP : l’opposition à court d’idées avec le Référendum d’Initiative Partagée ?

Publié le 15 avril 2019
- A +

Par Jean Semnoz.

La Loi Pacte a été définitivement adoptée le jeudi 11 avril par l’Assemblée. Mais la veille quelque 218 députés ont annoncé qu’ils déclenchaient le Référendum d’Initiative Partagée dans le but d’obtenir une proposition de loi qui viendrait contrer le projet de privatisation d’ADP. Fausse bonne idée ou vraie coup d’épée dans l’eau ?

Malgré toute l’énergie dépensée par l’opposition, de l’extrême gauche à l’extrême droite, la loi Pacte a été adoptée définitivement par l’Assemblée ce 11 avril. Cette loi complexe, qui a pris énormément de temps à être élaborée et plus de 240 heures de discussions au Parlement, contient notamment la disposition la plus polémique d’entre toutes : la possibilité pour l’État de céder ses parts au sein du Groupe ADP. En d’autres termes, ce que les politiques et journalistes nomment par facilité la privatisation des aéroports de Paris.

Forces contraires ou opposition de principe

Que se passe-t-il lorsqu’une force irrésistible rencontre un objet immuable ? Le bien connu paradoxe de l’omnipotence contient en réalité la réponse dans la question. Il est impossible que coexistent dans l’univers une force irrésistible et un objet immuable. C’est ce qu’il semble arriver en ce moment au sein de la classe politique.

Le gouvernement d’Édouard Philippe soutenu par la majorité LREM a bel et bien voté la loi Pacte et a toujours la ferme intention de céder les parts de l’État au sein d’ADP afin, notamment, de financer son fameux fonds pour l’innovation et l’industrie. Voilà la force irrésistible.

En face, l’objet immuable, l’opposition. Celle-ci est devenue protéiforme au point d’être difficile à regarder en face sans avoir un mouvement de recul. Il suffit pour cela de regarder la photo des députés rassemblés pour présenter l’initiative du Référendum d’Initiative Partagée aux journalistes : tout le spectre y est représenté de la France Insoumise aux Républicains, en passant par les centristes. Mais cette initiative est-elle bien sérieuse ?

Le RIP, ou R.I.P la cohérence

D’après Valérie Rabault, présidente du groupe socialiste, il s’agit d’un moment « totalement historique ». N’ayons pas peur des mots ! Certes, plus de 200 députés de tous bords qui s’accordent pour contrer une disposition de loi qui vient d’être adoptée par l’Assemblée est un événement politique qui vaut la peine d’être remarqué.

Mais si la manœuvre vaut son prix politiquement et médiatiquement, elle ne brille en revanche ni par l’honnêteté ni par l’esprit. Elle est en effet une tentative tellement vaine que les députés ne peuvent que faire semblant d’y croire vraiment. Tous les spécialistes s’accordent à dire que cette initiative n’a aucune chance d’aboutir.

Pourquoi ? Parce que maintenant les députés de l’opposition ont 9 mois pour récolter les signatures de 4,7 millions d’électeurs – signatures collectées par le ministre de l’Intérieur soit dit en passant – avant de proposer une loi à la majorité qui votera évidemment contre puisqu’elle vient d’adopter une disposition contraire. La boucle sera bouclée et le temps et l’énergie gaspillés.

Les institutions ne sont pas un jouet

L’agitation des députés de l’opposition nous renvoie cependant à une question politique et institutionnelle fondamentale. Comment l’opposition peut-elle bien se rendre utile lorsque le Parlement appartient à une majorité écrasante comme c’est le cas actuellement ? Les principes démocratiques voudraient que celle-ci cherche par des arguments sérieux et cohérents à faire valoir au gouvernement en place sa position afin que ce dernier ajuste sa politique en prenant en compte les avis des députés représentant une part minoritaire certes mais non négligeable de citoyens.

Au lieu de cela les députés ont choisi, parfois au prix de la cohérence, d’agiter des outils institutionnels parfaitement inutiles pour faire ni plus ni moins qu’un vulgaire buzz. Alors que les Français, Gilets jaunes en tête, ont perdu toute confiance en leurs dirigeants, ce genre de coup de pub pratiqué sur le dos des institutions légales ne risque pas de les rendre plus crédibles.

En termes de manque de crédibilité, le député PS Boris Vallaud fait figure d’allégorie. Lorsqu’il était secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Hollande il a supervisé lui-même la cession des aéroports de Lyon, Nice et Toulouse. Aujourd’hui il n’hésite pas à nommer le projet du gouvernement « une imbécilité »…

Comme souvent en observant la vie politique, l’opposition se ridiculise tellement qu’elle fait malgré elle office de paratonnerre en attirant à elle l’atterrement et la confusion. Au lieu de participer sérieusement au débat et de jouer franchement le jeu de la démocratie, elle ne fait rien d’autre que de saper le gouvernement en place pour attirer sur elle un peu de la lumière médiatique dont elle semble manquer.

