Canicule et centrales nucléaires : le marronnier de l’été

La centrale nucléaire de Cattenom By: Gilles FRANCOIS - CC BY 2.0

En France, certains médias se sont alarmés de l’arrêt de quelques réacteurs à cause des fortes chaleurs du mois d’août. Une pratique en réalité prévue – et maîtrisée – par EDF depuis dix ans.

Par Arnaud Daguin.

Les médias raffolent des « marronniers » – ces informations qui reviennent chaque année à la même période. Et l’été est une période assez propice en la matière. Chassé-croisé entre « juillettistes » et « aoûtiens », vendanges, destinations de rêve : faciles à traiter, encore plus aisés à comprendre, les sujets s’affichent en Une de tous les journaux télévisés. Très récemment, c’est la canicule qui s’est abattue sur la France dont il a été surtout question. Avec, une fois n’est pas coutume, certains angles intéressants, comme l’effet des fortes chaleurs sur l’économie de l’Hexagone.

La liste est longue – et un peu fastidieuse. Mais il est une information qui nécessite quelques précisions : les centrales nucléaires françaises tournent au ralenti, selon ce média. Qui renseigne : « EDF a dû mettre à l’arrêt un réacteur nucléaire et en ralentir deux autres pour respecter les normes environnementales de température de l’eau », les centrales se servant effectivement de l’eau des fleuves pour refroidir les turbines. « Or, avec les fortes chaleurs, l’eau est déjà trop chaude […] », ce qui laisserait envisager des problèmes d’approvisionnement.

Fake new estivale

L’Usine nouvelle rapporte également cette information, se basant sur les craintes de certaines ONG anti-nucléaires, qui « redoutent que le réchauffement climatique et la répétition des canicules accentuent la pression sur les cours d’eau. » En d’autres termes : l’énergie nucléaire, en France, n’est pas adaptée aux changements climatiques. Fake news ? Information légitime ? Selon la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), les épisodes caniculaires dus au réchauffement de la planète sont appelés à se multiplier, et questionnent effectivement le fonctionnement des centrales nucléaires. Est-ce une raison pour tirer la sonnette d’alarme ?

Non. Et pour une simple et bonne raison : comme tout géant industriel, EDF a pu s’adapter à ces bouleversements qui, selon la SFEN :

… ont conduit l’exploitant des centrales nucléaires à réaliser de nombreux travaux pour améliorer la résistance des matériels aux agressions externes comme les fortes chaleurs.

Quant aux pertes de production en cas d’épisode caniculaire, comme récemment, cette dernière précise que :

entre 2000 et 2017, [celles-ci] n’ont représenté que 0,18 % en moyenne de la production d’électricité nucléaire.

Pas de quoi pousser des cris d’orfraie, donc.

Des réponses éprouvées

D’ailleurs, l’une des tranches arrêtées – à Saint-Alban (Isère) – a été reconnectée après seulement 5 jours de repos. Et si l’on en croit l’étude de l’OMS, le mois d’août n’est pas la période de l’année où l’activité est la plus intense. C’est-à-dire que la consommation électrique s’en trouve mécaniquement réduite… mais toujours très soutenue à cause des appareils électriques utilisés pour trouver un peu de fraîcheur. EDF dispose, grâce aux énergies renouvelables notamment, de moyens de production variés pour continuer d’approvisionner les Français en électricité.

Sans parler du plan « Grand chaud » mis en place par l’électricien en 2008, visant à prendre en compte, dans les équipements et le fonctionnement des réacteurs, les phénomènes de canicules ou de sécheresses. D’après Tristan Kamin, ingénieur en sûreté nucléaire, « le référentiel d’EDF a été mis à jour par rapport aux évolutions climatiques, en concertation avec l’Autorité de sûreté nucléaire, et certains échangeurs thermiques ont été remplacés par des échangeurs plus performants. » Aucune trace, pourtant, de cette information.

Vivement l’automne prochain, quand les médias s’alarmeront de l’arrêt de certains réacteurs pour maintenance – comme chaque année. Fleuriront alors d’autres marronniers.