Trump est-il vraiment désavoué par les Américains ?

Dans un silence médiatique inhabituel, la cote de popularité de Donald Trump remonte lentement mais sûrement. Pourquoi ?

Par Philippe Bouchat, depuis la Belgique.

Selon un sondage paru en septembre dernier, seuls 36% des Américains approuvaient l’action de Donald Trump en tant que président des États-Unis. Les médias français et européens ont relayé largement ce sondage, alimentant ainsi leur haine primaire – et celle de leurs lecteurs – du 45ème président américain.

Hier, 28 décembre, un autre sondage a été publié selon lequel la cote d’approbation de Donald Trump est remontée à 46%, sans qu’aucun média européen ne s’en fasse l’écho, belle preuve d’objectivité s’il en est. À titre de comparaison, après une année passée à la Maison Blanche, le président le plus adulé de l’après-guerre, Ronald Reagan, était approuvé par 49% de la population américaine et Barack Obama, l’icône des Européens, était à 50%. Avec ses 46%, Trump se situe donc dans la lignée de ces présidents tant aimés sur le Vieux Continent. L’appréciation européenne de l’action des présidents américains n’a donc que peu à voir avec celle des Américains. Il s’agit là d’un truisme, mais que beaucoup d’Européens ont tendance à oublier. Autre exemple illustratif pour corroborer mon assertion : George Walker Bush (Jr donc) qui a été considéré en Europe comme le mal incarné, est de loin le plus populaire des présidents, loin devant Reagan et JFK, avec un taux d’approbation de 86% après un an (nous étions certes 3 mois après le 11 septembre).

Mais mon propos n’est pas tant de faire le procès des médias et du médiocre unanimisme anti-Trump européen que de comprendre les raisons de cette remontée.

La réforme fiscale (Tax Cuts and Jobs Act)

Le 19 décembre dernier, la House of the Representatives a voté en faveur de cette réforme par 227 voix contre 203. Dans la foulée, le Sénat a également voté dans la nuit du 19 au 20, par 51 voix contre 48 avec quelques modifications mineures. Étant donné que le texte voté dans les 2 assemblées doit être identique, le texte amendé par les Sénateurs a été approuvé tel quel par les députés par 228 voix contre 202. Notons au passage que, contrairement à ce qui s’est passé avec la réforme avortée de l’Obamacare, le président a su enfin réunir son camp, car tous les Sénateurs Républicains ont voté comme un seul homme (sauf John Mc Cain, malade), ainsi que l’écrasante majorité des Representatives du Great Old Party (seuls 12 ont voté contre). Et comme il s’y était engagé durant sa campagne électorale, le président Trump a signé la loi avant la fin de l’année.  Promesse tenue donc.

L’objectif martelé de cette réforme a été « Returning money from Washington to the people ».

Quels sont les grands axes de cette réforme ?

  • Réduire la pression fiscale sur les Américains (coût : $5.5 milliards) dont les mesures-phare sont le relèvement du plafond du revenu non imposable d’un couple marié de $13,000 à $24,000 (+185%), celui d’un isolé de $6,500 à $12,000 (+185%) et celui d’une famille monoparentale de $9,550 à $18,000 (+189%), ainsi que la diminution du taux minimal d’imposition de 39,7 à 37%, la suppression des droits de succession pour tout patrimoine inférieur à $10 millions, le doublement de la déduction par enfant ($2,000 au lieu de $1,000)
  • Réduire la pression fiscale sur les entreprises pour les rendre plus compétitives sur le plan international en faisant passer le corporate tax rate en-dessous de la moyenne OCDE (21 au lieu de 35%) et en permettant une taxation unique payée qu’une fois sur les bénéfices engendrés à l’étranger pour enrayer l’hémorragie de l’exode des bénéfices des entreprises US (actuellement, le fisc US frappe les bénéfices engendrés non seulement sur le sol US, mais aussi partout dans le monde, méconnaissant le principe de la territorialité), ce qui est une mesure intelligente dans le sens où le montant des bénéfices non rapatriés sont estimés entre $1,000 milliards (estimation la plus basse) à $3,000 milliards (estimation la plus haute)
  • Éliminer une série de niches fiscales (coût : $4 milliards) qui touchent également les membres du Congrès, ainsi que les cadres (executives) gagnant plus de $1 million/an.

Trump annonce que les premiers effets de cette réforme seront perceptibles dès février. Il s’agit de la première réforme du Code fiscal (US Tax Code) depuis plus de 30 ans et les reaganomics.

Même si elle est passée presque sous silence, cette réforme a donné un coup de grâce à l’Obamacare – autre promesse du candidat Trump – en supprimant l’obligation de s’assurer au régime de santé, ce qui constituait le pilier phare de l’Obamacare.

