Hinkley Point : au fait, on en est où ?

Hinkley Point, vous connaissez ? Mené par EDF en terre britannique, ce projet de deux réacteurs nucléaires de type EPR qui devrait voir le jour à l’horizon 2027 est un feuilleton qui ne manque pas de rebondissements…

Par Arnaud Daguin.

Depuis quelques mois, chaque matin vers 6h30, aux abords de Bridgwater, petite ville industrielle située au sud-ouest de l’Angleterre, c’est le même ballet. Près de 2 000 ouvriers se relaient sept jours sur sept sur le chantier de Hinkley Point, le colossal projet mené par EDF. Colossal ? On parle ici de la construction d’une centrale nucléaire de type EPR (Réacteur pressurisé européen) composée de deux réacteurs voués à produire un total de 3 200 mégawatts, soit 7 % de la consommation d’électricité britannique !
Depuis les premières tractations, ce chantier prévu pour durer 8 ans ne cesse d’attiser les commentaires et les embûches à tel point qu’EDF, à la fois constructeur et futur opérateur, a déjà encaissé deux rudes coups : un retard de 15 mois environ – ce qui reporterait la mise en service de la première tranche à 2027 – et un dépassement du budget initial de près de 2 milliards d’euros, ce qui le porte aujourd’hui à près de 22 milliards d’euros.

Retour sur les grandes étapes

La centrale d’Hinkley Point, c’est donc une histoire à fort enjeu stratégique et financier pour le producteur français qui s’est engagé dans ce projet il y a près de cinq ans déjà.  En 2012, le géant annonce vouloir chercher de nouveaux partenaires pour la construction au Royaume-Uni de deux réacteurs nucléaires de troisième génération, appelés EPR.
Au mois de septembre 2012, la presse britannique annonce qu’EDF discute avec des groupes chinois contrôlés par l’État, ce qui ne manque pas de faire vaciller ce projet étudié de longue date.
En mai 2013, on apprend qu’un accord est sur le point d’être trouvé entre le gouvernement britannique et le groupe français avec un prix de vente de l’électricité produite par ces réacteurs garanti sur 35 ans. Il est de 116 euros par mégawattheure. Le pacte est scellé avec Londres en octobre de la même année et le groupe chinois CGN s’engage à prendre une forte participation à hauteur de 33,5% environ.

Les choses se compliquent

Mais les choses se compliquent au printemps 2016 après le vote du Brexit, le retrait-surprise d’Areva du capital et les nombreuses tensions diplomatiques entre la Chine et la Grande-Bretagne. La construction est contestée mais le Conseil d’administration de l’entreprise publique d’EDF vote, de justesse (10 voix contre 7), pour la poursuite du projet.
Selon le président, Jean-Bernard Lévy, il est incontournable pour le maintien du savoir-faire et de la crédibilité de la filière nucléaire tricolore. En septembre 2016, le Premier ministre britannique Theresa May et son gouvernement donnent leur feu vert.
La signature a lieu le 28 septembre et les premiers coups de pioche sont donnés fin 2016. Pour mener à bien une partie de la construction de la future centrale, Bouygues Construction entre dans la danse afin de faire bénéficier de « son expérience ».

À terme, un pacte gagnant-gagnant

Voilà pour les grands chapitres de ce livre qui n’est pas prêt de se refermer. Dans une dizaine d’années, lorsque sa mise en service aura lieu, Hinkley Point deviendra le deuxième réacteur nucléaire de type EPR à voir le jour en Occident après celui de Flamanville en France prévu pour 2019.
Plus qu’un soulagement, Hinkley Point donnera le sourire à toutes les parties. Sur ses soixante années de vie programmées, la centrale va offrir, du côté de l’entreprise française, un retour sur investissement d’environ 9% et, du côté britannique, produire 7% de son électricité domestique.
Et si tout le monde est vraiment content, trois autres réacteurs (deux EPR à Sizewell et un à Bradwell conçu à 100% par les Chinois) devraient voir le jour dans un futur très éloigné…

Un enjeu majeur pour le Royaume Uni

Pour le Royaume-Uni, le nucléaire est un enjeu majeur car il a besoin de 25 GW de nouvelles capacités électriques hors renouvelables d’ici à 2030. Son parc nucléaire, composé de 15 réacteurs, ne génère que 18% de la production d’électricité du pays, ce qui a poussé le gouvernement britannique à multiplier les projets ces dernières années. Hinkley Point symbolise bien sa stratégie.
Le 30 octobre 2017, une grève a été évitée de justesse sur le chantier. Les employés réclamaient depuis plusieurs semaines une conséquente revalorisation salariale, chose qui a été acceptée après d’âpres négociations. Preuve que, dans ce dossier, rien ne sera un long fleuve tranquille jusqu’au bout !