Affaire Théo : la police enfin réhabilitée

Matraque by Jacques Meynier de Malviala(CC BY-NC 2.0)

Dans l’ « Affaire Théo », durant un an, les policiers n’ont pas cessé d’être mis en cause politiquement et médiatiquement.

Par Philippe Bilger.

On a beaucoup parlé de l’interpellation de Théo au mois de février 2017 et des quatre fonctionnaires de police qui y avaient tant bien que mal procédé.

Une information a été ouverte et l’un d’eux a été mis en examen pour viol – il aurait délibérément sodomisé Théo avec sa matraque – et les trois autres pour violences en réunion.

La suspension de ces derniers a été levée et ils ont été réintégrés.

Durant un an, les policiers n’ont pas cessé d’être mis en cause politiquement et médiatiquement. Présumés coupables d’emblée, ils auraient pu le demeurer puisque par définition Théo était seulement un exemplaire jeune homme qui avait souffert à la suite de l’agression dont il affirmait avoir été victime.

Régulièrement TF1 nous donnait des nouvelles de sa santé et relayait les manifestations de ses proches et de ses soutiens.

Mon billet du 13 février 2017, « Théo, Toula et les autres », avait immédiatement dénoncé cette « chasse aux policiers » et la quasi-sanctification de Théo et de sa famille. La condamnation d’un de ses frères n’avait en rien altéré ce regard bienveillant porté sur cette famille puisque Théo, lui, était forcément digne d’intérêt et de considération. Les fonctionnaires de police incriminés n’avaient évidemment pas la moindre excuse même s’ils niaient ce qui leur était reproché, notamment, pour le plus gravement impliqué, le viol.

Puis on a vu la vidéo de l’interpellation (Europe 1) et pour tous les observateurs de bonne foi la cause est entendue.

Il est clair qu’il y a eu empoignade, que Théo résistait, se débattait, refusait de se laisser appréhender et que quatre fonctionnaires n’étaient pas de trop pour le maîtriser après qu’un trafic de drogue avait été soupçonné dans son environnement.

Cette vidéo démontre par ailleurs l’essentiel : rien qui de près ou de loin relève d’une intromission volontaire de la matraque. Autrement dit, un fonctionnaire de police a été durant une année l’objet d’un opprobre amplifié par le fait que sa « victime » était l’objet d’une sollicitude exclusive.

Il suffit de se rappeler la visite du président Hollande à Théo sur son lit d’hôpital, ce qui a été perçu à juste titre par le corps de la police comme une provocation et une injustice totales.

Qui va s’excuser, se repentir, faire amende honorable ? Qui ? Personne pour l’instant sauf un boxeur très honnête, Patrice Quarteron, qui a admis avoir accablé à tort les policiers et s’est excusé auprès d’eux.

Après tout, ce ne sont que des fonctionnaires de police qui tentent dans des cités difficiles de faire un sale boulot et ils n’ont que ce qu’ils méritent. Imagine-t-on des politiques de gauche et les médias partiaux et accusateurs venir sur le tard à résipiscence ?

Ce serait un miracle dans notre démocratie.

Il faut reconnaître au Monde une constance dans la fidélité à Théo. « La parole s’est libérée dans les cités… et la famille du jeune blessé… reçoit beaucoup de témoignages sur les violences sexuelles. » Théo est encore une icône pour ce quotidien.

Mais tout de même, depuis la vidéo, les inconditionnels de la cause de Théo le sont moins. Il s’agit d’un jeune homme qui, au lieu de se laisser contrôler et interpeller normalement (pourquoi d’ailleurs pour qui n’a rien à se reprocher ?), a contraint des policiers à une action qui, avec les préjugés pervers contre elle, aurait entraîné sa disqualification s’il n’y avait pas eu cette bienfaisante vidéo.

Décidément notre société a des icônes au rabais. Théo, Cesare Battisti (François Hollande lui avait également rendu visite), Jacqueline Sauvage (graciée deux fois par François Hollande).

Mais je ne boude pas mon plaisir : on va moins parler de Théo ou alors plus forcément en bien !

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