Traverser les frontières ? Un jeu d’enfants pour les criminels…

Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

Les criminels ont une fâcheuse tendance à passer les frontières afin de se protéger des conséquences judiciaires de leurs actes. Un comble, au regard des moyens de surveillance qui existent et que les États entendent renforcer.

Par Gustave Broquet.

Des vacances au soleil, les pieds dans l’eau, un cocktail à la main… Qui n’en rêverait pas ? Pour les trafiquants et mafieux en tout genre, cela n’a pourtant rien du cliché de carte postale. Riches, puissants et bien souvent dotés de plusieurs passeports, ces caïds se jouent des frontières, qu’ils traversent au gré de leurs envies… Et de leurs démêlés avec la justice.

Un comble, alors que la majorité des citoyens, terrorisme et État d’urgence obligent, vivent sous le joug d’une surveillance étatique de plus en plus intrusive. D’autant que certains de ces malfrats choisissent parfois, pour leur retraite dorée, des États tout sauf bananiers, à l’image de la France, du Royaume-Uni et d’autres pays de l’Union européenne (UE).

Moukhtar Abliazov, un globe-trotter hors repère

Inconnu des Français, c’est pourtant dans notre pays que réside l’oligarque originaire du Kazakhstan, Moukhtar Abliazov. Ce dernier a fui son pays à la suite de la découverte de malversations par les autorités kazakhes.

Lorsqu’il présidait la banque BTA, il aurait floué des milliers de petits épargnants et détourné à son profit la bagatelle de 10 milliards de dollars. Par ailleurs, des investisseurs russes et ukrainiens auraient également été « victimes des détournements de fonds d’Abliazov ». Résultat : l’oligarque se retrouve poursuivi par la justice du Kazakhstan, de l’Ukraine et de la Russie.

Rattrapé par son passé, Moukhtar Abliazov s’est donc envolé vers le Royaume-Uni, pays où il a résidé trois ans avant de prendre — une fois de plus — la poudre d’escampette.

La raison ? Les procédures intentées par BTA Banque auprès des autorités britanniques ont fini par porter leurs fruits. Le Kazakh a été condamné par la justice anglaise, en 2012, « à 22 mois de prison, pour outrage à la cour et pour dissimulation de sociétés-écrans ».

C’est à ce moment-là qu’il décide de quitter précipitamment l’Angleterre, direction la France. Ainsi, la libre circulation des hommes dans l’Union européenne semble être une réalité, même pour les criminels les plus recherchés.

Et si Moukhtar Abliazov — visé alors par une « notice rouge » d’Interpol — a bien été appréhendé par les autorités françaises et a passé quelques années dans la prison de Fleury-Mérogis, le temps d’étudier la demande d’extradition émise par la Russie, il en est sorti — par la grande porte — le 9 décembre 2016.

Ce même jour, allant à l’encontre de l’ensemble des décisions judiciaires dans ce dossier, le Conseil d’État a, en effet, annulé le décret d’extradition vers la Russie qui le visait. Il lui sera désormais encore plus facile de poursuivre sa visite du vieux continent.

Retour à la maison

Pour d’autres en revanche, c’est une autre paire de manches. En témoigne le sort de Chen Wenhua, ce ressortissant Chinois extradé par la France vers son pays d’origine en septembre 2016. Recherché pour crimes économiques dans la province du Zhejiang, Chen Wenhua a été remis aux autorités chinoises en vertu d’un traité d’extradition entré en vigueur en 2015 entre les deux pays, et à la suite de l’opération Skynet, mise en place par Pékin afin de rapatrier les suspects de corruption ayant fui à l’étranger.

« Il s’agit d’une avancée considérable et d’un nouvel exemple réussi du rapatriement de criminels depuis des pays européens, après l’Italie et l’Espagne », s’est félicité le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Si l’Empire du Milieu est fier de voir Chen Wenhua lui revenir, ce dernier avait tout de même réussi à atteindre l’Hexagone — là aussi avec une facilité déconcertante — avant d’être interpellé en 2015 par la police française. Une fois que la Chine aura terminé d’installer « le système de caméras de surveillance le plus sophistiqué au monde », les criminels chinois seront peut-être appréhendés avant d’entamer leur tour du monde. L’avenir nous le dira…

En cavale pendant des années

Côté français, le trafiquant Christian Parent — condamné en 2014 par le tribunal de Marseille à 18 ans de réclusion pour trafic de cocaïne — est pour sa part resté en cavale pendant plusieurs années et en a profité pour traverser l’Atlantique — le tout alors qu’il était fiché au grand banditisme et sous le coup de deux mandats d’arrêt. C’est en Colombie, à la fin de l’année 2016, que sa balade a pris fin. Les autorités colombiennes l’ont alors remis à la France et Christian Parent a écopé, en décembre 2017, de 16 ans de réclusion.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique du Sud est une terre d’élection pour les criminels du monde entier. Rocco Morabito, membre de la  Ndrangheta, la mafia calabraise, a ainsi été arrêté en Uruguay en septembre dernier, après pas moins de 23 années de cavale.

Recherché par la police italienne et faisant, lui aussi, l’objet d’un signalement par Interpol, il faisait partie des criminels les plus recherchés par Rome — ce qui ne l’a pas empêché de changer de continent.

Des jours heureux dans une station balnéaire

Comme son collègue Christian Parent, il coulait des jours heureux au sein d’une station balnéaire. Et si, en ce qui les concerne, la Justice a fini par les rattraper, certains criminels courent toujours. En témoigne la liste des fugitifs les plus recherchés publiée chaque année par Interpol. Certains sont recherchés depuis plus d’une décennie

Au regard de la facilité avec laquelle certains criminels traversent les frontières, il est légitime de se demander qui sont ceux qui font l’objet d’une réelle surveillance de la part des autorités, ou tout du moins, si les outils de surveillance de masse — comme ceux mis en place au Royaume-Uni par exemple — fonctionnent. Une question primordiale, à l’heure où et le terrorisme ne cesse de se propager. Tous les Français ont encore en mémoire les quatre interminables mois durant lesquels le terroriste Salah Abdeslam était en cavale