Portable à l’école : interdire n’est pas le bon réflexe

Le téléphone est certes une nuisance à l’école. Mais est-il si redoutable qu’il faille impliquer la représentation nationale ?

Par Stanislas Kowalski.

L’amendement interdisant les téléphones portables pour les professeurs a été retiré pour l’instant, mais il est significatif de la confusion mentale qu’entretient l’égalitarisme ambiant.

D’une manière générale, la profondeur des débats nationaux ne cesse de me surprendre. Le téléphone est certes une nuisance à l’école. Mais est-il si redoutable qu’il faille impliquer la représentation nationale ? L’interdire par la loi aux élèves est déjà une erreur. C’est une décision qui devrait relever de chaque établissement. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont déjà pris des dispositions en ce sens. La seule difficulté juridique est de savoir dans quelle mesure les professeurs peuvent confisquer l’objet perturbateur, et selon quelles modalités celui-ci doit être rendu aux familles. Avec un peu de bon sens et de volonté, on trouve déjà des solutions. Une simple note de service suffirait à confirmer les usages et à répondre aux parents trop procéduriers.

Les smartphones en classe

Par ailleurs, les smartphones sont des outils qui peuvent avoir leur place en classe. Sans être un fervent enthousiaste des pédagogies innovantes à coups de tweets et de murs Facebook, je dois reconnaître que les portables permettent des actions nouvelles ou facilitent les anciennes. La disponibilité des ressources intellectuelles est accrue. Pour ne prendre qu’un exemple, les dictionnaires en ligne Reverso ou Linguee sont à bien des égards meilleurs que le Harrap’s ou le Robert & Collins, car le nombre de pages n’empêche plus de compléter les articles par de nombreux exemples concrets. Toute interdiction doit préserver les usages valables. S’il faut vraiment en faire passer une pour le bien du service, que ce soit au plus bas niveau possible, pour qu’on puisse ménager des exceptions quand c’est nécessaire.

Éteindre son portable relève surtout de deux démarches : le respect de celui qui parle et la suppression d’une source de distraction. Politiser la politesse ne donne rien de bon et ne favorise pas la bonne entente.

Tout cela n’est pas encore trop grave. En revanche, il serait absurde et dangereux de l’interdire aux professeurs eux-mêmes. On a invoqué l’exemplarité. Voilà un beau contresens éducatif. L’amendement a été retiré, mais j’en parlerai quand même, parce que cet argument est régulièrement employé de travers dans les établissements scolaires. Appliqué aux sanctions ou aux règles de la cantine, il crée des situations malsaines ou tout simplement peu pratiques. Allez maintenir l’ordre, si le témoignage du professeur est systématique contrebalancé par celui de l’élève à punir !

Professeurs et élèves

Un élève n’est pas l’égal d’un professeur. Tous les enfants sont capables de comprendre que les adultes ne sont pas soumis aux mêmes règles qu’eux, parce qu’ils ont d’autres connaissances et d’autres responsabilités. Il en va de même, plus généralement, entre les chefs et leurs subordonnés, sans que cela pose de problèmes.

Si le professeur doit être exemplaire, ce n’est pas en étant un enfant modèle, bien sage et bien obéissant. On attend de lui, au contraire, qu’il soit un modèle de l’adulte que l’enfant doit devenir. C’est triste de voir que si peu d’élèves veulent imiter leurs professeurs et se lancer dans la même carrière. S’il y a un signe que quelque chose va mal dans l’école française, c’est bien celui-là.

Les enfants ne sont pas autorisés à avoir des relations sexuelles. Mais heureusement que les adultes en ont ! Sinon, plus d’enfants. Les parents doivent avoir en matière sexuelle le comportement que les enfants devront avoir plus tard, fait de respect, d’attention à l’autre, de sens des responsabilités, de fidélité. Il ne sert à rien d’être hypocrite.

La tentation de l’interdit

Le professeur doit-il absolument s’abstenir de toute boisson alcoolisée devant les enfants, lors des voyages scolaires ou pendant les fêtes ? Une telle position est hypocrite et les enfants le savent. Espère-t-on vraiment que ça rendra les adolescents abstèmes ? Ce serait bien naïf. Est-il vraiment nécessaire de rappeler la tentation de l’interdit ? Ce qu’on peut espérer de l’exemple des adultes, c’est une consommation modérée et responsable.

Le professeur devra s’attacher à ne jamais être ivre et jamais vulgaire. Qu’il boive en connaisseur, qu’il montre que l’on peut s’arrêter après un verre ou deux, qu’il ne prenne pas le volant après avoir bu. Il aura fait bien plus pour éduquer les jeunes qu’en prétendant ne pas y toucher. Je ne sais pas s’il peut aller jusqu’à faire tremper les lèvres dans un verre d’ouzo. Peut-être faut-il laisser cette initiation aux parents…

Il faut pour nos enfants des exemples d’hommes libres et responsables, pas des exemples d’esclaves.