ISF : un débat absurde

Rolex-Golden Time of Power by Art-Ko (CC BY-NC-ND 2.0) — Art-Ko , CC-BY

Comment l’envie, la jalousie, la haine du riche, et bien sûr la démagogie des politiques, mènent à l’appauvrissement du pays et donc à l’absurdité même.

Par Johan Rivalland.

Jusqu’à nouvel avis, le président Macron semblerait vouloir tenir bon et ne pas rétablir complètement l’ISF (du moins dans sa version précédente, car l’IFI est une concession non négligeable qui a déjà été lâchée).

Mais pourquoi un politique obsédé – comme pratiquement tous les politiques – par sa réélection, serait-il suffisamment fou pour ne pas céder sur un sujet aussi sensible et qui peut en effet coûter une élection, comme on aime à le rappeler ? Et pourquoi répète-t-on sans arrêt que la France est le dernier pays au monde à s’accrocher à un tel impôt improductif ? Peut-être conviendrait-il de vraiment l’expliquer et d’en finir avec la déraison.

L’ISF : envie, jalousie, haine du riche

Ceux qui réclament à cor et à cri le rétablissement de l’ISF, souvent hélas simplement mus par la haine ou l’envie, ne se posent-ils donc pas la question ? Ce qui me stupéfie est qu’aucun politique (ou journaliste jouissant d’une forte audience) n’explique jamais clairement les choses, avec les mots les plus simples, avec à l’appui des chiffres parlants.

Au lieu de toujours évoquer uniquement les 5 milliards d’euros de recettes annuelles que générait cet impôt, pourquoi ne pas rappeler – à chaque fois – à combien s’élevaient les coûts liés à sa perception, et surtout les sommes gigantesques perdues (et la perte d’attractivité et de compétitivité que cela engendre, donc les milliers d’emplois perdus et hausses éventuelles de salaires empêchées). Ce qui permettrait de mieux comprendre de quoi on parle et de faire réaliser à quel point cet impôt est stupide.

Au lieu de quoi on ne mène jamais un raisonnement jusqu’au bout et on ne montre jamais en quoi cela touche effectivement les gens ordinaires (dont les fameux Gilets jaunes qui sont donc des perdants assez évidents alors qu’ils réclament pourtant le retour de cet impôt).

La réalité des chiffres

Ce vendredi, Stéphane Soumier, sur BFM Business, recevait Laurent Burelle, Président de l’AFEP (Association Française des Entreprises Privées). Une interview instructive sur le plan factuel. Voici ce qu’il y disait :

– Les 100 plus grands entrepreneurs français membres de l’AFEP (à part les deux ou trois qui vivent à l’étranger) payent leurs impôts en France. Ce qui, selon Laurent Burelle, est « bien normal ». Et il n’y a donc là pas de sujet, selon lui. Malgré les attaques régulières que l’on entend ici ou là.

– Deux études d’instituts économiques viennent de montrer que l’ISF a coûté 200 milliards d’euros (!) de capitaux qui sont sortis de France et ont donc été perdus pour la collectivité nationale. Est-ce bon ou mauvais pour nous, demande-t-il à juste titre ? Ces sommes sont allées fructifier à l’étranger, poursuit-il. C’est donc une perte pour tout le monde en France. Et on comprend bien, en l’entendant, que l’idée même de rétablir l’ISF est donc complètement absurde.

– La baisse de l’ISF ne peut être considérée comme un cadeau, ajoute-t-il. Et, là encore, il conviendrait de rappeler plus souvent, selon moi, les sommes concrètes payées par des entreprises ou particuliers – qui ne sont pas un dû – avant de parler de « cadeau » (ainsi que de mettre en rapport, dans certains cas par exemple, une hausse suivie d’une baisse et de montrer en quoi la valeur de départ n’a pas forcément baissé et qu’on ne peut vraiment pas parler ainsi de cadeau).

On entend d’ailleurs régulièrement des gens (des Gilets jaunes notamment) affirmer avec conviction que « ce sont toujours les mêmes qui payent les impôts » (sous entendu les plus pauvres), convaincus que les riches, ou présumés tels, n’en payent pas. Contre tous les faits établis. Laurent Burelle, un peu excédé par tout cela lâche donc :

Si vous pensez que vous serez plus heureux en rétablissant l’ISF, en faisant payer plus certains, alors rétablissez-le. Mais c’est bête : à la fin, les 200 milliards, ça fera 300, puis ça fera 400. Et le résultat est qu’on s’appauvrit.

– Quant au partage de la Valeur Ajoutée, autre sujet qui prête à polémique, Laurent Brunelle rappelle que 71 % vont aux salaires, 9 % vont aux dividendes et 20 % va à l’État ( !). Pas vraiment les proportions qu’on imagine généralement…

– Concernant les profits des entreprises, pourquoi n’entend-on jamais, de même, expliquer ou rappeler ce que sont les profits et en quoi ils sont indispensables – et même une bonne nouvelle pour la France : signe de santé économique, source de perception de davantage de recettes fiscales, donc susceptibles, théoriquement, de bénéficier à l’État, donc à nous tous ? Une fois de plus, dans un Journal télévisé de 20 heures sur France 2, un reportage évoquait les 13 milliards de profits de Total en 2018. Accompagné – et ce n’est pas la première fois – d’une musique sinistre, évoquant quelque chose de mal, de suspicieux, susceptible d’être dénoncé. Pourquoi ?

Ce qui fait dire à Laurent Burelle :

Vous ne voulez pas Total en France, faites-le partir, vous ne voulez pas Sanofi en France, faites-le partir, vous ne voulez pas LVMH en France, faites-le partir, vous ne voulez pas Air Liquide en France, faites le partir, vous ne voulez pas Saint-Gobain en France, faites le partir… C’est de la folie cette conversation !

– Dans le cas de LVMH, par exemple, c’est 1,3 milliard d’euros d’impôts que l’entreprise a payé en 2018, nous rappelle Soumier. Il est ainsi le premier contributeur français à l’impôt.

Laurent Burelle précise, quant à lui, qu’il paye 43,5 % d’impôt sur le revenu et qu’en y ajoutant la CSG et la CRDS, il est à 60 %  ; ajoutant une nouvelle fois qu’il trouve cela bien normal.

Quand en finira-t-on avec la déraison ?

Alors, quand en finira-t-on avec la déraison ? La redistribution en France ne fait que susciter la défiance, comme le montrait récemment Frédéric Mas. Ce n’est pas en continuant ainsi et en n’expliquant pas et réexpliquant pas clairement les choses aussi souvent que possible qu’on en sortira. Il est temps que cessent tous ces infantilismes et défaites de la Raison, qui mènent à la défaite tout court. Et dans laquelle personne n’a rien à gagner.

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