Macron : rien de nouveau pour les quartiers populaires

Emploi franc, emploi aidé, emploi jeune, contrat unique d’insertion, etc. Combien faudra-t-il d’inventions ratées pour se poser les vraies questions ?

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Par une approche étatiste, Emmanuel Macron a avancé ses plans pour sortir les « quartiers » que nous dirions populaires ou déshérités des difficultés dans lesquelles ils sont empêtrés depuis des années. Sans surprise puisque c’est la marque de fabrique des politiques français, quoiqu’on ait cru un moment avoir des « hommes nouveaux », les propositions sont éculées.

Emplois francs ou emplois aidés ? Quelles différences ?

L’une d’elle, particulièrement, est une reprise de ce qui n’a pas marché, mais un peu renforcée : les emplois francs. Ils existaient déjà lors de l’intérim de François Hollande mais n’avaient guère rencontré de demande. Prenant acte de cet échec, Emmanuel Macron propose de recommencer, mais pour plus cher et plus grand : de 5 000 à 15 000 € seront versés à l’employeur des employés domiciliés dans les villes enregistrées au programme, selon la durée et le type de contrat.

Emmanuel Macron, pourtant, a vilipendé justement les contrats aidés dont « personne ne veut ». Mais qu’est-ce que l’emploi franc si ce n’est un emploi aidé ?

Cette forme d’emplois aidés sera-t-elle plus à même d’atteindre les objectifs fixés, à savoir réduire le chômage, permettre d’offrir un premier emploi ou rompre une longue période d’inactivité (la nouvelle mouture est sans limite d’âge), ces deux derniers aspects pouvant être critiques ?

La mesure coûtera jusqu’à 1 md € lorsqu’elle sera complètement déployée et sous réserve que ces emplois trouvent employeurs. Une telle somme n’aurait-elle pas été plus utile pour baisser globalement les charges des entreprises et leur donner plus de marge pour créer des vrais emplois durables ?

Des subventions vers quelle destination ?

La nouveauté, c’est que, plus largement subventionnée, la mesure s’adresse aussi à une plus large population. Il s’agirait de celle habitant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) tels que définis par le commissariat général à l’égalité des territoires (sic) et fixés par décret. « Les quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains sont des quartiers situés en territoire urbain et caractérisés par un nombre minimal d’habitants et un écart de développement économique et social apprécié par un critère de revenu des habitants. »

Cela concernerait 467 000 chômeurs. Les départements les plus touchés par le chômage ne sont pourtant pas ceux auxquels on pense, et ne sont pas forcément les plus urbanisés.

Taux de chômage (%)

Source : INSEE 2016

Ainsi donc, de nombreux candidats urbains qui n’ont pas besoin de cette prime pour travailler pourront néanmoins en faire profiter leur employeur tandis que des candidats ruraux qui en auraient besoin seront laissés pour compte !

La prime permet d’effacer totalement les charges pesant sur le salaire et plus encore puisque les charges patronales, après les réductions dites « Fillon » et les réductions qui remplaceront le CICE, représentent 1000 € par an contre 5000 € de prime nouvelle pour un CDD de deux ans.

La totalité des charges au niveau du SMIC s’établit à 5000 € annuellement contre 15 000 € de primes sur trois ans pour un CDI. Plutôt que de créer des niches fiscales supplémentaires, il aurait été préférable de remettre à plat le système d’assurances sociales pour le faire évoluer vers une prise en charge par chacun de ses assurances sous réserve d’un système de solidarité au profit des plus démunis.

Le futur chantier du gouvernement

Et on aura beau faire des cadeaux aux entreprises, elles n’embaucheront pas les jeunes des banlieues s’ils ne sont pas formés. Même pour un salaire dérisoire, une entreprise ne pourra employer un individu si celui-ci ne peut se rendre utile. C’est le futur « chantier » du gouvernement et de l’avis général, il est colossal tant la formation est en panne en France.

Il faut dire qu’elle est délaissée depuis toujours aux syndicats qui en ont fait une source de revenus conséquente. Mais là encore il faut craindre que les solutions technocratiques prévalent sur celle qui consisterait à ouvrir l’école et l’université à la concurrence.

Emploi franc, emploi aidé, emploi jeune, contrat unique d’insertion, contrat Initiative-Emploi (CUI-CIE), contrat de génération, emploi d’avenir, CDD d’insertion, contrat de génération… Combien faudra-t-il d’inventions ratées pour se poser les vraies questions autour du travail et de la formation ? L’État doit cesser de donner d’une main ce qu’il a pris abondamment de l’autre ! Ce n’est pas de la politique, ce sont des tours de passe-passe.

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