Voir les commentaires (18)

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  • claude henry de chasne
    15 avril 2019 at 7 h 04 min

    pas d’idées , pas de proposition , l’opposition ne vaut rien

  • RIP le RIP…….
    Je suis surpris du ton de cet article ,l’opposition a le droit de faire ce quelle veut et utiliser les lois dans un but politique.
    On peut meme dire que c’est utile puisque cela nous demontre l’inutilite du RIP et du RIC dans une non démocratie.

    • Pierre Henri DREVON
      15 avril 2019 at 8 h 06 min

      Vous voulez dire que dans une « vraie démocratie », la minorité doit pouvoir faire la loi ?…

    • La petite bête
      15 avril 2019 at 9 h 15 min

      Oui, et si le nombre de signatures requis n’est pas atteint, cela montrera l’inapplicabilité du RIP (que Sarkozy avait en son temps présenté comme une preuve de démocratie). Et la demande d’un RIC, évidemment balisé, reprendra toute sa pertinence.
      La démarche de ces députés – dont je ne pense pas comme l’auteur de l’article, qu’elle ne soit qu’un coup politicien – aura servi à quelque chose.

  •  » financer son fond pour l’innovation et l’industrie »…..il faut juste espérer que les fonds en question iront bien là ou ils sont censés aller ;

    • Comme si ils avaient besoin de cet argent pour mener a bien leur projet..ce n’est qu’un pretexte ,cela aurait pu etre pour autre chose , aucune importance…faut vraiment privatiser adp nos aeroports sont les plus merdiques d’europe…meme pour l’euro symbolique !

      • Comme le nom ne l’indique pas, AdP, ce n’est pas juste les aéroports et aérodrômes parisiens, ils ont des activités dans le monde entier, que ce soit en gestion d’aéroports ou en conseil / ingénierie.
        Votre commentaire n’est pas faux (première phrase), mais le « bashing » final est complètement inutile (pourtant, je suis loin d’être fan de la façon dont les voyageurs sont accueillis à Roissy…)

        • Ca marche a l’etranger parcequ l’etat ne peut pas vraiment intervenir, c’esg pareil pour l’edf et autres pretendues privatisees mais ou l’etat a encore des billes.

        • claude henry de chasne
          15 avril 2019 at 16 h 52 min

          non c’est une caisse enregistreuse pour la CGT

  • tout les députés non présent sanctionner par une baisse de 50 % de leur indemnité parlementaire avec dernier avertissement d’être exclu de leur mandat parlementaire !!!

  • La France va-t-elle ressembler à l’Italie.?

    • Italie… si ce sont toujours des sociaux-démocrates qui accèdent au pouvoir, comme depuis les 40 dernières années.
      Ou Grèce… si ce sont les populistes (RN ou FI) qui prennent le relais.

      Bref, il n’y a plus aucun avenir pour la France. Tout le monde réclame davantage d’étatisme : politiques, technocrates, médias et populace. Selon les votes, seul variera le rythme de la folle descente aux enfers collectivistes.
      Ce pays est foutu.

  • Voilà un sujet à la lisière des intérêts publics et privés qui se prête merveilleusement au concours de la plus parfaite mauvaise foi des parties. Un sujet en or pour les politiciens.

    ADP, c’est en gros 4,4 milliards de CA dont 2 pour les redevances aéroportuaires, 1 pour les gains accessoires (boutiques…), 1,4 pour la conception d’aéroports dans le monde.

    Si on exclut le dernier point, ADP « taxe » en moyenne 30 euros par passager environ. Ca fait quand même très très cher pour se faire palper, vider littéralement son sac, devoir enlever ses chaussures et le reste, dévisager par des cerbères hargneux, et s’emmerder des heures durant en attendant un avion retardé, qui sera ensuite retardé à nouveau sur la piste une fois embarqué. Ici, on peut parler de rente, le prix du monopole naturel auquel le passager ne peut échapper. Est-il réellement possible de mettre ADP en concurrence pour espérer un meilleur rapport qualité/prix ?

    D’un autre côté, prétendre que gérer des boutiques de luxe cliquant, proposer des restaurants distribuant de la nourriture en plastique ou construire des aéroports en Chine ou en Corée seraient des activités « stratégiques » relève du moquage de face industriel. La fameuse « gestion de la frontière », seule activité qui relève de ce qualificatif, est tout à fait marginale dans le CA global. Jusqu’à preuve du contraire, les douaniers sont encore des fonctionnaires.

    Enfin, que l’Etat cède ses parts (un peu plus de 50%) alors que cette activité est valorisée en bourse 30 fois les bénéfices, bénéfices en eux-mêmes largement sur-valorisés, n’est pas totalement idiot.

  • Les commentaires sont fermés.

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