Certains voudraient faire accroire que cette réforme ne profiterait qu’aux riches (sans préciser d’ailleurs ce qu’on entend par ce terme) et aux entreprises. Il s’agit en fait d’une confusion alimentée par le fait que les réductions fiscales aux particuliers ne sont que temporaires (jusqu’à l’exercice fiscal de 2027), alors que les réductions en faveur des entreprises sont permanentes. Certes, tel est le cas. Mais durant ces 10 ans, les particuliers bénéficieront de ces réductions et rien n’empêche le gouvernement US de les prolonger si les finances publiques le permettent. N’oublions pas que 60% des tax cuts sont consacrés aux familles et à la middle-class.

La dette américaine

Certains pourfendront le fait que, sous l’ère Trump, la dette US a franchi la barre des $20,000 milliards. Ceux-là oublient volontairement que la dette US était encore de +/- $9,000 milliards en 2007 (dernière du second mandat de George W. Bush) pour passer à $ 19,000 milliards fin 2016, ce qui signifie que la dette a doublé uniquement sous l’ère Obama !

Cet endettement est-il grave ? Certes, il vaut mieux être créancier et débiteur.

Mais, remarquons que grâce à la croissance du PIB (passé à $19,500 milliards début novembre), la ratio endettement/PIB est redescendu à 102,5% seulement contre 106,2% à la fin de l’ère Obama. Nul doute que si la croissance vigoureuse est maintenue – ce que pensent plusieurs économistes et plusieurs éditorialistes comme le WSJ – ce ratio baissera encore.

Plus fondamentalement, cet endettement doit être comparé avec le total des actifs (US Total Assets) qui, fin de cette année, culmine à $111,500 milliards, donnant ainsi un ratio debt/assets de 17,5% seulement ! Dit autrement, chaque citoyen américain a une dette actuelle de $60,890, alors qu’il possède des actifs pour $393,391.

Emploi & économie

En un an, il y a eu 1,7 million d’emplois nets créés, soit une moyenne de 142.000 jobs/mois ou 4.735 jobs/jour.

Le taux de chômage est passé à 4,1%, soit le plus bas depuis 17 ans.

Le taux de croissance du PIB est passé à 3% lors des 2 derniers trimestres.

Pour la première fois de son histoire, le Dow Jones a passé la barre des 24,000 points.

Promesse tenue jusqu’à présent.

Certes, les keynésiens et autres socialistes gloseront sur la « qualité des emplois » créés, mais que font-ils eux pour créer des emplois tout court ??

Immigration

Fer de lance de sa campagne, la lutte contre l’immigration illégale et le terrorisme a été la première mesure phare mise en place par l’administration Trump dès janvier. Après plusieurs décisions des juridictions inférieures suspendant les 2 premières versions du décret migratoire du président Trump, la Cour suprême des États-Unis a validé totalement, le 4 décembre dernier, la troisième et dernière version du décret du Président Trump interdisant de façon permanente l’entrée aux USA des ressortissants de 5 pays majoritairement musulmans (Yémen, Syrie, Libye, Iran, Somalie, Tchad) et de la Corée du Nord, ainsi qu’aux responsables vénézuéliens de façon provisoire. La victoire n’est pas mince, car elle a récolté le suffrage de 7 juges sur les 9 qui composent la Cour suprême.

Certes la victoire est provisoire, car l’autorisation ne vaut que pendant la durée des procès en appel, mais déjà la Cour d’appel de San Francisco a validé également le principe de l’interdiction d’entrée, mais en ajoutant l’exception en faveur de ceux qui peuvent prouver une « relation authentique avec les USA ».

Victoire plus que symbolique donc, et promesse tenue.

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En résumé, le président Trump a tenu ses promesses phare en matière d’immigration, d’emplois et de diminution de la pression fiscale. Le tout en moins d’un an. On pourrait rétorquer qu’il y a également la Corée du Nord, le transfert de l’ambassade à Jérusalem ou encore le retrait du traité de Paris, mais pour le citoyen américain lambda, il s’agit de questions internationales par définition moins préoccupantes que les questions nationales.  Trump, contre son parti, les médias, l’intelligentsia a été élu 45ème Président sur le retour de la grandeur américaine (Make America Great Again) ; sa première année se termine sur un bilan positif. Rien d’étonnant donc que sa cote d’approbation remonte fortement au point d’être à un niveau considérable d’Obama et de Reagan. Les Européens – qui n’ont d’yeux que pour la forme, le style Trump, ont oublié que le job du Président américain est de défendre les intérêts… américains.

Puissent un jour les dirigeants européens faire de même, au lieu de préférer les mots aux actes…